- À Vernon, l’ambition spatiale française prend forme. MaiaSpace, start-up fondée par Airbus et Safran, bénéficiera d’un soutien public stratégique pour développer un mini-lanceur réutilisable d’ici 2027.
- En visite sur le site de la future MaiaFactory, les ministres de l’Économie, de l’Industrie, des Armées et de la Recherche ont affirmé leur volonté de faire émerger un « SpaceX à la française ».
L’ambition spatiale française prend une nouvelle dimension. Ce vendredi, quatre membres du gouvernement se sont rendus à Vernon pour afficher un soutien financier « significatif » à MaiaSpace, start-up créée en 2021 par Airbus et Safran. Objectif : développer un mini-lanceur spatial réutilisable d’ici 2027, et combler le retard de l’Europe face à la domination américaine dans ce secteur.
Les ministres Éric Lombard (Économie), Marc Ferracci (Industrie), Sébastien Lecornu (Armées) et Philippe Baptiste (Enseignement supérieur et Recherche) ont été accueillis sur place par le PDG de MaiaSpace, Yann Leroy, pour officialiser ce partenariat stratégique dans le cadre du Plan France 2030.

MaiaFactory : une nouvelle usine pour une nouvelle génération de fusées
C’est à Vernon que sera construite la MaiaFactory, une usine de 10 000 m² entièrement dédiée à l’assemblage de la fusée Maia. Ce site industriel flambant neuf devrait générer 160 emplois supplémentaires, en plus des 300 ingénieurs et techniciens que compte déjà l’entreprise.
MaiaSpace, qui avait bénéficié d’un investissement initial de 125 millions d’euros de la part d’ArianeGroup, va ainsi voir ses moyens considérablement renforcés. Le montant exact de l’appui public reste confidentiel, mais l’État contribuera à hauteur de 9 millions d’euros, a confirmé Éric Lombard.
« Cette start-up industrielle qu’est MaiaSpace incarne le renouveau de la filière française », a déclaré le ministre de l’Économie. « L’État est fier de s’engager financièrement dans la concrétisation de cet ancrage industriel. »

Répondre à SpaceX et construire la souveraineté européenne
Le défi est de taille : MaiaSpace devra prouver sa capacité à rivaliser, à terme, avec les géants du secteur. Face à SpaceX et ses 180 lancements prévus cette année, l’Europe peine à suivre. La fusée Maia, haute de 50 mètres, misera sur un premier étage réutilisable propulsé par trois moteurs Prometheus alimentés au méthane liquide. Elle pourra emporter de 500 kg à 4 tonnes en orbite basse — bien loin de la capacité d’Ariane 6 ou de Falcon 9, mais adaptée au marché des petits satellites.
« La filière spatiale est un pilier stratégique. L’accès autonome à l’espace n’est pas un luxe. Dans l’espace, comme sur Terre, qui dépend, abdique. Qui lance, décide », a martelé Marc Ferracci, soulignant les enjeux de souveraineté et d’innovation industrielle.
Le ministre de l’Industrie a également salué une « démonstration de ce que peut être la nouvelle France productive », ajoutant que « la compétition internationale s’intensifie » et que « notre industrie ne doit pas se laisser dépasser ».
Une ambition européenne et militaire
Les technologies développées dans le cadre de MaiaSpace, notamment en matière de motorisation et de réutilisabilité, pourraient être transposées à ArianeGroup pour donner naissance à une version réutilisable de la fusée Ariane, surnommée ArianeNext. Le démonstrateur Themis, déjà testé sur le site de Vernon, préfigure cette future évolution.
Outre les applications commerciales, ce type de lanceur intéresse aussi le ministère des Armées, notamment pour le lancement de satellites d’observation ou le développement de missiles stratégiques.
« Nous investissons dans les technologies critiques […] mais également dans une véritable filière industrielle des lanceurs spatiaux », a précisé Éric Lombard. « Notre objectif est clair : gagner la compétition intra-européenne sur les petits et moyens lanceurs. »
Premier tir prévu entre 2026 et 2027 à Kourou
Le premier vol de la fusée Maia est attendu entre 2026 et 2027 depuis la base spatiale de Kourou, en Guyane, sur un pas de tir laissé vacant par les fusées russes Soyouz. Une décision cohérente avec la volonté du président Emmanuel Macron, qui déclarait en 2024 vouloir « faire émerger des SpaceX à la française ».
MaiaSpace a d’ailleurs déjà décroché un premier contrat commercial, signé avec la startup française Exotrail, qui confiera à la fusée Maia le déploiement de son « space van », un remorqueur spatial destiné à acheminer d’autres satellites en orbite.
