- Architecte de la « Renaulution », Luca de Meo a redressé Renault en modernisant sa gamme et en relançant l’électrique.
- Il pourrait désormais prendre la direction générale du groupe de luxe Kering, en pleine réorganisation stratégique.
Après cinq années marquées par une transformation en profondeur de Renault, Luca de Meo quittera son poste de directeur général le 15 juillet prochain. Salué pour avoir restauré la rentabilité du constructeur et repositionné la marque sur l’électrique, il est désormais pressenti pour rejoindre Kering, propriétaire de Gucci et Yves Saint Laurent, à un moment clé pour le groupe de luxe.
Le constructeur automobile français l’a annoncé dans un communiqué diffusé ce dimanche 15 juin. Le dirigeant italien, arrivé en 2020 en pleine tempête post-Ghosn, laissera sa place le 15 juillet prochain.
Une page se tourne pour Renault, qui perd l’homme de la « Renaulution », ce plan de redressement ambitieux ayant permis au groupe de retrouver le chemin de la rentabilité.
Le visage du renouveau de Renault
Quand Luca de Meo prend les commandes de Renault début 2020, l’entreprise est fragilisée par des années d’instabilité, plombée par le scandale Carlos Ghosn et une industrie automobile en pleine mutation. En quelques mois, le nouveau patron engage un repositionnement stratégique majeur.
Son plan, baptisé « Renaulution », se structure autour de deux axes : la relance des modèles phares de la marque – comme les Renault 4 et 5, revisités en version électrique – et une discipline rigoureuse sur les coûts. En 2024, Renault affiche une rentabilité record. L’entreprise a résisté dans un marché atone, et sa gamme électrifiée séduit de nouveau.
« Sous son leadership, notre entreprise a retrouvé une base saine, une belle gamme de produits, et a renoué avec la croissance », souligne Jean-Dominique Senard, président du conseil d’administration, dans le communiqué.
Une succession déjà amorcée
Le départ de Luca de Meo s’inscrit dans un contexte de transition plus large au sein de l’alliance Renault-Nissan. Mi-avril, Jean-Dominique Senard annonçait lui aussi son retrait. Le conseil d’administration a d’ores et déjà lancé le processus de désignation du futur directeur général, conformément au plan de succession prévu.
En attendant, la gouvernance se veut rassurante : l’équipe actuelle est jugée suffisamment solide pour « poursuivre et accélérer » la transformation engagée par le groupe.
Un avenir hors des routes ?
À 58 ans, Luca de Meo ne quitte pas la scène économique pour autant. Le dirigeant a fait savoir qu’il souhaitait « relever de nouveaux défis en dehors du secteur automobile ». Et selon Le Figaro, son nom circule déjà pour prendre la tête d’un tout autre empire : le groupe Kering, fleuron du luxe français et maison mère de Gucci, Yves Saint Laurent ou Balenciaga.
François-Henri Pinault envisagerait de séparer les fonctions de président et de directeur général, ouvrant potentiellement la voie à l’arrivée de De Meo. Un changement radical pour Kering, en quête d’un nouveau souffle stratégique après deux années de turbulences boursières et des difficultés chez Gucci, sa marque phare.
Un départ à enjeux pour Renault
Le départ de Luca de Meo intervient à un moment où Renault a plus que jamais besoin de continuité : la transition vers l’électrique, les défis de compétitivité, et les mutations technologiques exigent une direction ferme et inspirée. Le constructeur, partiellement redressé, doit désormais consolider ses acquis et affirmer son rôle dans la mobilité de demain.
Une décision que déplore Laurent Giblot, délégué syndical central de CGT de Renault ce lundi sur franceinfo : « C’est irresponsable de la part d’un soit disant capitaine d’industrie de quitter le navire au moment où l’on attaque la phase la plus difficile de son plan ».
