- L’Assemblée nationale a rejeté ce lundi 30 juin la réforme de l’audiovisuel public portée par Rachida Dati.
- Malgré une défense acharnée de la ministre de la Culture, le texte controversé, qui prévoyait la création d’une holding unique pour France Télévisions, Radio France et l’INA, a été balayé par une alliance de la gauche et du Rassemblement national.
- Un revers politique majeur, en pleine mobilisation syndicale du secteur.
L’Assemblée nationale a infligé ce lundi un revers cinglant au gouvernement en adoptant une motion de rejet préalable contre la réforme de l’audiovisuel public. Portée par le groupe Écologiste et social, la motion a été adoptée par 94 voix contre 38, avec le soutien inattendu mais décisif du Rassemblement national. Le texte, pourtant défendu avec force par la ministre de la Culture Rachida Dati, ne sera donc pas examiné en détail.
Un front commun contre la réforme
Sur les bancs de la gauche, l’opposition à la réforme est franche. Les élus jugent le projet « néfaste, voire dangereux« . Sophie Taillé-Polian, députée écologiste, a dénoncé une réforme qui « acte l’affaiblissement de l’audiovisuel public et le met en danger de mort« , en y voyant également une volonté d’ »organiser sa soumission au pouvoir politique« . À la tribune, elle a pointé « l’insincérité » de Rachida Dati face au manque de moyens alloués aux médias publics, contraints selon elle de « faire toujours mieux avec toujours moins« .
Du côté du Rassemblement national, Philippe Ballard a justifié le soutien à la motion, tout en réaffirmant la position de son parti : « Cette réforme, ce n’est pas notre projet« , a-t-il lancé dans l’hémicycle. « Nous, nous sommes favorables à la privatisation des médias publics français.«
Un texte contesté sur le fond comme sur la forme
La réforme, présentée sous la forme d’une proposition de loi sénatoriale, prévoyait la création d’une holding baptisée France Médias, chargée de regrouper France Télévisions, Radio France et l’INA sous la houlette d’un président-directeur général unique. L’objectif affiché : permettre à l’audiovisuel public de mieux faire face à la concurrence des grandes plateformes numériques.
Une ambition défendue par Rachida Dati, qui avait ouvert les débats en martelant que « cette réforme est essentielle pour que l’audiovisuel public reste l’un des piliers fondamentaux de notre démocratie. »
Mais l’hostilité s’est cristallisée bien au-delà de l’hémicycle. Une large mobilisation syndicale a vu le jour au sein de Radio France et France Télévisions, à l’appel des intersyndicales, dénonçant une réforme jugée précipitée et menaçante pour l’indépendance éditoriale.
Faible mobilisation, échec parlementaire
Au-delà du fond, c’est la dynamique parlementaire elle-même qui a joué contre le gouvernement. Malgré une opposition unanime des groupes de la majorité présidentielle au rejet du texte lors des explications de vote, l’absentéisme dans les rangs favorables à l’exécutif a pesé lourd : seuls six députés sur 49 du groupe Les Républicains étaient présents au moment du scrutin ; 4 sur 36 du côté des Démocrates ; 5 sur 34 pour Horizons, et 22 sur 93 chez Ensemble.
Erwan Balanant (Les Démocrates), isolé dans ses rangs, a bien tenté d’alerter sur « l’effet de bord » du rejet du texte : « Qu’est-ce qu’il va se passer ? Le texte va retourner au Sénat, et ils vont refaire le texte que nous avons amendé. Nous allons abandonner toutes les petites avancées de ce texte. » Une mise en garde restée lettre morte.
Une ministre sous pression
Rachida Dati, qui a fait de cette réforme un combat personnel, voit ainsi l’un de ses projets phares s’enliser. Et ce, dans un contexte politique déjà tendu. En avril, elle s’était illustrée par un accrochage avec une fonctionnaire en commission. Plus récemment, ses déclarations sur les auditeurs du service public – qu’elle a qualifiés sur France Inter de « club de CSP+ » – ont suscité une vive polémique. Sur France 5, elle a également interpellé le journaliste Patrick Cohen, provoquant l’émoi sur le plateau de C à vous.
Malgré tout, la ministre continue de défendre son projet, rappelant que « l’audiovisuel public est un bien commun, cela appartient à tous les Français. Ce n’est pas la propriété d’une minorité de certains députés de gauche. »
Et maintenant?
Théoriquement, le texte doit désormais retourner au Sénat pour une deuxième lecture. Mais ce rejet au Palais Bourbon ternit sérieusement les perspectives du projet, à l’heure où le mouvement social dans l’audiovisuel public prend de l’ampleur. Il assombrit également l’avenir politique de Rachida Dati, qui nourrit des ambitions déclarées pour la mairie de Paris en mars 2026.
