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Retraites : le conclave social s’achève dans la tension, l’âge légal à 64 ans cristallise les blocages

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  • Alors que la dernière réunion du conclave sur les retraites a lieu ce mardi 17 juin, syndicats et patronat peinent à s’accorder sur les dossiers clés.
  • Si des avancées sont esquissées sur la pénibilité ou les carrières féminines, l’âge légal de départ reste figé à 64 ans.
  • De quoi nourrir la colère d’une partie des partenaires sociaux, qui dénoncent des concessions « au rabais ».

   À l’issue de quatre mois de discussions intenses, le conclave sur les retraites voulu par François Bayrou arrive à son terme ce mardi 17 juin. Si des compromis sont esquissés, l’impasse demeure sur des sujets majeurs comme la pénibilité, les carrières longues ou encore le financement du système.

 Le « conclave » sur les retraites, lancé mi-janvier sous l’impulsion de François Bayrou, vit ses dernières heures. Objectif : ajuster à la marge la réforme entrée en vigueur en septembre 2023, et trouver un terrain d’entente entre syndicats et patronat, après des mois de contestation sociale. Mais à la veille de la clôture, les lignes de fracture restent nombreuses.

 Des discussions marquées par l’absence de totems… et de résultats

 À l’origine, Bayrou avait promis un cycle de négociations « sans aucun totem ni tabou« . Une ouverture qui avait redonné espoir aux syndicats, désireux de rouvrir le dossier explosif de l’âge de départ à la retraite, désormais fixé à 64 ans. Mais dès le 16 mars, changement de ton.

 « Je ne crois pas que la question paramétrique […] soit la seule piste », tempère alors François Bayrou sur France Inter.

Le message est clair : l’âge légal ne bougera pas.Cette position ferme provoque rapidement le retrait de la CGT. Les cinq organisations restantes – CFDT, CFTC, CFE-CGC, Medef et CPME – poursuivent néanmoins les tractations.

Une « prime seniors » comme carotte

Pour relancer les discussions, le Premier ministre a mis sur la table une proposition inattendue : verser une « partie de la retraite, en plus du salaire » aux salariés ayant atteint leurs droits mais décidant de rester au travail. « Il s’agirait d’une forme de prime pour les seniors », précise-t-il. Un geste salué, mais jugé insuffisant par les syndicats, qui attendaient plus.

Des avancées timides sur les femmes et la pénibilité

Des progrès ont néanmoins été enregistrés, notamment sur les carrières féminines. Le Medef se dit ouvert à un calcul de pension basé sur les 23 ou 24 meilleures années, au lieu de 25, pour les femmes ayant eu des enfants. Mais cette ouverture s’accompagne d’un revers :

« C’est en échange d’un recul, car le patronat demande de supprimer la bonification pour les mères de familles », dénoncent les syndicats.

Même ambivalence sur la pénibilité. Si des critères comme la manipulation de charges lourdes ou les postures pénibles commencent à être reconnus, leur impact réel reste flou. « Le problème, c’est que ces quelques mesures seraient financées par d’autres reculs », alerte Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT. Elle pointe notamment le durcissement envisagé du dispositif carrières longues.

Syndicats désabusés, patronat inflexible

 « Forcément, on est déçus, on pensait faire bouger les choses sur les 64 ans », confie Pascale Coton, négociatrice de la CFTC. La centrale syndicale menace de ne pas signer d’accord si l’âge de la décote – qui impose une pénalité aux retraités n’ayant pas assez cotisé – n’est pas abaissé de 67 à 66 ans.

La CFDT, de son côté, continue à réclamer des « améliorations concrètes pour les salariés », tout en martelant que « la mesure des 64 ans est la plus injuste ». Sa secrétaire générale, Marylise Léon, se montre déterminée : « Il faut que ça se termine ce soir, il faut qu’on puisse avoir un accord », a-t-elle déclaré sur RTL, tout en déplorant que « sur la pénibilité, c’est le blocage ».

« La stratégie du patronat, c’est de concéder quelques miettes pour graver dans le marbre les 64 ans », Sophie Binet, SG de la CGT

Un accord suspendu aux décisions du patronat

 Le point de blocage majeur demeure le financement. Le système de retraite accuse un déficit estimé à 6,6 milliards d’euros à l’horizon 2030. Les syndicats plaident pour une hausse des cotisations patronales. Refus catégorique du Medef, qui redoute un impact sur la compétitivité.

« La balle est dans le camp des organisations patronales », insiste Marylise Léon. Mais pour Sophie Binet, « la stratégie du patronat, c’est de concéder quelques miettes pour graver dans le marbre les 64 ans ».

Alors que la dernière réunion est prévue ce mardi, le Premier ministre s’est dit prêt à accorder « quelques jours de plus » pour tenter de décrocher un accord. Mais au vu des tensions persistantes, rien n’est joué.

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