- Les relations commerciales entre la France et les États-Unis connaissent une nouvelle turbulence.
- L’administration américaine impose désormais aux entreprises françaises une condition inattendue : renoncer à toute politique de diversité, équité et inclusion (DEI) sous peine d’exclusion des marchés publics fédéraux.
Selon les informations révélées par Les Échos, Le Figaro et confirmées par l’AFP, plusieurs entreprises françaises ont récemment reçu un courrier officiel en provenance de l’ambassade des États-Unis à Paris. Signé par un certain Stanislas Parmentier, présenté comme un « agent contractant » du département d’État américain, ce document exige des sociétés françaises qu’elles certifient ne pas mettre en œuvre de politiques de diversité, équité et inclusion (DEI) si elles souhaitent continuer à répondre aux appels d’offres de l’administration fédérale américaine.
Cette missive, envoyée en français et en anglais, accorde un délai de « cinq jours » aux entreprises concernées pour remplir, signer et retourner le questionnaire. « C’est inadmissible », a réagi le président du Medef, Patrick Martin, sur LCI.
« Cela traduit une dérive du gouvernement américain, du président américain lui-même, qui veut une emprise sur l’économie mondiale et les valeurs européennes. On ne peut pas s’incliner, nous avons des valeurs, des règles, nous nous devons de les respecter. », ajoute le président du Medef
Une mesure en contradiction avec la législation française
Si la France interdit la plupart des formes de discrimination positive fondées sur l’origine, l’ethnie ou la religion, certaines obligations en matière de parité existent bel et bien. Depuis 2021, les entreprises de plus de 1 000 salariés doivent atteindre un quota de 30 % de femmes cadres dirigeantes d’ici 2027 et 40 % en 2030. En cédant aux exigences américaines, ces sociétés pourraient donc se retrouver en infraction avec le droit français.
« Les ingérences américaines dans les politiques d’inclusion des entreprises françaises, comme les menaces de droits de douane injustifiés, sont inacceptables », a fustigé Laurent Saint-Martin, ministre du Commerce extérieur.
Des réactions indignées au sein des institutions et du patronat
De son côté, la CGT a appelé le gouvernement « à ne pas engager de politique dommageable pour l’égalité entre les femmes et les hommes et la lutte contre le racisme », a déclaré Gérard Ré, secrétaire confédéral du syndicat.
L’exécutif français n’a pas tardé à réagir. « Cette pratique reflète les valeurs du nouveau gouvernement américain. Ce ne sont pas les nôtres », a indiqué l’entourage du ministre de l’Économie, Eric Lombard, en précisant que « le ministre le rappellera à ses homologues au sein du gouvernement américain ».
Un contexte de tensions commerciales croissantes
Cette affaire survient dans un climat tendu entre Washington et Bruxelles, où les menaces de droits de douane se multiplient. « On va connaître bien pire avec les droits de douane, c’est dix fois pire », a estimé Geoffroy Roux de Bézieux, président fondateur de Notus Technologies et président d’honneur du Medef ce lundi sur BFM Business. « Le vrai problème aujourd’hui, c’est d’avoir une Europe puissante qui puisse peser économiquement face aux États-Unis. »
Quelles conséquences pour les entreprises françaises ?
Les « quelques centaines » d’entreprises françaises concernées se trouvent face à un choix cornélien : renoncer à certaines politiques internes de lutte contre les discriminations pour continuer à collaborer avec l’État fédéral américain, ou s’exposer à une perte de marchés stratégiques.
« Bien sûr, nous sommes très soucieux de la performance économique, surtout dans cette conjoncture dégradée », reconnaît Patrick Martin. « Mais je ne crois pas me tromper en disant que ces entreprises assumeront leurs valeurs autant que possible. L’État et l’Union européenne doivent être en soutien contre cette « décision funeste ».
L’affaire, qui met en lumière les tensions croissantes entre les deux rives de l’Atlantique, pourrait bien marquer une nouvelle étape dans la rivalité économique et politique entre les États-Unis et l’Europe.
