- Le Salon international de l’aéronautique et de l’espace a ouvert ses portes ce 16 juin au Bourget.
- Un rendez-vous stratégique pour les géants de l’aviation, les startups innovantes et les décideurs politiques européens, dans un contexte mondial tendu.
- Défense, drones, IA et ambitions spatiales : l’avenir se joue ici.
Le Salon international de l’aéronautique et de l’espace (SIAE), plus connu sous le nom de Salon du Bourget, a ouvert ses portes ce 16 juin avec un programme chargé. Plus de 2.400 exposants venus de 48 pays, des centaines de délégations officielles et une effervescence qui en dit long sur la vitalité retrouvée du secteur aéronautique mondial.
Une vitrine mondiale pour l’innovation
Alternant tous les deux ans avec Farnborough au Royaume-Uni, le Salon du Bourget reste une référence dans le monde aéronautique et spatial. C’est là que se dessinent les contours de l’aviation de demain.
« C’est l’avenir qui se présente », a lancé François Bayrou lors de l’inauguration officielle, saluant un secteur qui, après le choc du Covid, montre des signes tangibles de résilience et d’ambition renouvelée. Aux côtés du haut-commissaire au Plan, plusieurs figures ministérielles ont arpenté les allées du salon, dont Éric Lombard, Philippe Tabarot et Sébastien Lecornu.
Un tremplin commercial pour Airbus et Boeing
Les grands noms de l’industrie n’ont pas manqué le rendez-vous. Airbus et Boeing y jouent une partie stratégique : plus de 5.400 avions ont été commandés lors des six dernières éditions, soit 40 % des commandes mondiales depuis 2010 pour les deux géants. Les prévisions sont tout aussi ambitieuses pour 2025, avec plus de 1.000 commandes attendues, selon les données sectorielles.
Défense, drones et espace : la nouvelle dynamique européenne
Dans un contexte de tensions géopolitiques exacerbées, notamment par la guerre en Ukraine, la dimension militaire prend une place croissante. Le secteur de la Défense représente désormais 26 % du chiffre d’affaires de la filière aéronautique française, soit 77,7 milliards d’euros en 2024, contre 70,2 milliards en 2023.
Le PDG de Dassault Aviation, Éric Trappier, en a profité pour appeler à une véritable stratégie européenne dans le domaine spatial : « C’est maintenant que ça se joue », a-t-il insisté.
« Je propose qu’à côté des lanceurs traditionnels et des constellations de satellites, il y ait aussi la prévision de développer des avions spatiaux, que ce soit civils ou militaires », a-t-il ajouté.
Interrogé sur l’avancement du Système de combat aérien du futur (SCAF), Eric Trappier a mis en lumière les obstacles liés à la gouvernance du projet.
« Pour avoir un grand projet industriel compétitif et performant, il faut une gouvernance solide », a-t-il affirmé. « Il faut un chef, et ce chef doit être choisi sur la compétence. »
La montée en puissance du Rafale
En matière de production, Dassault compte accélérer la cadence de son avion de chasse emblématique.
« On est déjà à cadence 3 dans nos usines et on est en train de passer à cadence 3 pour l’assemblage final à Mérignac », a précisé Trappier.
Ce dernier précise que l’entreprise va passer à « cadence 4 dans les années qui viennent » et étudie la possibilité de « passage à cadence 5 sous réserve qu’il y ait des contrats supplémentaires ».
L’ombre des drones sur le front ukrainien
Le conflit en Ukraine a bouleversé les priorités technologiques. Les drones, notamment ceux à fibre optique, sont devenus des armes décisives sur le terrain. L’opération ukrainienne « toile d’araignée », qui a frappé plusieurs aéroports militaires russes fin mai, illustre l’impact de ces engins à bas coût et à haut rendement.
Les industriels, stimulés par cette évolution, intègrent désormais l’intelligence artificielle à leurs systèmes pour augmenter autonomie, agilité et précision. Les logiciels embarqués permettent aux drones de « traiter » des cibles même sous brouillage GPS.
Automobile et aéronautique : une convergence timide
Le patron de Dassault a également commenté les tentatives de rapprochement entre le secteur automobile et la défense. « Certains de nos sous-traitants sont déjà à la fois dans l’automobile et dans l’aéronautique. C’est un bon modèle », observe-t-il.
Mais sur les projets de drones Renault, il reste sceptique : « Je ne les ai pas encore vus voler ! », plaisante-t-il au micro de BFM Business.
Guerre des talents et course à l’innovation
Au-delà des machines, une autre bataille se joue dans les allées du salon : celle des talents. Les industriels peinent à retenir les meilleurs ingénieurs, souvent tentés par les géants de la tech. L’avenir de l’aviation passera aussi par la capacité à attirer des experts capables d’imaginer les systèmes de demain.
« L’environnement géostratégique nous amène à consolider ce point qui était en second plan les années précédentes », reconnaît Frédéric Parisot, délégué général du GIFAS, le groupement des industriels de l’aéronautique.
L’Europe face à ses défis
Alors que les budgets de défense européens devraient doubler d’ici cinq ans, les industriels anticipent une explosion des besoins. Selon le cabinet Oliver Wyman, cela devrait entraîner une croissance de 10 à 15 % des dépenses en équipements dans tous les domaines.
Le Salon du Bourget 2025 incarne donc un moment charnière : entre les tensions géopolitiques, course technologique et ambition spatiale, l’Europe joue gros pour ne pas rater son envol.
