- À défaut d’accords bilatéraux, les États-Unis activeront une nouvelle salve de surtaxes visant leurs partenaires commerciaux excédentaires.
- L’Union européenne tente de négocier in extremis.
C’est désormais une course contre la montre pour éviter un choc commercial. Faute de compromis avec plusieurs grandes puissances économiques, les États-Unis activeront de nouveaux droits de douane pouvant atteindre jusqu’à 50 % dès le 1er août, a annoncé le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, ce dimanche 6 juillet. Ces taxes dites « réciproques », relancées par Donald Trump, cibleront en priorité les pays présentant un fort excédent commercial vis-à-vis de Washington.
« Nous allons être très occupés pendant les prochaines 72 heures », a averti M. Bessent sur CNN, ajoutant que « si aucun progrès n’est fait, ils [les droits de douane] reviendront au niveau de droits prévus le 2 avril ».
L’ultimatum est clair : des courriers seront adressés à une douzaine de partenaires commerciaux, et tous les pays devront être “couverts pour le 9 juillet”, selon les mots du président américain. Passé ce délai, les surtaxes s’appliqueront progressivement, avec des taux « [variant] peut-être en valeur de 60 ou 70 % à 10 ou 20 % », a précisé Trump.
Une pression maximale sur les partenaires
Suspendues ces dernières semaines pour laisser place à des discussions, ces mesures ont resurgi en réponse à la lenteur des négociations. « L’Union européenne a été très lente à venir à la table des négociations, jusqu’à ce que, il y a trois semaines, un vendredi matin, le président Trump menace de 50 % de droits de douane », a détaillé Scott Bessent.
« Dans les heures qui ont suivi, cinq dirigeants européens l’ont appelé, et Ursula von der Leyen, la cheffe de l’UE, était au téléphone » , a-t-il relaté.
Si certains pays, comme le Royaume-Uni et le Vietnam, ont d’ores et déjà trouvé un terrain d’entente avec Washington, d’autres — notamment l’Union européenne et la Chine — espèrent encore parvenir à un compromis d’ici la date butoir.
L’Europe tente de résister à la pression
À Bruxelles, l’inquiétude monte d’un cran. Une délégation de la Commission européenne se trouve actuellement à Washington pour tenter de désamorcer la crise. Éric Lombard, ministre français de l’Économie, a exprimé samedi son espoir d’un dénouement rapide :
« J’espère qu’on aura un accord ce week-end. Et sinon, il faudra sans doute que l’Europe fasse preuve de plus de vigueur dans la réponse pour rétablir l’équilibre. », Éric Lombard
Il a également jugé « indispensable » que l’Union européenne se dote de barrières douanières pour protéger son industrie face à la Chine.
Du côté du ministère français du Commerce extérieur, Laurent Saint-Martin dénonce un déséquilibre au micro de franceinfo : « Dix pour cent [de droits de douane], c’est aujourd’hui ce que les États-Unis veulent globalement imposer à l’Union européenne. »
« Pour que cela soit acceptable, il faut que ce soit symétrique », plaide-t-il, en évoquant la nécessité de baisses tarifaires sur des secteurs prioritaires pour l’Europe, comme l’aéronautique, les vins spiritueux, les cosmétiques et certains produits chimiques.
Un accord “zéro pour zéro” toujours sur la table
Les Européens défendent une approche équilibrée et proposent un accord « zéro pour zéro », reposant sur une levée mutuelle des barrières tarifaires sur des secteurs ciblés.
« Ce n’est pas quelque chose de fantasmé, c’est quelque chose qui est tout à fait acceptable », assure Laurent Saint-Martin. « Et pour que cela se termine positivement, il serait illusoire de croire que cela sera unilatéral dans un sens comme dans l’autre. »
La menace tarifaire américaine suscite de vives inquiétudes parmi les entreprises européennes. « Nos entreprises sont inquiètes », reconnaît le ministre. « Ce qu’il faut, c’est qu’elles comprennent que tout ça est derrière nous, et qu’on puisse avoir un champ de vision et de visibilité sur ce qu’est le marché américain demain pour les entreprises européennes. »
Une guerre commerciale en embuscade ?
Le spectre d’une guerre commerciale plane à nouveau sur les relations transatlantiques. En avril, l’annonce initiale des hausses tarifaires avait déjà secoué les marchés internationaux. Alors que Trump cherche à rééquilibrer la balance commerciale américaine, l’Union européenne s’efforce d’éviter une spirale de mesures et contre-mesures.
Les prochains jours seront décisifs. Si aucun compromis n’est trouvé, le 1er août pourrait marquer le début d’un nouveau bras de fer économique à l’échelle mondiale.
