- Le Haut Conseil pour le climat dresse un bilan préoccupant de l’année 2024 : ralentissement des réductions d’émissions, gouvernance affaiblie, politiques instables…
- Alors que les événements climatiques extrêmes se multiplient, l’instance appelle à une relance urgente et structurée de l’action climatique française.
Alors que les impacts du dérèglement climatique s’intensifient sur l’ensemble du territoire, le Haut Conseil pour le climat (HCC) publie son 7ᵉ rapport annuel. Il y dresse un constat sans appel : l’action climatique de la France marque le pas. La baisse des émissions de gaz à effet de serre (GES) ralentit, les politiques publiques perdent en clarté, et la gouvernance semble de plus en plus fragilisée.
L’instance indépendante appelle à une mobilisation immédiate et structurelle pour remettre la trajectoire nationale en ligne avec les engagements européens et internationaux.
Des événements extrêmes en forte hausse
L’année 2024 s’inscrit dans une tendance climatique inquiétante. Elle figure parmi les cinq années les plus chaudes et les dix plus pluvieuses jamais enregistrées en France métropolitaine. Ce climat chaotique s’est traduit par une multiplication d’événements extrêmes, dont les effets économiques et humains sont lourds : 3 700 décès attribués aux vagues de chaleur, épidémie de dengue en Guyane et cas recensés en métropole, pertes agricoles majeures avec des récoltes céréalières historiquement basses, et plus de 600 millions d’euros de dégâts liés aux inondations hivernales.
Dans les outre-mer, les cyclones Belal et Chido ont durement frappé La Réunion et Mayotte.
« Les effets observés du changement climatique en France ces dernières années sont d’une ampleur inconnue jusqu’alors« , résume le HCC.
Une baisse des émissions trop modeste et conjoncturelle
En matière d’émissions de GES, les progrès sont en net recul. La baisse constatée en 2024 n’est que de 1,8 %, contre 6,7 %l’année précédente. Un ralentissement d’autant plus préoccupant que, selon le Haut Conseil, 70 % de cette baisse découle de facteurs climatiques ou énergétiques ponctuels – comme un hiver doux, la bonne disponibilité du parc nucléaire ou le remplissage des barrages – et non d’une politique publique délibérée et durable.
Cette tendance compromet sérieusement les objectifs climatiques de la France pour 2030, qui supposent un doublement du rythme actuel de décarbonation.
Tous les secteurs (ou presque) en retard
Le rapport évalue la contribution des différents secteurs à la baisse des émissions. Seule la production d’énergie tire son épingle du jeu, avec une réduction de 10 %. Ailleurs, la dynamique est en berne. Les émissions liées aux transports ne baissent que de 1,2 %, alors qu’elles avaient reculé de 4,4 % entre 2022 et 2023. En cause : la stagnation des ventes de véhicules électriques chez les particuliers et des retards persistants dans les infrastructures de transport en commun ou les aménagements pour la mobilité douce.
L’industrie, l’agriculture, le bâtiment et la gestion des déchets affichent eux aussi des résultats jugés très insuffisants. Le HCC parle d’un ralentissement généralisé de la transition dans tous les secteurs clés, en dehors de l’énergie.
Gouvernance et pilotage affaiblis
Au-delà des chiffres, le HCC s’inquiète d’un affaiblissement structurel du pilotage de l’action climatique. Plusieurs mesures pourtant centrales à la transition ont été suspendues ou vidées de leur substance. C’est le cas du leasing social pour véhicules électriques, du recentrage de MaPrimeRénov’ ou de la remise en cause des zones à faibles émissions et de la trajectoire « zéro artificialisation nette ».
Le rapport critique également le manque d’ambition de la loi d’orientation agricole et pointe le retard important dans la publication de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) et de la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC). Autant de signaux qui traduisent une gouvernance instable et un manque de continuité politique.
« La lisibilité de la politique climatique française est aujourd’hui remise en cause« , estime le HCC, qui déplore une perte de visibilité aussi bien pour les collectivités que pour les acteurs économiques.
Un plan d’action en 74 recommandations
Face à ce diagnostic, le Haut Conseil avance une série de 74 recommandations concrètes. Parmi elles : instaurer un guichet unique pour les aides à la rénovation énergétique, pérenniser les financements publics pour les mobilités durables, instaurer un moratoire sur les nouveaux projets routiers, lancer des stress tests climatiques dans le secteur agricole, ou encore créer un observatoire de la décarbonation industrielle.
Le rapport insiste aussi sur l’urgence de renforcer la coordination interministérielle, de stabiliser les dispositifs existants et de fournir un cap clair, à long terme. Selon le HCC, seul un pilotage politique fort, cohérent et lisible permettra à la France de respecter ses engagements climatiques.
Une relance attendue sur la scène internationale
À quelques mois de la COP30, qui se tiendra fin 2025 au Brésil, le HCC appelle également à relancer la diplomatie climatique française. Dix ans après l’Accord de Paris, l’instance estime que la France doit jouer un rôle moteur dans la création d’un nouvel élan international, alors que les signaux de désengagement se multiplient au sein de l’Union européenne et chez certains grands émetteurs comme les États-Unis.
Une décennie cruciale pour tenir les objectifs
Le message du Haut Conseil est clair : sans sursaut immédiat, les objectifs de 2030 ne seront pas atteints. L’instance appelle le gouvernement à redonner de la cohérence et de la stabilité à la politique climatique, à accélérer la décarbonation dans tous les secteurs et à mobiliser massivement les investissements publics et privés.
« Nous observons un affaiblissement du pilotage, une gouvernance fragilisée, et une société qui se polarise. Il est temps de redonner un cap« , a déclaré Jean-François Soussana, président du HCC.
