- L’investiture de Donald Trump à la Maison-Blanche marque un tournant potentiel dans les relations commerciales entre Washington et l’Union européenne.
- Avec des mesures protectionnistes annoncées et des tensions commerciales potentielles, l’Europe se prépare à une période de négociations et d’incertitudes économiques.
Dès son investiture, Donald Trump a réaffirmé son intention d’imposer des droits de douane de 10 % sur les importations mondiales. « Nous imposerons des droits de douane et des taxes aux pays étrangers », a-t-il déclaré sans détailler les mesures spécifiques. Cette annonce ravive les souvenirs des taxes imposées sous sa précédente administration, notamment les 25 % de droits de douane appliqués sur les vins et spiritueux français entre 2019 et 2021. Cette période avait coûté au secteur des vins français près de 450 millions d’euros, selon la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux (FEVS).
L’Europe prête à réagir
Face à ces menaces, l’Union européenne se prépare à une riposte. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a assuré que l’UE adopterait une approche « pragmatique » tout en défendant fermement ses intérêts. « Notre priorité consistera à engager le dialogue sans attendre et à examiner nos intérêts communs », a-t-elle déclaré lors du Forum économique mondial de Davos. Soulignant la volonté de l’Europe de protéger ses valeurs, elle a ajouté : « Nous garderons le cap et continuerons de coopérer avec toutes les nations qui ont la volonté de protéger la nature et d’arrêter le réchauffement planétaire. »
Donald Trump a annoncé que les États-Unis quitteraient à nouveau l’accord de Paris sur le climat. Ursula von der Leyen a réitéré l’engagement de l’Europe envers cet accord, qualifié de « meilleur espoir de l’humanité toute entière ». L’UE entend continuer de coopérer avec les nations volontaires pour lutter contre le réchauffement climatique.
Valdis Dombrovskis, commissaire européen à l’Économie, a confirmé que l’Union européenne était prête à « défendre ses intérêts économiques » si des mesures protectionnistes venaient à frapper les exportations européennes.
France : vins et spiritueux en première ligne
Les vins et spiritueux français, en particulier le cognac, sont parmi les secteurs les plus exposés. Avec 98 % de ses ventes réalisées à l’étranger, la filière du cognac dépend fortement du marché américain, qui représente 38 % des expéditions en volume. Une augmentation des droits de douane pourrait gravement perturber ce secteur, qui emploie 72 500 personnes en France.
Sylvain Bersinger, chef économiste au cabinet Astères, prévient que si des taxes ciblées devaient frapper des secteurs stratégiques comme les boissons spiritueuses, « ces secteurs prendraient un grand coup sur la tête ». Il souligne que le luxe, les cosmétiques et les vins sont également en première ligne.
Quelles conséquences pour les relations transatlantiques ?
Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, a averti qu’une guerre commerciale entre les États-Unis et l’Europe serait désastreuse pour les deux parties. « Qui a intérêt à une guerre commerciale entre les États-Unis et l’Europe ? Les Américains ont un déficit commercial vis-à-vis de nous, mais c’est l’exact inverse en termes d’investissements. Si nous en venions à élever nos droits de douanes, les intérêts américains en Europe seraient les grands perdants. De même pour les classes moyennes américaines qui verraient leur pouvoir d’achat baisser », a-t-il estimé dans une interview accordée à Ouest-France.
Invité sur France Inter ce mardi, Fabrice Le Saché, vice-président du Medef, a tenu à relativiser les craintes d’une éventuelle guerre commerciale entre les États-Unis et l’Europe. « Pour l’instant, il n’y a pas eu d’annonce majeure visant tel ou tel pays [européen], donc ça reste plutôt flou« , a-t-il déclaré, soulignant l’absence de signaux concrets d’escalade.
Selon lui, une confrontation commerciale entre les deux blocs est peu probable. « On ne croit pas en la guerre. Il ne peut pas y avoir de guerre [commerciale] entre les États-Unis et l’Europe à proprement parler, parce qu’il y a trop d’intérêts qui sont liés« , a-t-il expliqué. Il rappelle notamment le rôle clé des investissements croisés : « La France, l’Europe, investissent aux États-Unis, et beaucoup d’emplois dépendent d’entreprises européennes. »
Pour Fabrice Le Saché, le protectionnisme « brutal et massif » serait une stratégie perdante pour les deux parties. « C’est un jeu perdant-perdant pour les États-Unis et l’Europe« , a-t-il affirmé, plaidant pour une approche basée sur la négociation. « Le dialogue est toujours la voie à emprunter pour le commerce« , a-t-il conclu, appelant à une coopération renforcée pour éviter toute montée des tensions.
L’Union européenne semble déterminée à protéger ses secteurs clés tout en maintenant le dialogue avec Washington. Cependant, la menace d’un retour des tensions commerciales reste prégnante.
L’investiture de Donald Trump présage une période complexe pour les relations commerciales transatlantiques. Entre mesures protectionnistes et négociations stratégiques, l’Union européenne devra jongler entre fermeté et pragmatisme pour préserver ses intérêts économiques et environnementaux. Les semaines à venir s’annoncent décisives pour définir l’avenir de ces relations.
