- À une semaine de l’examen d’un texte visant à alléger les contraintes agricoles, la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs bloquent plusieurs axes routiers.
- Stockage d’eau, retour encadré d’un pesticide néonicotinoïde, levée de contraintes réglementaires : les enjeux du texte agricole porté par Laurent Duplomb provoquent une nouvelle mobilisation dans le Nord.
Sous tension depuis plusieurs mois, le secteur agricole intensifie ses actions. Ce lundi, à l’initiative de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs, plusieurs barrages routiers sont mis en place dans le département du Nord. En ligne de mire : la version amendée d’une proposition de loi censée lever des contraintes réglementaires pesant sur la compétitivité des exploitants.
Ce texte, soutenu par le gouvernement, est examiné à l’Assemblée nationale à partir du 26 mai. Il est désormais au cœur d’un bras de fer entre filières agricoles, pouvoirs publics et défenseurs de l’environnement.
Les syndicats agricoles ont ce lundi procédé au le blocage de quatre axes majeurs : l’A1 à Seclin, l’A25 à Steenvoorde, l’A2 à Marly, et la N2 à Avesnes-sur-Helpe.
La préfecture du Nord, qui a validé les déclarations de manifestation, appelle à la vigilance mais souligne « le sens de la responsabilité des agriculteurs » et le respect des consignes de sécurité.
Un texte dénaturé, selon les syndicats agricoles
À l’origine, la proposition de loi portée par le sénateur LR Laurent Duplomb avait reçu un accueil favorable dans les milieux agricoles. Le texte vise à « lever les contraintes à l’exercice du métier » en facilitant notamment le stockage de l’eau et l’accès dérogatoire à certains intrants phytosanitaires.
Mais son passage en commission à l’Assemblée vendredi dernier a laissé les syndicats amers. Plusieurs articles clés ont été modifiés ou supprimés, ce qui motive la mobilisation actuelle.
« La proposition de loi a été vidée de son contenu« , dénoncent la FDSEA du Nord et les Jeunes Agriculteurs.
Retour encadré de l’acétamipride : un sujet explosif
Le cœur de la discorde réside dans une disposition permettant, à titre exceptionnel, l’usage de l’acétamipride, un pesticide néonicotinoïde interdit en France depuis 2018 mais autorisé ailleurs en Europe. Le texte prévoit une dérogation de trois ans, sous conditions strictes.
Pour la ministre de l’Agriculture Annie Genevard, il ne s’agit pas d’un retour en arrière mais d’un ajustement pragmatique face aux réalités du terrain. « Ce n’est pas un retour des pesticides, ce n’est pas un retour des néonicotinoïde« , a-t-elle affirmé sur franceinfo. « C’est la possibilité d’utiliser un néonicotinoïde, un assimilé néonicotinoïde qui n’est pas comme les autres, le seul autorisé dans toute l’Union européenne. », a t-elle ajouté.
La ministre relativise les critiques, en soulignant l’usage courant de cette molécule dans la vie quotidienne : « L’acétamipride, les Français l’utilisent dans tous les insecticides domestiques, dans les colliers des animaux domestiques […] et les agriculteurs ne pourraient pas l’utiliser dans des conditions très strictes ? »
Des enjeux économiques et de souveraineté alimentaire
Les filières concernées, notamment celles de la betterave sucrière et de la noisette, justifient cette demande par une impasse technique face aux ravageurs. Pour elles, le maintien de la compétitivité dépend directement de la levée de certaines interdictions jugées disproportionnées.
La ministre abonde dans ce sens : « Quand ils voient leurs cultures ravagées par des insectes, qu’il y a un produit disponible partout en Europe sauf chez eux, comment voulez-vous qu’ils n’en ressentent pas une profonde colère ? »
Annie Genevard plaide pour un soutien actif à la production française.
« Nos agriculteurs sont faits pour produire une alimentation. Et si on ne veut pas demain donner à nos enfants une assiette avec des produits exclusivement étrangers, il faut donner aux agriculteurs le signal qu’ils peuvent produire. », affirme t-elle.
Mais les syndicats, eux, annoncent déjà de nouvelles actions à partir du 26 mai, jour du début de l’examen parlementaire.
