- Le ministère de l’Intérieur a publié son rapport annuel sur l’immigration en France, révélant une hausse de 1,8 % des premiers titres de séjour délivrés en 2024, portant le total à 336 700.
- Parallèlement, les expulsions d’étrangers en situation irrégulière ont augmenté de 26,7 %, atteignant 21 601 reconduites à la frontière.
Si la tendance à la hausse se poursuit, elle ralentit par rapport aux années précédentes. Parmi les nouveaux titres de séjour attribués :
- Les étudiants représentent un tiers des titres délivrés (109 300).
- Les motifs familiaux constituent un quart des titres (90 600).
- Les motifs humanitaires enregistrent une forte augmentation de 13,5 %, atteignant 55 000.
- Les motifs économiques restent stables autour de 55 600.
Géographiquement, les pays du Maghreb restent les premiers fournisseurs de nouveaux arrivants, un phénomène stable depuis 2017. « C’est une histoire assez structurelle, qui a démarré en 2017« , confirme Guillaume Mordant, chef du département statistique de la Direction générale des étrangers en France (DGEF) à RFI.
Baisse des régularisations et hausse des expulsions
Si les titres de séjour augmentent, les régularisations de sans-papiers ont diminué de 10 %, totalisant 31 250 en 2024. C’est la première baisse depuis 2020, due au durcissement de la circulaire Valls, renforcée par le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau.
En parallèle, les expulsions d’étrangers en situation irrégulière ont bondi de 26,7 %, avec 12 856 éloignements forcés (+9,7 %). « Hausse de 27 % du nombre de clandestins expulsés en 2024. Je me réjouis de ces résultats obtenus grâce à la politique de fermeté que nous avons menée durant les neuf premiers mois de l’année 2024, poursuivie par Bruno Retailleau« , a déclaré sur X (ex-Twitter) Gérald Darmanin, ex-ministre de l’Intérieur et actuel garde des Sceaux.

Baisse des demandes d’asile en France et en Europe
En 2024, la demande d’asile a diminué de 5,5 % en France, avec 157 947 dossiers déposés. Cette baisse est en partie due à une réduction de 45 % des demandes « Dublin », formulées dans un autre pays européen avant d’être transférées en France.
Au niveau européen, la tendance est similaire avec 950 000 dossiers déposés en 2024, contre 1,05 million en 2023. L’Ukraine devient la première nationalité demandant l’asile en France, avec une hausse spectaculaire à 13 350 demandes.
Un débat politique vif autour de l’immigration
Les chiffres du rapport suscitent des réactions contrastées dans la sphère politique. Le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, salue « une politique de fermeté efficace » ayant conduit à l’augmentation des expulsions.

De son côté, Marine Le Pen dénonce « un record d’immigration sous Emmanuel Macron« , mettant en avant les 336 700 nouveaux titres de séjour et appelant à un renforcement des mesures migratoires. « Il n’est plus possible pour les Français de se contenter de mots et de déclarations sans lendemain, il faut désormais passer aux actes et mettre en place les mesures nécessaires pour reprendre le contrôle de notre politique migratoire« , affirme la présidente du groupe Rassemblement national.
La députée RN du Var, Laure Lavalette, va encore plus loin en comparant le nombre de titres de séjour délivrés à « l’équivalent d’un nouveau département d’immigration » et en qualifiant la situation de « tsunami migratoire« .

Cependant, en examinant ces chiffres de plus près, on observe que les étudiants représentent un tiers des titres de séjour accordés, une population qui, dans sa majorité, quitte la France après ses études. Selon une étude de Campus France, « le taux de maintien en France des étudiants internationaux ayant fini leurs études est de deux sur 10 à dix ans, d’un tiers à sept ans, de la moitié à quatre ans« .
Quelles perspectives ?
L’immigration en France continue d’évoluer sous l’effet de politiques publiques contrastées. D’un côté, les titres de séjour augmentent pour certaines catégories comme les étudiants et les bénéficiaires d’une protection humanitaire. De l’autre, le gouvernement durcit sa politique d’expulsions et de régularisations.
Le prochain bilan migratoire permettra d’évaluer l’impact des nouvelles mesures restrictives mises en place par le ministère de l’Intérieur, notamment sur les demandes d’asile et les régularisations.
