L’expulsion de douze fonctionnaires français par l’Algérie, en réaction à une enquête judiciaire menée à Paris dans l’affaire Amir DZ, ravive les tensions diplomatiques entre les deux pays. La France, par la voix de Jean-Noël Barrot, dénonce une décision disproportionnée et envisage des mesures de réciprocité.
Les tensions entre la France et l’Algérie franchissent un nouveau cap. Alger a décidé d’expulser douze fonctionnaires français du ministère de l’Intérieur, une décision que Paris juge « très regrettable » et « injustifiée », sur fond d’une affaire judiciaire impliquant des ressortissants algériens en France.
Une réaction algérienne à une affaire judiciaire française
Selon les autorités françaises, cette expulsion, annoncée ce lundi, fait suite à l’arrestation et à la mise en examen à Paris de trois hommes, dont un agent consulaire algérien, dans une affaire d’enlèvement et séquestration visant l’influenceur Amir DZ. Une procédure qui, selon Paris, n’a aucun lien avec la diplomatie.
« C’est une procédure judiciaire qui a été engagée depuis des mois et qui n’a rien à voir avec le dialogue que nous avons réinitié en mars avec les autorités algériennes », a déclaré Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, ce mardi matin sur France 2,
Paris dénonce une escalade et met en garde Alger
Jean-Noël Barrot a averti que si Alger persistait dans sa décision, la France n’aurait « d’autre choix que de prendre des mesures similaires ».
« Si l’Algérie fait le choix de l’escalade, nous répondrons avec la plus grande fermeté », a-t-il prévenu, ajoutant qu’« il reste quelques heures aux autorités algériennes pour revenir sur leur décision ».
« Le contact n’est pas rompu », a assuré le ministre, disant vouloir « laisser sa chance au dialogue ». Le chef de la diplomatie française a aussi rappelé la volonté française de rétablir des relations apaisées.
« Nous avons toujours dit que nous voulions revenir à des relations normales, que nous voulions sortir des tensions parce qu’elles ne sont ni dans l’intérêt de la France ni dans l’intérêt des Français. Mais c’est évidemment à l’Algérie aujourd’hui de prendre ses dispositions. », a souligné Jean-Noël Barrot
Le chef de la diplomatie française rappelle que » la justice est indépendante »
Bruno Retailleau mis en cause par Alger, défendu par Paris
Du côté algérien, la colère vise notamment Bruno Retailleau, ministre français de l’Intérieur, accusé d’entretenir une ligne dure vis-à-vis d’Alger. Une affirmation balayée par Jean-Noël Barrot.
« Bruno Retailleau n’a rien à voir avec cette affaire judiciaire. », affirme t-il en rappelant que les dossiers judiciaires relevaient uniquement de la justice, pas de l’exécutif.
Même son de cloche chez Gérald Darmanin, ministre de la Justice, invité de RTL : « On ne peut pas essayer de nous diviser, on est totalement solidaires de l’action de Bruno Retailleau. »
Gerald Darmanin a qualifié les accusations et attaques à son encontre d’«insultes et attaques personnelles indignes de la part de l’Algérie », tout en appelant Alger à la retenue. « La justice française est indépendante, évidemment. », a-t-il martelé.
Une détérioration inquiétante des relations franco-algériennes
Cette montée des tensions risque de compromettre le fragile dialogue réamorcé entre les deux pays ces dernières semaines. Le déplacement de Gérald Darmanin en Algérie, prévu pour discuter du dossier des détenus algériens en France, a d’ailleurs été « retardé ».
Du côté algérien, la décision d’expulsion est qualifiée de « souveraine », et Alger attribue la responsabilité du climat actuel à Paris. Mais pour Paris « les procédures judiciaires n’ont rien à voir avec la relation entre deux gouvernements ».
