- Alors que le transport ferroviaire est présenté comme l’alternative écologique à l’avion, une étude menée par Réseau Action Climat révèle un paradoxe : le train est souvent plus cher dès qu’il sort des grandes lignes directes.
- Sur les liaisons transversales ou européennes, les compagnies low cost aériennes prennent clairement l’avantage, notamment grâce à un cadre fiscal très favorable.
Selon une étude commandée par Réseau Action Climat, le transport ferroviaire reste compétitif sur les liaisons domestiques directes, mais perd en attractivité dès qu’une correspondance est requise ou que le voyage dépasse les frontières françaises. En cause : des logiques de prix peu lisibles, une couverture incomplète du territoire, et une distorsion fiscale persistante.
Le train est-il réellement une alternative économique à l’avion sur le marché des mobilités courte et moyenne distance ? À cette question, l’étude menée par Réseau Action Climat, en partenariat avec l’UFC-Que Choisir et Greenpeace, apporte une réponse nuancée. Si le rail reste compétitif pour certaines liaisons intérieures, son positionnement tarifaire se détériore dès que les trajets incluent une correspondance ou franchissent les frontières.
Un avantage économique réel, mais limité, sur les trajets intérieurs directs
Sur les liaisons ferroviaires directes – notamment assurées par TGV Inoui, Ouigo ou Intercités de jour – le train apparaît en moyenne 40 % moins cher que l’avion. Le prix moyen plancher sur 25 lignes analysées s’élève à 64 euros en train, contre 106 euros en avion.
« Lorsqu’il existe une alternative ferroviaire directe, le train est nettement moins cher », indique le rapport.
Cette dynamique favorable s’inscrit dans le sillage du décret de 2023, issu de la loi Climat et Résilience de 2021, interdisant les vols domestiques lorsqu’une alternative ferroviaire de moins de 2h30 est disponible.
Le coût des correspondances pénalise l’offre ferroviaire
Ce tableau s’assombrit dès lors qu’une correspondance ferroviaire est nécessaire. L’étude montre que le prix moyen bondit à 113 euros pour les trajets avec changement, soit 10 % de plus que l’avion, dont le tarif moyen pour ces mêmes liaisons reste à 102 euros.
« Le prix des billets de train double presque lorsqu’il est nécessaire de faire une correspondance », soulignent les auteurs de l’étude.
Le déficit de connectivité ferroviaire sur les liaisons transversales – hors Paris – constitue un frein structurel. Sur les 10 principales liaisons aériennes domestiques transversales, 7 n’offrent aucune alternative directe en train.
Le ciel low cost profite des failles de l’offre SNCF
Dans ce contexte, les compagnies aériennes low cost consolident leur présence sur les axes où le rail se retire. La liaison Nantes-Marseille, où la SNCF a supprimé le train direct en 2020, illustre ce basculement : entre 2019 et 2024, le trafic aérien a progressé de 11 %, dépassant les 400 000 passagers annuels.
La compagnie espagnole Volotea, positionnée sur les liaisons interrégionales, s’est engouffrée dans cette brèche.
« Nantes-Montpellier est notre route la plus fréquentée car la liaison en train est longue et chère. Les clients les plus nombreux sont les jeunes de moins de 35 ans », indique Gilles Gosselin, Country Manager France. Et d’ajouter : « Nous opérons 270 routes dont la moitié n’a jamais été desservie. »
À l’échelle européenne, un écart de prix structurel
Dès que le périmètre s’élargit à l’international, le désavantage prix du train s’accroît fortement. En moyenne, un trajet ferroviaire transfrontalier coûte 2,5 fois plus cher que l’avion, selon les données compilées.
- Paris-Rome : 210 € en train contre 70 € en avion
- Paris-Londres : 120 € en Eurostar contre 44 € en vol low cost
- Marseille-Londres : 188 € en train contre 15 € en avion le même jour, selon Greenpeace
Le monopole de certaines liaisons ferroviaires, la rareté des billets à bas prix, et l’absence d’alternatives directes pour 6 des 10 principales liaisons France-Europe expliquent en partie ces écarts.
Une distorsion fiscale persistante
Le rapport met également en lumière une distorsion de fiscalité entre rail et aérien qui pèse lourdement sur la compétitivité du train.
« Alors que le transport ferroviaire s’acquitte d’une taxe sur l’électricité, d’une TVA sur certaines liaisons européennes et de lourds péages, l’aérien ne paie ni taxe sur le kérosène, ni TVA à l’international », rappelle Réseau Action Climat.
Une harmonisation fiscale, par exemple via une TVA à 20 % et une taxation du kérosène équivalente au diesel routier, alourdirait le coût moyen d’un vol Paris-Barcelone de 35 euros par passager, selon les estimations.
« Sur les liaisons européennes, l’aberration est totale. C’est le monde à l’envers », déplore l’ONG.
Vers un repositionnement stratégique du rail ?
Pour Réseau Action Climat, les conclusions de cette étude appellent à une refonte de la stratégie ferroviaire française et européenne : amélioration de la connectivité, tarification plus lisible, offre low cost plus étoffée, et surtout rééquilibrage fiscal.
Dans un contexte de transition écologique et de montée des exigences en matière de mobilité durable, la capacité du rail à concurrencer l’aérien dépendra autant des choix industriels que des leviers réglementaires à activer à court terme.
