- La tension monte entre le Parti socialiste (PS) et le gouvernement de François Bayrou.
- Mardi, les socialistes ont annulé une réunion prévue avec l’exécutif en vue de la commission mixte paritaire (CMP) sur le budget.
- En cause : les propos controversés du Premier ministre sur le « sentiment de submersion » migratoire, tenus lundi soir sur LCI.
Les socialistes ont annoncé qu’ils pourraient reprendre les négociations budgétaires si François Bayrou revenait sur le terme « submersion » et s’engageait à ne pas toucher à l’aide médicale d’État (AME). « L’intérêt du pays, c’est que le Premier ministre retire ces mots qui blessent inutilement« , a affirmé Philippe Brun sur Sud Radio, ajoutant que « notre responsabilité, c’est de se mettre autour de la table et de négocier un budget« .
Devant l’Assemblée nationale mardi après-midi, le Premier ministre a tenté d’apaiser les tensions en expliquant qu’il faisait référence à la situation de Mayotte et d’autres départements. Toutefois, cette clarification n’a pas suffi à calmer la colère de la gauche.
Une motion de censure en ligne de mire ?
La question d’une motion de censure se pose plus que jamais. « La pente que nous prenons n’est pas favorable à la non-censure« , a prévenu Arthur Delaporte, porte-parole du groupe PS à l’Assemblée nationale, tout en précisant qu’aucune décision n’avait encore été prise.
Laurent Baumel, député PS, a confirmé qu’il était « trop tôt pour dire ce qu’on va faire« , mais a reconnu que « ce qui s’est passé mardi après-midi ne va pas dans le sens d’un accord de non-censure« .
Les concessions du gouvernement pour apaiser les tensions
Face à cette situation tendue, le Premier ministre a tenté d’apaiser le PS en annonçant l’abandon d’une mesure controversée : la suppression de 4000 postes d’enseignants, une décision désormais « définitive« . Il a également renoncé à l’idée de sept heures de travail non rémunéré par an pour financer la Sécurité sociale, un projet critiqué par les socialistes mais aussi par certains macronistes, car « le travail doit être payé« .
Les revendications des socialistes
Les socialistes exigent plusieurs mesures économiques et sociales pour poursuivre les discussions budgétaires. Parmi celles-ci, figure une augmentation immédiate du Smic. « On est encore en train de négocier des modalités, mais ça fait partie des choses que nous demandons« , a déclaré Philippe Brun. Cette hausse du salaire minimum est perçue comme essentielle pour améliorer le pouvoir d’achat des travailleurs aux revenus les plus modestes.
Une autre revendication majeure concerne une hausse de la prime d’activité, une aide financière destinée aux travailleurs à faibles revenus. Cette mesure vise à renforcer le soutien aux ménages précaires et à encourager l’activité professionnelle.
Les socialistes réclament également le rétablissement des crédits du Fonds vert, un dispositif de financement destiné aux collectivités locales pour accompagner la transition écologique. La suppression ou la réduction de ces crédits inquiète particulièrement les élus locaux engagés dans des projets environnementaux.
Enfin, le PS souhaite étaler sur deux ans la surtaxe sur les profits des grands groupes, plutôt que de l’appliquer sur une seule année. Cette mesure permettrait, selon eux, de mieux répartir l’effort fiscal tout en garantissant une contribution équitable des grandes entreprises à l’économie nationale.
Un budget sous tension
La commission mixte paritaire (CMP) se réunit jeudi matin pour trouver un compromis sur le budget. La version finale sera ensuite présentée à l’Assemblée nationale la semaine du 3 février, avec l’utilisation probable de l’article 49.3 par le gouvernement. Cette manœuvre devrait déclencher une nouvelle motion de censure, initiée par les Insoumis.
En attendant, le gouvernement appelle les socialistes à ne pas « prendre le budget en otage« . « À ce stade, les négociations sont en cours, les membres de la CMP sont en train de discuter et nous souhaitons qu’il n’y ait aucune prise d’otage sur le budget« , a déclaré Sophie Primas, porte-parole du gouvernement, lors du compte rendu du Conseil des ministres.
Philippe Brun, député PS, estime que la reprise des négociations est nécessaire : « On a besoin d’un budget pour la France, et ce serait cataclysmique de ne pas en avoir« .
Le gouvernement parviendra-t-il à désamorcer la crise et à éviter une censure ? Réponse dans les prochains jours.
