- Alors que l’économie française ralentit, la Banque de France abaisse pour la troisième fois ses prévisions de croissance pour 2025.
- Inflation en repli, salaires en hausse, mais dette publique inquiétante : François Villeroy de Galhau appelle à une mobilisation européenne face aux défis commerciaux et budgétaires à venir.
La Banque de France continue de revoir à la baisse ses prévisions de croissance pour l’économie française. Dans son enquête mensuelle de conjoncture publiée ce mercredi, l’institution monétaire table désormais sur une progression du PIB de 0,6 % en 2025, contre 0,7 % estimée en mars, et 0,9 % en début d’année. Un net recul si l’on se souvient qu’en septembre dernier, la Banque anticipait encore une croissance de 1,2 %.
« On devrait avoir à nouveau une croissance autour de 0,1 % ce deuxième trimestre : c’est trop faible, trop ralenti », a regretté François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, ce jeudi 12 juin sur franceinfo.
Un climat international plombant la croissance
Ce ralentissement économique s’inscrit dans un contexte géopolitique et commercial tendu. L’institution pointe du doigt la hausse des droits de douane et l’incertitude sur les négociations commerciales internationales, notamment avec les États-Unis. Ces facteurs pèseraient lourdement sur les exportations françaises qui devraient ralentir fortement en 2025.
« La hausse des droits de douane et l’incertitude économique associée coûteraient au total 0,4 point de PIB à l’économie tricolore d’ici à 2027″, note la Banque de France.
Un impact qui reste toutefois inférieur à celui prévu pour la zone euro (−0,7 point de PIB selon la BCE), la France étant moins dépendante du commerce transatlantique que certains de ses voisins européens.
Des signaux plus encourageants pour 2026 et 2027
Si 2025 s’annonce morose, les projections pour 2026 et 2027 sont légèrement plus optimistes, avec une croissance attendue à 1 %, puis 1,2 %. Des prévisions prudentes, conditionnées à la stabilité des mesures protectionnistes américaines.
« Les surtaxes dites « réciproques » de Donald Trump resteraient à leur niveau actuel de 10 % et ne seraient pas relevées à l’issue de la suspension de 90 jours décrétée par l’administration américaine », précise la Banque.
Inflation en recul, salaires en progression
Bonne nouvelle en revanche sur le front des prix : l’inflation poursuit son reflux, pour s’établir à 1 % en moyenne en 2025 (en données harmonisées), après 2,3 % en 2024. Ce ralentissement s’explique principalement par le repli marqué des prix de l’énergie. Les produits alimentaires devraient continuer à peser légèrement sur l’inflation, en raison des hausses de matières premières comme le cacao ou le café, répercutées sur les prix finaux.
« Au milieu d’un environnement très incertain, il y a une nouvelle assurée : c’est la victoire contre l’inflation », s’est félicité le gouverneur de la Banque de France.
« Nous prévoyons pour cette année une inflation en France descendue à 1 % en moyenne. Ça veut dire que depuis l’an dernier, les salaires progressent plus vite que les prix, donc il y a du pouvoir d’achat salarial sur la feuille de paie. », explique t-il
Les projections confirment cette tendance : l’inflation resterait inférieure à 2 % au moins jusqu’en 2027, tandis que les salaires augmenteraient d’environ 2,3 % par an, consolidant le pouvoir d’achat.
Déficit et dette : des équilibres menacés
En parallèle, la France fait face à un défi budgétaire majeur. Le gouvernement vise une réduction progressive du déficit public, attendu à 5,4 % du PIB en 2025, pour revenir à 4,6 % en 2026, et sous la barre des 3 % d’ici 2029. Une trajectoire que le gouverneur appelle à respecter avec rigueur.
« Le cap des 3 % de déficit permettra de stabiliser le ratio de dette publique. C’est l’intérêt national », martèle François Villeroy de Galhau.
Car la situation reste tendue. La Banque de France anticipe une dette publique atteignant 120 % du PIB en 2027, avec une charge d’intérêts dépassant les 100 milliards d’euros à l’horizon 2030.
« La menace est que la France soit prise en ciseau entre des prêteurs de plus en plus exigeants (…) et des dépenses de plus en plus pressantes », prévient le gouverneur.
Un appel à l’action européenne : financer, innover, décarboner
Face à cette conjoncture difficile, François Villeroy de Galhau appelle les Européens à se mobiliser. Selon lui, l’Europe doit regagner sa souveraineté économique en s’appuyant sur trois leviers stratégiques :
- Utiliser l’épargne disponible pour financer l’investissement ;
- Créer une intelligence artificielle européenne indépendante ;
- Développer l’énergie décarbonée, qu’elle soit renouvelable ou nucléaire.
« Il faut nous réveiller et nous mobiliser », exhorte-t-il. « On ne peut pas changer l’autre côté de l’Atlantique. Par contre, l’appel très fort que nous lançons, c’est à nous unir, nous Européens, d’abord pour nous défendre face aux mesures commerciales américaines, mais surtout pour nous muscler. »
L’échéance est claire : « Pendant les années Trump… et pourquoi pas le 1er janvier 2028 ? », propose-t-il, en fixant un cap à l’Europe pour se redresser.
