Le président français Emmanuel Macron a vivement critiqué, lundi, l’arrestation de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, qualifiant cette décision des autorités algériennes de « déshonorante ». Alors que les relations entre Paris et Alger sont déjà marquées par des tensions historiques et politiques, cette affaire illustre une fracture diplomatique profonde.
Arrêté le 16 novembre à l’aéroport d’Alger, Boualem Sansal, critique acerbe du pouvoir algérien et auteur du roman 2084 : la fin du monde, est accusé d’« atteinte à la sûreté de l’État ». Placé en détention sous couvert de l’article 87 bis du Code pénal algérien, il est poursuivi pour des actes qualifiés de terroristes ou subversifs par les autorités locales.
Cependant, selon Emmanuel Macron, cette incarcération est « totalement arbitraire » et traduit une dérive autoritaire inquiétante. Lors de la réunion annuelle des ambassadeurs français, le président a adressé une « pensée singulière » à Boualem Sansal, qu’il a qualifié de « combattant de la liberté ». Insistant sur son état de santé, il a sommé Alger de libérer l’écrivain sans délai.
« Une histoire qui déshonore l’Algérie »
Le qualificatif employé par Emmanuel Macron lors de son discours marque un tournant dans le ton employé par Paris. « L’Algérie que nous aimons tant entre dans une histoire qui la déshonore, à empêcher un homme gravement malade de se soigner », a déclaré le chef de l’État.
De son côté, Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, a exprimé sa « préoccupation » face au rejet de la demande de libération formulée par les avocats de Sansal. Il a rappelé que la France demeure « profondément attachée à la liberté d’expression » et que les motifs invoqués pour justifier cette détention ne sont « pas valables ».
Une arrestation aux multiples ramifications politiques
L’affaire Boualem Sansal survient dans un contexte de relations bilatérales très tendues. En juillet dernier, la reconnaissance par Emmanuel Macron de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental avait provoqué la colère d’Alger, principal soutien des indépendantistes sahraouis du Front Polisario.
De plus, des propos attribués à Sansal dans un média français, accusant l’Algérie d’avoir annexé des territoires marocains sous la colonisation française, ont amplifié les tensions. Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a qualifié l’écrivain d’« imposteur envoyé par la France », accentuant la crise diplomatique entre les deux pays.
Pour l’Algérie, cette affaire pourrait être interprétée comme un exercice de souveraineté face à des pressions extérieures, voire comme une réponse à ce qui est perçu comme une ingérence dans ses affaires internes. Les propos durs et sans compromis d’Emmanuel Macron laissent peu de place à l’espoir d’un apaisement imminent des tensions déjà vives entre les deux pays
