16.4 C
Paris
lundi, mars 23, 2026
AccueilEconomieIndustrie pharmaceutique : pourquoi la France n’attire plus les investissements des laboratoires

Industrie pharmaceutique : pourquoi la France n’attire plus les investissements des laboratoires

Date:

  • Alors que la France reste le deuxième marché pharmaceutique d’Europe, elle attire de moins en moins les investissements des laboratoires.
  • Selon le baromètre 2025 du Leem, 64 % des dirigeants du secteur renoncent à investir dans l’Hexagone, pointant une fiscalité instable, des prix trop bas et des délais d’accès au marché trop longs.
  • Une alerte sérieuse pour l’économie de la santé et la souveraineté sanitaire française.

   Le deuxième marché européen décroche face à l’Allemagne et à l’Italie, selon le baromètre 2025 du Leem. Longtemps considérée comme un pilier de l’industrie pharmaceutique européenne, la France perd de son attractivité auprès des laboratoires internationaux. Le dernier baromètre d’attractivité du Leem, publié ce mardi, dresse un constat préoccupant : près de deux tiers des dirigeants du secteur ne prévoient plus d’investir en France d’ici trois ans.

Une tendance qui contraste avec le statut de deuxième marché pharmaceutique d’Europe. Pour les entreprises du médicament, le cadre réglementaire, fiscal et économique hexagonal devient un frein majeur au développement industriel.

Fiscalité punitive, prix bas, lenteurs administratives 

Selon l’étude menée par PwC Strategy& pour le Leem auprès de 49 entreprises représentant 71 % du chiffre d’affaires du secteur en France, 64 % des dirigeants écartent désormais l’hypothèse d’un investissement dans l’Hexagone. Et 93 % estiment que la France est devenue moins attractive au fil des années.

« Pour investir dans une usine, il faut avoir de la visibilité sur les prochaines années », explique Clarisse Lhoste, présidente de MSD France et secrétaire du bureau du Leem.

« Si les conditions économiques changent, si une nouvelle taxe est inventée, forcément les dirigeants de filiales en France ont du mal à défendre des investissements auprès de nos maisons mères, par rapport à l’Allemagne, l’Italie, la Chine ou ailleurs », affirme -t-elle sur France Culture

En ligne de mire : une fiscalité jugée instable, des prix du médicament inférieurs de 11 à 16 % à la moyenne européenne, et des délais d’accès au marché remboursé beaucoup trop longs.

« Le prix du médicament détermine l’attractivité d’un pays », insiste Lhoste. Ce facteur pèse dans la balance au moment de choisir entre les différentes bases industrielles européennes.

L’Allemagne référence, la France en retard

La comparaison avec l’Allemagne est sans appel : 523 jours en moyenne pour accéder au marché français après une autorisation de mise sur le marché (AMM), contre 50 jours outre-Rhin.

« En Allemagne, ils peuvent commercialiser le lendemain de l’autorisation de mise sur le marché. Donc les produits sont accessibles tout de suite aux patients », souligne Corinne Blachier-Poisson, présidente de la commission d’accès au Leem.

En France, seulement 60 % des médicaments ayant obtenu une AMM européenne sont disponibles, et à peine 9 % des nouveaux médicaments vendus en Europe y sont produits. Un chiffre en décalage avec le potentiel industriel du pays.

Le Leem appelle à une réforme profonde

Face à cette situation, le Leem plaide pour une remise à plat des règles fiscales et de régulation. L’organisation professionnelle propose une harmonisation de la fixation des prix, des incitations fiscales ciblées pour soutenir l’implantation industrielle et une loi de programmation en santé, portée par un pilotage interministériel stable.

« Il est urgent d’activer les leviers d’attractivité « , alerte le Leem, qui rappelle qu’un euro investi dans le secteur du médicament génère 2,10 euros de richesse pour l’économie française.

Une souveraineté sanitaire en jeu

Au moment où la France affiche l’ambition de reconquérir sa souveraineté sanitaire, le désintérêt croissant des investisseurs doit être pris au sérieux. L’industrie pharmaceutique, stratégique pour la croissance, l’innovation et l’emploi, ne peut se permettre de décrocher durablement du peloton de tête européen.

Les plus populaires