- Depuis plusieurs mois, les relations entre la France et l’Algérie se sont considérablement détériorées, marquées par des tensions diplomatiques de plus en plus vives.
- Cette situation semble laisser peu d’espoir pour un apaisement rapide des différends, exacerbant les fractures entre les deux nations.
Au cœur des débats : l’accord franco-algérien de 1968, qui encadre les conditions de circulation, de séjour et d’emploi des ressortissants algériens en France. Signé il y a 56 ans, cet accord suscite aujourd’hui de vives critiques, notamment au sein de la classe politique française.
Un accord ancré dans l’histoire franco-algérienne
L’accord du 27 décembre 1968 a été signé par le général de Gaulle et Abdelaziz Bouteflika, alors ministre des Affaires étrangères algérien. Conçu dans un contexte de forte croissance économique en France, ce texte avait pour objectif de faciliter l’accès au marché du travail français pour les Algériens. Il prévoyait notamment :
- Une liberté d’installation pour exercer une activité commerciale ou indépendante.
- Une réduction des délais pour obtenir un titre de séjour de dix ans.
- Des dispositions favorables au regroupement familial.
Cependant, certaines catégories, comme les étudiants algériens, étaient défavorisées par rapport à d’autres régimes d’immigration.
Des modifications, mais un texte figé depuis 2001
L’accord de 1968 a été amendé à trois reprises, en 1985, 1994 et 2001, afin de l’harmoniser avec le droit commun des étrangers, souvent devenu plus avantageux. Toutefois, depuis 22 ans, le texte n’a pas évolué, suscitant des critiques croissantes. Pour de nombreux responsables politiques, notamment à droite et à l’extrême droite, cet accord est aujourd’hui jugé obsolète et inadapté au contexte actuel.
Des appels à la révision ou à la suppression
Gabriel Attal, ministre français, a déclaré le 10 janvier que cet accord représentait une « première urgence » à réviser. « Il est aujourd’hui devenu une filière d’immigration à part entière, permettant le regroupement familial et l’installation de personnes, sans même qu’elles aient à connaître notre langue ou montrer leur intégration« , a-t-il affirmé. Le ministre a ajouté que l’accord « rend pratiquement impossible de retirer des titres de séjour aux ressortissants algériens, même pour des motifs d’ordre public« .
Philippe Juvin, député LR des Hauts-de-Seine, partage cet avis. « L’accord franco-algérien de 1968 fait qu’aujourd’hui l’Algérie est chez elle en France et fait ce qu’elle veut« , a-t-il déclaré. « En 1968, on était quelques années après la guerre d’Algérie, la décolonisation, l’indépendance« , mais selon lui, « la situation a évolué. L’Algérie est maintenant un grand pays qui est fier d’être ce qu’il est, qu’il prenne son indépendance et qu’il n’utilise pas la France« .
Une perspective historique et diplomatique complexe
Cependant, certains experts mettent en garde contre les conséquences d’une dénonciation de l’accord. Bertrand Badie, professeur émérite à Sciences Po, souligne que cet accord était un « point d’équilibre » visant à apaiser les relations franco-algériennes après la guerre d’indépendance. « Si on dénonce cet accord de décembre 1968, cela sera perçu et reçu, à juste titre, comme étant une remise en cause de l’ambiance des accords d’Évian et les conditions dans lesquelles ils ont été conclus« , a-t-il expliqué au micro de franceinfo. Il a ajouté que « c’était un moyen entre les mains du gouvernement du Général De Gaulle de relancer ces relations bilatérales franco-algériennes, car il y a toute une histoire de l’immigration algérienne et une complexité des liens familiaux, de liens d’implantation et de localisation qu’il faut gérer« .
Sur le plan économique, Bertrand Badie a également mis en lumière un contexte en mutation concernant le contexte économique. « La France est le premier investisseur au Maroc, alors que c’est loin d’être le premier investisseur en Algérie. Pour l’économie globale, ce sont les États-Unis, suivis de l’Italie, et puis la France« , a-t-il précisé. « Depuis l’échec des accords d’Alger en 2015, le sentiment que la France veut entrer en Afrique par la porte marocaine et non pas par la porte algérienne blesse et inquiète Alger« , a-t-il ajouté.
Vers un bras de fer diplomatique
Alors que le débat s’intensifie, le gouvernement français devra arbitrer entre les exigences politiques internes et la nécessité de maintenir un dialogue constructif avec Alger. La dénonciation de l’accord de 1968, perçue comme une remise en cause des accords d’Évian, pourrait avoir des conséquences profondes sur l’avenir des relations franco-algériennes.
