- Les hôpitaux publics français enregistrent un déficit record de 2,4 milliards d’euros en 2023, selon les chiffres dévoilés par la Drees.
- Cette détérioration inédite des comptes hospitaliers met en lumière la fragilité financière croissante du système de santé, dans un contexte post-Covid marqué par l’inflation et le désengagement progressif de l’État.
Les comptes des hôpitaux publics plongent dans le rouge. Ils accusent en 2023 un déficit net de 2,4 milliards d’euros, soit près du double de celui enregistré l’année précédente. C’est ce que révèle le dernier panorama des établissements de santé publié ce jeudi par la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques). Une dégradation inédite qui interroge l’avenir du système hospitalier français.
Une situation « sans précédent »
Le constat est clair : jamais, depuis le début des observations en 2005, le déficit n’avait atteint un tel niveau. La Drees évoque une « très nette détérioration » des comptes, en grande partie liée à la disparition progressive des aides exceptionnelles post-Covid, sur fond d’inflation persistante.
Le résultat net des hôpitaux, rapporté à leurs recettes, est tombé à -2,3 %. Une chute brutale qui souligne un déséquilibre structurel : malgré des recettes en hausse (+5,6 %), les dépenses ont explosé.
Des dépenses en forte hausse
En 2023, les dépenses hospitalières ont atteint 122,1 milliards d’euros, en majorité couvertes par l’Assurance maladie (92,6 %).Les charges continuent de grimper d’année en année, avec des hausses marquées dans plusieurs secteurs :
- Dépenses de personnel : +5 %, soit 60,8 milliards d’euros
- Dépenses médicales : +5,3 %, atteignant 21 milliards
- Frais hôteliers et généraux : +34,5 %, culminant à 12 milliards
Autant de facteurs qui creusent un peu plus le déficit, malgré une légère progression des recettes.
À l’opposé, les cliniques privées semblent épargnées par cette tempête budgétaire. En 2022, leur résultat net était positif à 362 millions d’euros. Une stabilité qui souligne le fossé croissant entre secteur public et privé dans l’offre de soins.
Le Ségur de la santé, une réponse encore timide
Face à ces difficultés, l’État avait lancé en 2021 le Ségur de la santé, un vaste plan de soutien au monde hospitalier. En 2023, 5,6 milliards d’euros ont été investis, soit 5,4 % des recettes totales des hôpitaux. Ces fonds visent à moderniser les infrastructures, revaloriser les carrières et renforcer l’attractivité de l’hôpital public.
Parmi les mesures phares : 15 000 recrutements annoncés et 8,2 milliards d’euros alloués aux revalorisations salariales. Mais ces efforts peinent encore à inverser la tendance.
Seul point positif dans ce sombre tableau : le nombre de passages aux urgences a diminué de 3,4 % en 2023, après une forte hausse en 2022 (+6,2 %). Cette baisse s’explique, selon la Drees, par des dispositifs visant à réguler l’afflux, mais aussi par un manque chronique de personnel.
