- Les Américains paient jusqu’à quatre fois plus cher leurs médicaments que les Européens. Pour Donald Trump, cette anomalie doit cesser.
- Le président américain a signé un décret visant à imposer une baisse drastique des prix, avec des conséquences financières et politiques majeures.
- Cette mesure radicale aux contours encore flous inquiète l’industrie pharmaceutique.
Ce Lundi, le président américain Donald Trump a signé un décret présidentiel visant à réduire de 30 % à 80 % le prix des médicaments sur ordonnance aux États-Unis. Une mesure spectaculaire, aux contours encore flous, qui pourrait bouleverser l’industrie pharmaceutique mondiale.
« Les États-Unis paieront le même prix que la nation qui paie le prix le plus bas dans le monde », a-t-il écrit dimanche soir sur son réseau Truth Social.
Le décret vise à mettre en œuvre immédiatement cette politique qu’il présente comme un acte de justice économique. « Ils augmenteront dans le monde entier pour compenser et, pour la première fois depuis de nombreuses années, apporter l’équité en Amérique ! », a-t-il ajouté.
Une politique déjà esquissée lors de son premier mandat
Ce décret relance l’un des chevaux de bataille du milliardaire républicain, qui, dès son premier mandat (2017–2021), avait tenté sans grand succès de ramener les prix américains à des niveaux internationaux plus raisonnables. À l’époque, il s’était déjà engagé à « réduire l’écart » entre les prix pratiqués aux États-Unis et ceux dans des pays comme la France ou le Canada.
Une étude de la Rand Corporation avait montré que les Américains payaient en moyenne 2,5 fois plus pour les médicaments que les Français. D’autres chiffres publiés en 2024 par le Département de la Santé indiquent que les prix américains sont 422 % plus élevés que ceux pratiqués dans d’autres pays développés — même après remises, l’écart reste de 308 %.
Le contraste est frappant : le Wegovy, traitement contre l’obésité de Novo Nordisk, coûte 1 339 dollars par mois aux États-Unis, contre 328 dollars en Allemagne. Le Keytruda, médicament contre le cancer produit par Merck, est facturé 191 000 dollars par an outre-Atlantique, alors qu’il coûte 91 000 dollars en France et 44 000 dollars au Japon.
Un impact immédiat sur les marchés
L’annonce de Donald Trump a déclenché une vague de ventes sur les marchés financiers. En Europe, les titres de Novo Nordisk, AstraZeneca et Roche ont plongé, à rebours d’une tendance globale à la hausse. À Tokyo, le sous-indice pharmaceutique du Topix a connu sa plus forte perte quotidienne depuis août. À New York, Pfizer, Eli Lilly, Merck et Bristol Myers Squibb ont également vu leur valeur chuter dans les échanges préalables à l’ouverture.
Selon l’analyste Carter Gould, de Cantor Fitzgerald, une baisse de 10 % des prix des médicaments dans Medicare réduirait les bénéfices de Pfizer de 7,5 %, Merck de 6,5 % et Eli Lilly de 4,3 % dès 2026.
Une mise en œuvre encore floue
Pour l’heure, la Maison Blanche n’a fourni aucun détail sur la manière dont cette nouvelle politique serait appliquée. L’administration Trump affirme toutefois que les effets de cette mesure se feront sentir « presque immédiatement ».
Le décret vise à restaurer un principe évoqué dès 2020 : celui du “pays le plus favorisé”, consistant à indexer les prix des médicaments sur ceux payés par les pays développés où ils sont les plus bas. Il s’agirait donc d’un changement structurel majeur dans la manière dont sont fixés les prix des traitements aux États-Unis.
Opposition farouche de l’industrie
La réaction du lobby pharmaceutique ne s’est pas fait attendre. Alex Schriver, porte-parole de l’organisation professionnelle PhRMA, a condamné la mesure dans un communiqué.
« Toute forme de fixation des prix par le gouvernement est néfaste pour les patients américains. Alors que la concurrence avec la Chine s’intensifie, les décideurs politiques devraient se concentrer sur la réforme des défauts du système américain plutôt que d’importer des politiques étrangères. », explique t-il.
Les grands laboratoires internationaux, particulièrement exposés au marché américain — qui représente entre 40 % et 60 % de leurs revenus — pourraient voir leur rentabilité menacée si la mesure est appliquée à grande échelle.
