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Scandale Nestlé : l’exécutif pointé du doigt pour avoir autorisé la commercialisation d’eaux non conformes

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Les dernières enquêtes publiées par Le Monde et la cellule investigation de Radio France, ce mardi 4 février, mettent en évidence l’implication directe du gouvernement français dans l’affaire Nestlé.

Selon les documents révélés, Matignon et l’Élysée auraient accordé au groupe agroalimentaire des dérogations lui permettant de commercialiser des eaux minérales non conformes aux règlements sanitaires, en dépit des recommandations d’interdiction émises par les autorités sanitaires dès janvier 2023.

D’après les enquêtes de Le Monde et Radio France, des « échanges de mails et de notes ministérielles » prouvent que l’exécutif aurait « privilégié les intérêts de Nestlé au détriment des consommateurs » en accordant au groupe des dérogations sur l’usage de microfiltres.

Nestlé sous pression

En début d’année 2024, les premières révélations sur les pratiques de Nestlé Waters avaient poussé l’entreprise à reconnaître un recours à des systèmes interdits de microfiltration pour maintenir la « sécurité alimentaire » de ses eaux minérales. Parmi les principales marques concernées en France figurent Vittel, Contrex et Hépar dans les Vosges, ainsi que Perrier dans le Gard. Face à la pression, le groupe avait finalement accepté en septembre dernier de payer une amende de 2 millions d’euros pour échapper à un procès, après une plainte de l’association Foodwatch.

Un avertissement ignoré par le gouvernement

Une note confidentielle, révélée par Radio France et Le Monde, montre que le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, recommandait dès le 20 janvier 2023 de « suspendre immédiatement l’autorisation d’exploitation et de conditionnement de l’eau pour les sites Nestlé des Vosges » et d’étendre cette interdiction « au site d’embouteillage de Perrier à Vergèze, dans le Gard« .

Jérôme Salomon s’appuyait alors sur un rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) qui concluait notamment que « la microfiltration sera inefficace vis-à-vis de la rétention de virus« . Pourtant, moins d’un mois après avoir reçu cette alerte, l’État a permis au groupe Nestlé de contourner la réglementation, en lui donnant le droit d’utiliser, jusqu’à aujourd’hui, des filtres non conformes dans ses usines.

 Un lobbying d’ampleur et des accusations de « chantage »

Selon les journalistes de Le Monde et Radio France, Nestlé aurait déployé une « opération de lobbying d’une ampleur insoupçonnée« , que Jérôme Salomon qualifie lui-même de « chantage« . Cette campagne de pression aurait débuté dès les premiers signaux d’alerte en septembre 2021, avant de se poursuivre les années suivantes, jusqu’à une rencontre entre des représentants de Nestlé et Alexis Kohler, secrétaire général de l’Élysée.

Sollicité par l’AFP, Radio France et Le Monde, l’Élysée indique toutefois que la présidence « n’a pas vocation à intervenir sur les méthodes de microfiltration de l’eau, mais l’attention de ses équipes a été attirée sur ce sujet par l’entreprise Nestlé, et l’Élysée a renvoyé les intéressés vers les services de l’État compétents« .

Vers une commission d’enquête ?

Une commission d’enquête sénatoriale, lancée en novembre dernier, avait déjà souligné l' »opacité » des pouvoirs publics et des industriels sur ce dossier. Son rapporteur, le sénateur PS de l’Oise Alexandre Ouizille, a déclaré ce mardi 4 février sur franceinfo que la commission allait « auditionner du côté de l’Élysée pour aller au bout de la vérité« .

Des plaintes en série contre Nestlé

L’affaire Nestlé ne cesse de prendre de l’ampleur. Foodwatch, qui accuse le gouvernement français d’avoir « cautionné une fraude d’ampleur mondiale« , exige un procès afin d’établir les responsabilités et prononcer des sanctions exemplaires. « Foodwatch demande qu’un procès établisse les responsabilités et que des sanctions exemplaires tombent« , a d’ailleurs réagi ce mardi l’association après ces nouvelles révélations dans la presse.

En parallèle, l’association de consommateurs CLCV a déposé une plainte contre X pour tromperie.

Emmanuel Macron dément toute « connivence »

Interrogé sur cette affaire, le président Emmanuel Macron a affirmé qu’il n’y avait eu « ni entente ni connivence » avec Nestlé. « Je ne suis pas au courant de ces choses-là. Il n’y a de l’entente avec personne, il n’y a pas de connivence avec qui que ce soit« , a-t-il déclaré aux journalistes en marge d’un déplacement à l’institut de lutte contre le cancer Gustave Roussy.

 

 

 

 

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