8.2 C
Paris
vendredi, mars 20, 2026
AccueilEconomieNote S&P : la France échappe de justesse à une dégradation, mais...

Note S&P : la France échappe de justesse à une dégradation, mais l’avertissement persiste

Date:

  • La France a évité de justesse une sanction supplémentaire de l’agence de notation S&P, qui maintient sa note AA- mais conserve une perspective négative.
  • Une décision qui confirme les doutes persistants sur la capacité du pays à maîtriser ses finances publiques et à réduire ses déficits, alors que l’exécutif doit encore trouver 40 milliards d’euros en 2025.

   La France souffle un peu, mais le sursis est fragile. L’agence de notation Standard & Poor’s (S&P) a annoncé vendredi soir qu’elle maintenait la note souveraine du pays à AA-, tout en maintenant une perspective négative. Un verdict en demi-teinte, qui traduit les doutes persistants sur la trajectoire budgétaire française.

En février dernier, S&P avait déjà abaissé sa perspective de « stable » à « négative », mettant en avant un budget sous tension et un soutien politique jugé limité aux réformes. La note elle-même avait été rétrogradée d’un cran l’année précédente. La prochaine évaluation est attendue pour le 28 novembre, laissant à l’exécutif quelques mois pour tenter d’inverser la tendance.

Fitch et Moody’s confirment : des notes sous surveillance

La France n’est pas encore tirée d’affaire. D’autres agences surveillent également de près les comptes publics. Fitch a confirmé sa note AA- avec perspective négative mi-mars, tandis que Moody’s, qui avait dégradé le pays en décembre, maintient sa notation à Aa3, l’équivalent d’un AA-, mais avec une perspective stable. Aucune nouvelle évaluation n’a été publiée en avril.

Cette prudence s’explique par les signaux d’alerte lancés depuis plusieurs mois. Le gouvernement est sommé de trouver 40 milliards d’euros supplémentaires en 2025, un effort colossal qui devrait concerner à la fois l’État, la Sécurité sociale et les collectivités locales.

TVA sociale : une mesure contestée par les partenaires sociaux

Pour boucler ses budgets, Matignon n’exclut pas une hausse générale de la TVA, rebaptisée « TVA sociale », destinée à financer les dépenses sociales. Mais cette piste suscite déjà un tollé chez les syndicats. Sophie Binet (CGT) dénonce une mesure antisociale, rejointe par la gauche et le Rassemblement national, dont Marine Le Pen a menacé d’une motion de censure si cette taxe voyait le jour.

Le Premier ministre temporise et promet un plan d’équilibre des finances publiques avant le 14 juillet, sans avoir pour l’heure arrêté les mesures phares. Il mise sur la concertation avec les partenaires sociaux et les partis politiques pour éviter une nouvelle crise parlementaire, mais l’incertitude reste grande.

La sécurité sociale : la Cour des comptes alerte sur un risque de crise de liquidité

La situation est d’autant plus critique que la Cour des comptes a tiré cette semaine la sonnette d’alarme, évoquant un risque de crise de liquidité pour la Sécurité sociale dès 2025 en raison d’un dérapage jugé « hors de contrôle » des dépenses.

De son côté, la ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin a affiché une ambition : le retour à l’équilibre en 2029. Un objectif contesté, alors que les propres prévisions gouvernementales annoncent encore 24,1 milliards d’euros de déficit en 2028.

Un contexte européen inquiétant

Le diagnostic est partagé au niveau européen. Selon les projections de la Commission européenne, publiées le 19 mai, la France affichera le plus fort déficit public de la zone euro en 2025 et 2026, à 5,6 % et 5,7 % du PIB. Paris continue pourtant de tabler sur un retour sous la barre des 3 % en 2029, en s’appuyant sur des prévisions plus optimistes : 5,4 % en 2025, 4,6 % en 2026.

Le message de S&P est clair : la France a échappé de peu à une sanction plus sévère, mais sa note reste sous surveillance. L’enjeu est double : convaincre les marchés et rassurer les agences sur sa capacité à maîtriser ses finances publiques. Affaire à suivre !

Les plus populaires