- La compagnie ferroviaire italienne Trenitalia lance ce dimanche sa ligne à grande vitesse Paris–Marseille, avec quatre allers-retours quotidiens à bord de ses trains Frecciarossa.
- Prix attractifs, confort haut de gamme et stratégie offensive : le monopole de la SNCF est enfin challengé sur sa liaison la plus rentable.
La compagnie italienne Trenitalia lance ce dimanche 15 juin sa nouvelle liaison à grande vitesse entre Paris et Marseille. Quatre allers-retours quotidiens, des billets à partir de 27 euros, et une volonté affirmée de bousculer l’hégémonie de la SNCF sur l’une de ses lignes les plus rentables.
C’est un petit séisme sur les rails français. Ce 15 juin, l’opérateur ferroviaire italien Trenitalia entre officiellement en concurrence directe avec la SNCF sur l’axe Paris-Marseille, en lançant quatre allers-retours quotidiens à bord de ses trains Frecciarossa.
La ligne, emblématique et historiquement dominée par la SNCF, devient le terrain d’un duel stratégique. Trenitalia devient ainsi le premier acteur étranger à s’attaquer à la liaison grande vitesse la plus lucrative de l’opérateur français.
Une offre agressive : confort et petits prix
Pour attirer les voyageurs, Trenitalia sort l’artillerie lourde : des tarifs d’appel à partir de 27 euros, pouvant aller jusqu’à 45 euros selon les horaires, et un positionnement résolument haut de gamme.
« Nous souhaitons offrir une alternative durable et accessible, sans compromis », explique Marco Caposciutti, président de Trenitalia France. À bord, quatre classes sont proposées, dont une classe Executive très premium, avec des sièges spacieux, une restauration à la place, et même des salles de réunion pour les professionnels. Un confort que l’entreprise revendique comme un atout face à la fréquence des TGV français.
Paris-Marseille en 3h20 avec des services à l’italienne
Les Frecciarossa assureront la liaison en 3h20, en desservant Lyon-Saint-Exupéry, Avignon TGV et Aix-en-Provence TGV, avant d’arriver à Marseille Saint-Charles. Un trajet rapide, complété par une plateforme de divertissements, du wifi gratuit et une cuisine italienne à bord.
« La concurrence sur la grande vitesse passe un nouveau cap. C’est une excellente nouvelle pour le consommateur, qui va bénéficier de l’augmentation du nombre de places et de la bataille des prix », salue Alexandre Gallo, président de l’Association française du rail (AFRA).
Une stratégie de conquête, pas encore rentable
Pour contrer les 26 allers-retours quotidiens proposés par la SNCF avec ses TGV Inoui et Ouigo, Trenitalia mise sur une politique tarifaire volontairement agressive. Mais l’entreprise ne se fait pas d’illusions : cette stratégie coûte cher.
« Nos marges sont clairement sacrifiées pour proposer ces tarifs », reconnaît la direction. À 27 euros le billet d’entrée, Trenitalia admet que l’offre n’est pas rentable, du moins dans un premier temps. L’objectif est clair : gagner rapidement des parts de marché et s’imposer comme un acteur incontournable.
« Il s’agit d’un axe stratégique pour Trenitalia pour assurer plus de fréquence et optimiser nos circulations », expliquait en janvier Fabrice Toledano, directeur marketing.
Des billets flexibles mais une garantie retard perfectible
Côté conditions tarifaires, Trenitalia propose des billets échangeables gratuitement jusqu’au départ, et remboursables avec une retenue de 20 %. En cas de retard, 25 % du prix du billet sont remboursés si le retard est compris entre une et deux heures, et 50 % au-delà.
Une politique toutefois jugée moins avantageuse que celle de la SNCF. Comme le rappelle l’association de consommateurs Que Choisir, « la SNCF fait beaucoup mieux », notamment grâce à la garantie G30, qui prévoit des remboursements dès 30 minutes de retard.
À noter : les billets Trenitalia ne sont pas disponibles via SNCF Connect. Les voyageurs doivent passer par le site trenitalia.com ou des plateformes comme Trainline ou Kombo pour réserver leur voyage.
Enjeux économiques et soutien temporaire
L’opération italienne bénéficie néanmoins d’un avantage non négligeable : des rabais temporaires sur les péages ferroviaires, versés à SNCF Réseau pour l’utilisation des voies. Un soutien bienvenu, sachant que ces péages représentent parfois jusqu’à 40 % du prix d’un billet sur les lignes à grande vitesse, notamment Paris-Marseille.
Avec l’arrivée de Trenitalia sur une ligne aussi stratégique, le rail français entre dans une nouvelle ère de concurrence effective. Une concurrence dont les usagers devraient être les premiers bénéficiaires, entre baisse des prix, montée en gamme des services et diversification de l’offre.
