- La composition du gouvernement dévoilée par François Bayrou continue de diviser la classe politique. `
- Olivier Faure, Premier secrétaire du Parti socialiste, a vivement critiqué ce mardi les choix et les orientations du Premier ministre, laissant planer la menace d’un vote de censure.
La composition du nouveau gouvernement, dévoilée lundi par François Bayrou, suscite de vives critiques du Premier secrétaire du Parti socialiste (PS), Olivier Faure. Lors de son intervention ce mardi 24 décembre sur RMC-BFMTV, il a dénoncé le non-respect des conditions qu’il avait posées pour envisager un pacte de non-censure avec le Premier ministre centriste. Le chef des socialistes n’écarte plus l’idée de voter une motion de censure.
« Aucune des conditions n’a été respectée »
Olivier Faure a dressé un constat sévère des négociations avec François Bayrou, estimant que trois conditions fondamentales devaient être remplies pour garantir un dialogue constructif entre le PS et le gouvernement : l’absence de toute dépendance à l’extrême droite, la fin du passage en force par le recours à l’article 49.3, et un véritable changement de cap politique.
« Aucune des conditions n’a été respectée par François Bayrou », a affirmé Olivier Faure, avant de questionner l’utilité des discussions préalables : « Je n’ai rien entendu de la sorte, je n’ai pas vu quoi que ce soit et donc je me dis : ’mais en fait, à quoi ont servi ces heures passées ensemble ?’ ».
Une réforme des retraites toujours en suspens
La réforme des retraites demeure un point de tension majeur. Le Parti socialiste réclamait la suspension du projet, suivie d’une conférence sociale, et, à défaut de compromis, un référendum. Mais François Bayrou s’y est opposé, préférant maintenir le cap. « On n’est pas des pigeons ! », a martelé Olivier Faure, regrettant que les revendications de la gauche soient ignorées.
Il a laissé entendre que le PS pourrait voter une motion de censure après la déclaration de politique générale prévue le 14 janvier. Un geste qui marquerait une rupture nette entre les socialistes et le gouvernement.
Des orientations floues
Le chef du PS s’est également montré critique face à ce qu’il considère comme un manque de clarté dans les priorités économiques et sociales du gouvernement. « Je veux savoir ce qu’il y a exactement de prévu dans ce gouvernement », a-t-il insisté, ajoutant :
« Ce que j’ai entendu hier, c’est du flou. On ne sait même pas à quel niveau il veut fixer la barre du déficit (…) que va-t-il faire sur la fiscalité ? À quelle sauce vont être mangés les Français ? Quelle est en fait la part de l’effort qu’il demandera aux grandes fortunes ? »
L’immigration, un point de discorde
Les propos de François Bayrou sur l’immigration ont également provoqué l’indignation d’Olivier Faure. Le Premier ministre a déclaré qu’il n’y aurait pas de « grande loi » sur le sujet, mais une application des mesures existantes, complétée par des propositions émanant des assemblées.
Une position que le chef des socialistes juge préoccupante : « Je pensais quand même qu’il y avait quelques repères dans la vie et sur la question migratoire, dire que l’inspiration pourrait venir de l’extrême droite… (…) Réveillons-nous ! »
La nomination d’Éric Lombard, une ambiguïté
La nomination d’Éric Lombard, ancien directeur de la Caisse des dépôts, à la tête d’un « grand Bercy » a été évoquée par François Bayrou comme un geste en direction de la gauche. Mais Olivier Faure s’interroge sur les marges de manœuvre de ce proche allié : « Est-ce que ça veut dire qu’il aura les mains libres à Bercy ? J’espère qu’il pèsera. »
Vers une confrontation ?
En conclusion, Olivier Faure a déploré le ton adopté par François Bayrou, qu’il accuse de s’éloigner des valeurs centristes : « Il a parlé comme quelqu’un qui avait dérivé lui-même, qui considérait que ’finalement, Marine Le Pen, ben pourquoi pas, hein, c’est pas si grave’ ! »
À moins de gestes concrets d’ici le 14 janvier, le Parti socialiste pourrait choisir de voter une motion de censure, scellant une opposition frontale au gouvernement Bayrou.
