Si la France reste championne d’Europe en matière d’investissements directs étrangers, les chiffres du baromètre EY révèlent une chute inquiétante des projets et des emplois créés, sur fond de tensions économiques et politiques.
Pour la sixième année consécutive, la France conserve son titre de pays le plus attractif d’Europe pour les investissements étrangers. Mais derrière cette première place se cache une réalité plus nuancée, marquée par un recul significatif du nombre de projets et une baisse encore plus forte des créations d’emplois.
C’est ce que révèle le baromètre 2025 d’EY sur l’attractivité de la France, publié ce mercredi. Selon cette étude de référence, 1 025 projets d’entreprises étrangères ont été recensés en 2024, soit une baisse de 14 % par rapport à l’année précédente. Les emplois générés par ces investissements ont chuté de 27 %, tombant à 29 000 postes, contre 39 000 en 2023.
« Les créations de postes générées par ces projets ont fortement diminué, ce qui est indicatif de la prudence, des coûts et des délais relatifs aux implantations », souligne le cabinet EY.
Coût du travail et incertitudes politiques freinent les ardeurs
En tête du classement européen, la France n’est pourtant pas exempte de faiblesses. Le baromètre pointe notamment le poids du coût du travail, jugé encore trop élevé par les investisseurs, ainsi que l’instabilité politique et réglementaire.
« Le coût du travail reste un facteur de frein, avec des charges comparables à l’Allemagne mais au-dessus de celles constatées en Espagne, au Portugal ou au Royaume-Uni », peut-on lire dans le rapport.
L’étude met également en lumière une compétitivité énergétique insuffisante, une robotisation en retard, et des tensions sur le foncier industriel, autant de freins à l’expansion des entreprises internationales dans l’Hexagone.
Les secteurs stratégiques résistent, l’industrie vacille
Malgré ce contexte tendu, certains secteurs tirent leur épingle du jeu. L’énergie, l’intelligence artificielle et l’agroalimentaire affichent des performances solides. En 2024, 70 entreprises étrangères ont choisi de s’implanter dans le secteur de l’énergie, souvent en lien avec des projets de transition écologique.
La France semble aussi devenir un pôle européen d’attraction pour l’intelligence artificielle, avec 109 milliards d’euros d’investissements potentiels annoncés lors du Sommet de Paris en février dernier.
À l’inverse, les secteurs historiques comme la chimie, l’automobile ou la pharmacie subissent de plein fouet les effets du ralentissement. Le solde des ouvertures et fermetures de sites est redevenu négatif, une première depuis la crise sanitaire de 2020.
« Certaines industries historiques marquent le pas, avec un solde ouvertures + extensions / fermetures + restructurations redevenu négatif », observe EY.
Un leadership industriel à relativiser
La France conserve néanmoins sa première place pour le nombre d’implantations industrielles, mais ces projets s’avèrent moins créateurs d’emplois que dans les pays voisins.
Le pays continue aussi d’attirer hors de l’Île-de-France : 75 % des investissements étrangers réalisés en 2024 se sont installés en région, preuve que l’offre territoriale séduit au-delà de Paris et des grandes métropoles.
Une Europe en perte de vitesse
Sur le continent, la tendance est au repli. Les investissements étrangers en Europe ont chuté de 5 % en 2024, et les emplois créés de 16 %. Le climat géopolitique incertain, les tensions commerciales mondiales et la montée des nationalismes économiques pèsent sur les décisions d’implantation.
« La tendance d’investissement est clairement négative avec deux années de baisse consécutive », alerte EY.
Des raisons de croire en un rebond
Tout n’est pas sombre. Selon l’enquête menée par EY auprès de 200 dirigeants en mars dernier, les perspectives s’améliorent timidement. Plusieurs entreprises ayant gelé leurs projets à l’automne 2024 ont finalement confirmé ou relancé leurs investissements début 2025.
« Les dirigeants restent relativement confiants si la France et l’Europe apportent des réponses immédiates sur leur compétitivité et leur souveraineté », conclut le baromètre.
Malgré un repli des projets et des emplois, la France conserve son statut de leader européen des IDE. Reste à savoir si elle saura capitaliser sur ses atouts — innovation, transition énergétique, talents — pour redynamiser son attractivité dans un environnement international de plus en plus incertain.
