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Objectif 30×30, chalutage, traité sur la haute mer : les grands enjeux du sommet océanique de l’ONU

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  • Alors que la Méditerranée atteint des records de température, la ville de Nice devient l’épicentre d’un sommet crucial pour l’avenir des océans. 
  • Face à la surpêche, au chalutage de fond et à la ruée vers les ressources sous-marines, chefs d’État, ONG et scientifiques tentent d’arracher des accords concrets pour enrayer le déclin de la biodiversité marine.

   Nice accueille cette semaine le troisième sommet des Nations unies sur l’océan (Unoc-3), un rendez-vous crucial pour l’avenir de la planète bleue. Du 9 au 13 juin, plus de 100 délégations internationales, dont une soixantaine de chefs d’État et de gouvernement, sont réunies au bord de la Méditerranée, l’une des mers les plus polluées et réchauffées au monde.

À l’été 2024, la Méditerranée avait atteint la température record de 28,9°C, soulignant l’urgence climatique.

Un sommet sous haute pression politique et écologique

Le président Emmanuel Macron est arrivé dès dimanche à Nice pour accueillir ses homologues. En ouverture du sommet, il a mis en garde contre les dérives climatiques :

« C’est une énorme erreur de se détourner du combat climatique », a-t-il déclaré, appelant à la mobilisation générale face à la dégradation des écosystèmes marins.

Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, a renchéri : « Les grands fonds ne peuvent pas devenir un Far West (…). J’espère que nous pourrons redresser la situation. Que nous pourrons remplacer le pillage par la protection. »

Chalutage de fond : une pratique sous le feu des critiques

 L’un des points de friction du sommet porte sur le chalutage de fond, une méthode de pêche décriée pour ses effets destructeurs sur les habitats marins.

« Cette technique de pêche vient perturber la biodiversité et des écosystèmes qu’il faut apprendre à protéger », a reconnu Emmanuel Macron samedi.

Face aux pressions des ONG, le chef de l’État a annoncé une limitation du chalutage de fond dans certaines aires marines protégées (AMP). Une avancée jugée timide par les militants environnementaux.

« On a l’impression qu’il annonce qu’il ne va rien annoncer », a critiqué François Chartier, de Greenpeace, pointant un « manque d’ambition ».

Selon l’ONG Oceana, le chalutage de fond a été pratiqué pendant 17 000 heures dans les AMP françaises en 2024. Les pêcheurs, de leur côté, dénoncent des mesures qui menacent leur activité.

Objectif 30×30 : protéger 30 % des océans d’ici 2030

La conférence pourrait aboutir à la création de nouvelles aires marines protégées, pour atteindre 10 % de protection marine mondiale, contre 8,36 % actuellement. Un progrès symbolique vers l’objectif international 30×30, fixé pour 2030.

Mais les ONG mettent en garde : la quantité ne suffit pas, encore faut-il une protection efficace. Actuellement, seulement 2,7 % de la surface océanique mondiale bénéficie d’un haut niveau de protection, et ce chiffre tombe à 0,1 % pour les eaux françaises.

Vers l’entrée en vigueur du Traité sur la haute mer

 Autre avancée annoncée dès le premier jour du sommet : la prochaine entrée en vigueur du Traité sur la haute mer, signé en 2023 pour mieux encadrer les activités dans les eaux internationales.

« À la cinquantaine de ratifications déjà déposées ici même ces dernières heures, quinze pays se sont formellement engagés à les rejoindre », a confirmé Emmanuel Macron.

Le traité, qui vise à lutter contre la pêche illégale et l’exploitation minière en haute mer, entrera en vigueur 120 jours après la 60e ratification.

Exploitation des grands fonds : Macron relance l’appel au moratoire

 Face à la volonté de certains pays, dont les États-Unis sous Donald Trump, d’exploiter les minéraux rares des fonds marins, Emmanuel Macron a renouvelé son appel à un moratoire international.

« Les abysses ne sont pas à vendre, pas plus que le Groenland n’est à vendre, pas plus que l’Antarctique ou la haute mer ne sont à vendre », a martelé le président français.

Actuellement, seulement 33 pays soutiennent ce moratoire. La France espère élargir cette coalition avant la prochaine réunion de l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM), en juillet, où les règles d’extraction pourraient être discutées.

Un sommet décisif pour les océans, entre espoir et scepticisme

En résumé, ce sommet mondial à Nice marque un tournant diplomatique et environnemental. Les ambitions affichées sont nombreuses : protection accrue, régulation des pratiques destructrices, interdiction de la pêche illégale, encadrement des activités minières.

Mais les ONG restent prudentes, pointant un écart persistant entre les discours et les actions concrètes. La pression internationale reste forte pour que les engagements pris à Nice ne soient pas de simples effets d’annonce.

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