- Alors que le gouvernement cherche à réduire son déficit public avec un budget 2025, Moody’s a maintenu la note de la France à Aa2, tout en abaissant sa perspective à « négative ».
- Cette décision souligne les défis budgétaires à venir et la nécessité de réformes durables pour éviter une dégradation.
La France a échappé de justesse à une rétrogradation de sa note de dette souveraine par l’agence Moody’s, qui maintient pour l’instant la note Aa2. Pourtant, l’avenir s’assombrit pour l’économie française : Moody’s a annoncé que la perspective passe de « stable » à « négative », pointant du doigt un risque de dégradation dans les mois à venir si les finances publiques ne se redressent pas.
Cette décision intervient dans un contexte économique tendu, alors que le gouvernement débat actuellement d’un plan de réduction des dépenses de 60 milliards d’euros pour le budget 2025. Ce plan vise à ramener le déficit public à 5 % du PIB, contre 6,1 % actuellement. Mais pour Moody’s, ces efforts risquent d’être insuffisants. Dans son communiqué, l’agence met en garde contre « le risque croissant que le gouvernement français soit peu susceptible de mettre en œuvre des mesures qui empêcheraient des déficits plus importants que prévu ».
Une dette sous haute surveillance
Cette révision de la perspective par Moody’s s’inscrit dans un climat de méfiance des agences de notation à l’égard des finances publiques françaises. Déjà en octobre, Fitch avait dégradé la perspective de la France à « négative », sans modifier la note elle-même. Standard & Poor’s, pour sa part, doit statuer sur le cas de la France le 29 novembre. En mai dernier, S&P avait abaissé la note française de AA à AA-.
Pour l’heure, la France conserve une notation solide avec Aa2 chez Moody’s, ce qui la place à un niveau relativement élevé, mais les perspectives se détériorent. Le ministre de l’Économie, Antoine Armand, a tenu à rassurer en soulignant que la France dispose de « forces économiques réelles » et a la capacité de mener des réformes. « Nous disposons des moyens nécessaires pour maintenir la stabilité et améliorer nos finances publiques », a-t-il déclaré dans une réaction transmise à l’AFP.
Une attractivité fragilisée malgré la confiance des investisseurs
Malgré ce climat d’incertitude, les investisseurs continuent d’acheter la dette française. Cependant, les taux d’intérêt qu’ils exigent pour prêter à la France se rapprochent de ceux des pays du sud de l’Europe, tels que le Portugal et l’Espagne, considérés comme des emprunteurs plus risqués. La charge de la dette, qui représente plus de 50 milliards d’euros par an et constitue le deuxième poste budgétaire après l’éducation, pourrait bien devenir la première dépense publique d’ici à 2027.
Cette situation met une pression accrue sur le gouvernement pour réduire les dépenses publiques et reprendre le contrôle de la dette. « Si nous voulons continuer de bénéficier de la confiance des marchés, nous devons impérativement redresser nos comptes », a averti le ministre Armand, rappelant l’importance de maintenir des marges de manœuvre budgétaires.
Objectif 2029 : retour sous les normes européennes
Pour répondre aux exigences européennes, l’exécutif prévoit de réduire progressivement le déficit public pour atteindre 2,8 % du PIB en 2029. Cependant, cet objectif dépend de la capacité de la France à maintenir une stricte discipline budgétaire sur les prochaines années, malgré un contexte politique peu favorable aux réformes d’ampleur.
Moody’s souligne d’ailleurs les obstacles institutionnels qui, selon l’agence, rendent difficile un consensus politique autour de mesures durables pour améliorer le solde budgétaire. Le gouvernement devra surmonter ces défis pour éviter une dégradation de la note, qui pourrait avoir des répercussions importantes sur les coûts de financement de l’État.
Une vigilance de mise pour la suite
Si Moody’s a décidé de ne pas abaisser immédiatement la note française la France doit à présent prouver sa capacité à maîtriser sa dette. L’approche de la décision de Standard & Poor’s en novembre laisse peu de répit à l’exécutif, qui devra intensifier ses efforts pour rassurer les agences de notation.
Pour Moody’s, il ne s’agit pas seulement de maintenir des indicateurs positifs à court terme, mais d’engager des réformes structurelles qui permettront de pérenniser la santé économique de la France dans les années à venir.
