- À l’approche de la conclusion des négociations sur la réforme des retraites, la pénibilité du travail cristallise les tensions.
- Le Premier ministre François Bayrou se montre confiant, mais les syndicats réclament des engagements concrets.
Dimanche 15 juin, dans La Tribune Dimanche, François Bayrou a affiché une posture résolument optimiste sur les chances d’un compromis entre syndicats et organisations patronales. « Je pense que la possibilité existe de trouver un accord dynamique », a-t-il déclaré, saluant un dialogue social qu’il juge en pleine renaissance.
Après plusieurs semaines de négociations prolongées, le chef du gouvernement note des « avancées » malgré des positions de départ très éloignées entre les partenaires sociaux.
Une réforme encore marquée par la contestation
Pour mémoire, la réforme des retraites adoptée en 2023 avait provoqué une contestation sociale d’une ampleur rare. Le report de l’âge légal à 64 ans avait été imposé par le recours à l’article 49.3, déclenchant de vastes manifestations réunissant plus d’un million de personnes.
Depuis, les syndicats ont recentré leur combat sur la question de la pénibilité, la prise en compte des carrières longues, et une possible réduction de l’âge de décote de 67 à 66 ans.
Pénibilité : la CFDT hausse le ton
C’est désormais sur la pénibilité que se joue l’essentiel des discussions. La CFDT réclame la réintégration de trois critères physiques majeurs — port de charges lourdes, postures pénibles, vibrations mécaniques — dans le Compte professionnel de prévention (C2P). Elle exige aussi des dispositifs concrets pour permettre des départs anticipés à la retraite pour les travailleurs usés par leur métier.
« Il n’y aura pas d’accord si le patronat n’avance pas sur la réparation », avertit Marylise Léon, numéro un de la CFDT. Le syndicat estime que les employeurs ne prennent pas assez au sérieux la prévention des risques professionnels.
Un Medef plus souple, mais encore sur la réserve
Pour la première fois, le Medef se montre prêt à réintégrer les critères physiques dans le C2P, à condition que celui-ci serve uniquement à la prévention et non à valider un départ anticipé. Une concession qualifiée d’« énorme pas » par Patrick Martin, président du Medef, qui rappelle que son organisation refusait jusqu’ici toute évolution sur l’usure professionnelle.
Sur les départs anticipés, le Medef propose d’abaisser à 61 ans l’âge de départ dans le cadre du dispositif inaptitude/invalidité. De son côté, la CPME évoque un rendez-vous médical à 59 ans, permettant d’adapter les carrières de fin de parcours en fonction de l’état de santé.
Une « prime seniors » pour encourager le travail après 64 ans
Dans le cadre de ces discussions, François Bayrou propose également de mettre en place une prime seniors, en complément des surcotes existantes. Ce coup de pouce financier viserait à encourager les seniors à prolonger leur activité professionnelle au-delà de l’âge légal.
Dernière ligne droite pour un accord
Alors que les négociations doivent en principe s’achever mardi, les positions restent encore éloignées sur des points structurants. Si l’âge légal de départ ne semble plus négociable, des marges de manœuvre subsistent sur la pénibilité, les carrières longues et les mesures de soutien aux seniors.
Dans un contexte de forte incertitude budgétaire et d’une Assemblée nationale sans majorité, un accord social représenterait une victoire politique pour le gouvernement. Mais sans avancées majeures sur les conditions de travail et la réparation, la signature d’un compromis reste suspendue à des engagements forts du patronat. Pour l’heure, rien n’est encore joué.
