- Malgré l’échec du « conclave » sur les retraites, François Bayrou a présenté des avancées concrètes issues de quatre mois de négociations entre syndicats et patronat.
- Retour sur les mesures proposées, les points de consensus… et les derniers blocages à lever.
Au lendemain de l’échec du « conclave » organisé pour rapprocher les partenaires sociaux autour de la réforme des retraites, le Premier ministre François Bayrou a pris la parole à Matignon pour faire le point sur les discussions. Si aucun accord formel n’a été conclu, le chef du gouvernement a salué des progrès « impressionnants » et une « séquence inédite de démocratie sociale« .
« Ce travail a été remarquablement utile, même s’il n’a pas débouché sur un accord immédiat », a déclaré le Premier ministre, visiblement soucieux de valoriser les efforts engagés.
Des négociations sans intervention directe de l’État
Bayrou a rappelé que les syndicats et les organisations patronales ont travaillé pendant quatre mois « dans un remarquable climat de franchise, et sans intervention du gouvernement« . Une méthode saluée par le Premier ministre, qui évoque « un moment particulièrement difficile de l’histoire de notre pays et du monde« et estime que « notre arme réelle pour défendre ce que nous sommes est celle de la prise de conscience et de l’unité du pays« .
« Je suis impressionné par les progrès faits depuis quatre mois« , a-t-il insisté, reconnaissant aussi « des moments de tension, parfois d’agacement« , jugés « inévitables dans de telles négociations« .
Trois objectifs d’intérêt général
François Bayrou a tenu à rappeler les grandes priorités de la réforme : rétablir l’équilibre du système d’ici 2030, encourager l’emploi des seniors et renforcer la justice sociale.
« Le rétablissement de l’équilibre financier du système de retraites d’ici 2030 est un objectif d’intérêt général. Il faut aussi augmenter la proportion de nos compatriotes qui choisissent de rester au travail plus longtemps« , a-t-il affirmé.
Le Premier ministre a plaidé pour « une meilleure justice, d’abord à l’égard des femmes« , dénonçant un système où « la maternité rend plus difficile l’acquisition des droits à la retraite, et ce n’est pas juste« .
Le Premier ministre a également évoqué les « salariés pour qui le travail pénible a des incidences sur leur santé » et ceux « contraints de prolonger leurs années de travail pour éviter la décote« .
Des avancées, sans signature
Même en l’absence d’un accord formel, Bayrou affirme que des compromis ont été trouvés.« Toutes les organisations ont accepté le principe du retour à l’équilibre en 2030. Elles se sont accordées pour ne pas remettre en cause les conditions d’âge fixées par la loi de 2023″, a-t-il expliqué, qualifiant cela d’« avancée décisive ».
Une autre mesure importante concerne les carrières hachées, souvent celles des femmes. Bayrou a annoncé que l’âge de départ sans décote serait abaissé de 67 à 66,5 ans.
« Au lieu de la référence aux 25 meilleures années, les femmes ayant eu un enfant verront cette référence ramenée à 24 ans. Pour celles ayant eu deux enfants ou plus, ce sera 23 ans. », explique t-il
Autre avancée : une meilleure prise en compte des trimestres de maternité pour permettre un départ anticipé dans le cadre des carrières longues.
Pénibilité : plusieurs demandes syndicales acceptées
Concernant la pénibilité, les syndicats ont obtenu satisfaction sur deux revendications majeures : la réintégration des trois critères dits ergonomiques (comme le port de charges lourdes) et la mise en place d’une cartographie des risques. Bayrou s’est montré optimiste malgré des désaccords persistants sur la réparation des dommages liés à la pénibilité.
« La prévention a été acceptée par tous, mais la réparation reste à trancher. Il y a d’un côté une demande syndicale de réparation générale, et de l’autre une demande patronale de réparation individuelle sur décision médicale », a-t-il mentionné.
« Je suis persuadé qu’un chemin d’accord existe et je voudrais dessiner ce chemin », a t-il ajouté.
Un financement partiel déjà en place
Selon le Premier ministre, deux leviers de financement ont été actés : 500 millions d’euros via les accidents de travail et maladies professionnelles et 500 millions via la rationalisation du cumul emploi-retraite. Reste à combler un manque de 400 millions pour financer certaines mesures de justice sociale.
« Ce point reste à éclaircir, mais je suis persuadé qu’on peut très vite trouver un accord sur ce sujet », a indiqué Bayrou
Selon lui, il ne reste « que deux sujets secondaires à résoudre ». Il a demandé à ce que les négociations se poursuivent « pendant 10 à 15 jours » et s’est dit prêt à organiser une médiation si nécessaire. « Ces deux points sont faciles à traiter. Le compromis est à portée, c’est ce que je souhaite », a-t-il affirmé, ajoutant : « Je suis à la disposition des partenaires sociaux. »
En cas d’échec, le gouvernement légiférera
Si aucun accord n’est trouvé, le gouvernement prendra ses responsabilités : « Le gouvernement proposerait des dispositions de compromis qui seraient introduites dans le texte présenté au Parlement à l’automne, dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale. »
Bayrou a conclu en saluant « une méthode fondée sur l’esprit de responsabilité des partenaires sociaux », et s’est dit « frappé par le travail et l’engagement des négociateurs ».
