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Crise France-Algérie : Bruno Retailleau dénonce une « humiliation » et agite les enjeux économiques

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Le ministre de l’Intérieur français, Bruno Retailleau, a vivement critiqué l’attitude de l’Algérie après le renvoi par Alger de l’influenceur Doualemn, expulsé par la France pour incitation à la violence. Une situation qui illustre une dégradation des relations entre les deux pays, sur fond de tensions diplomatiques et économiques.

Une « humiliation » dénoncée par Bruno Retailleau

Vendredi 10 janvier, Bruno Retailleau n’a pas mâché ses mots pour qualifier le refus de l’Algérie d’accepter sur son sol l’influenceur algérien expulsé par la France. « On voit bien que l’Algérie cherche à humilier la France », a-t-il déclaré depuis Nantes, où il s’est exprimé face à la presse. Selon le ministre, cette décision va à l’encontre des règles internationales, notamment la Convention de Chicago, qui oblige les États à accueillir leurs ressortissants expulsés.

L’influenceur, âgé de 59 ans, avait été arrêté après avoir publié une vidéo dans laquelle il appelait à des violences. Malgré son expulsion, les autorités algériennes ont opposé « des arguments juridiques » sans fournir « une preuve en termes de droit », a affirmé Retailleau.

« La France ne peut pas supporter cette situation. Et je pense qu’on doit désormais évaluer tous les moyens qui sont à notre disposition vis-à-vis de l’Algérie », a-t-il averti, évoquant un éventail de mesures possibles à l’étude, incluant des ajustements sur les visas, les droits de douane et l’aide au développement.

 Relations économiques : un enjeu stratégique

Au-delà des tensions politiques, les liens économiques entre la France, l’Algérie et l’Union européenne occupent une place centrale dans les échanges bilatéraux. En 2023, les échanges commerciaux entre la France et l’Algérie ont progressé de 5,3 %, atteignant 11,8 milliards d’euros, selon la Direction générale du trésor.

Les importations françaises de biens algériens, principalement des hydrocarbures, ont bondi de 8 %, portées par une hausse de 15,3 % des achats de gaz naturel et de pétrole brut. Le gaz représente désormais plus de 50 % des importations françaises depuis l’Algérie.

Cependant, le déséquilibre commercial s’accentue : le déficit français avec l’Algérie s’est creusé de 33 %, atteignant 2,8 milliards d’euros en 2023.

L’Europe, partenaire clé de l’Algérie

Les relations économiques entre l’Algérie et l’Union européenne (UE) continuent de se renforcer. En 2023, le volume des échanges commerciaux entre les deux parties a atteint 50 milliards d’euros, un chiffre nettement supérieur aux 30 à 40 milliardsd’euros des deux dernières décennies, selon l’ambassadeur de l’UE en Algérie, Diego Mellado Pascua.

L’Europe demeure le principal partenaire économique de l’Algérie, notamment grâce aux exportations de gaz. En retour, l’Algérie bénéficie de préférences tarifaires pour certains produits industriels et agricoles, consolidant son intégration dans le marché européen.

 Cependant, Bruno Retailleau a laissé entendre que ces avantages pourraient être remis en question. « On est en train de voir au niveau de l’Europe les tarifs douaniers. Vous ne voulez pas coopérer et nous donner des laissez-passer ? Alors, on va regarder les droits de douane », a-t-il déclaré, suggérant un possible durcissement des conditions commerciales.

Visas et aide au développement : des leviers de pression

 La question des visas constitue un autre point de friction. Chaque année, la France accorde 200 000 visas à des ressortissants algériens, tandis que l’Algérie délivre moins de 2 000 laissez-passer consulaires pour faciliter le retour de ses ressortissants en situation irrégulière. « Ce déséquilibre n’est pas acceptable », a martelé Retailleau, appelant à une « réciprocité » sur ce dossier.

Le ministre a également évoqué l’aide au développement, qui correspond, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) à « l’aide fournie par les États dans le but exprès de promouvoir le développement économique et d’améliorer les conditions de vie dans les pays en développement ».

Bien que l’Algérie ne figurant pas parmi les principaux bénéficiaires des 588 millions d’euros versés par la France entre 2018 et 2022, le ministre a indiqué vouloir « réévaluer notre stratégie en matière d’aide publique ».

 

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