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Budget 2026 : polémique autour de la suppression du lundi de Pâques et du 8 mai

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  • Dans un effort pour combler un déficit de 43,8 milliards d’euros, François Bayrou propose la suppression de deux jours fériés, le lundi de Pâques et le 8 mai.
  •  Une annonce choc qui fait l’effet d’une bombe dans le paysage politique français.

   C’est une proposition explosive dans un climat budgétaire déjà tendu. Lors de la présentation des grandes orientations du budget 2026, François Bayrou, Haut-Commissaire au Plan et chef du gouvernement par intérim, a annoncé ce mardi 15 juillet la possible suppression de deux jours fériés du calendrier français.

Objectif affiché : réaliser 43,8 milliards d’euros d’économies. « Cette modification du calendrier permettra d’augmenter l’activité économique des entreprises, des commerces et de la fonction publique pour que notre production en soit améliorée », a-t-il déclaré, avant de préciser que « ses modalités seront soumises à la négociation des partenaires sociaux ».

Parmi les jours visés, le lundi de Pâques, jugé sans « signification religieuse », et le 8 mai, « dans un mois de mai devenu un véritable gruyère où l’on saute de pont en viaduc de congés ».

Une méthode déjà éprouvée avec la Pentecôte

La mesure rappelle la mise en place de la journée de solidarité en 2004, qui avait temporairement supprimé la Pentecôte comme jour chômé pour financer la Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie (CNSA).

Revue en 2008, cette journée est redevenue fériée, mais reste associée à une obligation de travail non rémunéré, générant environ 3,5 milliards d’euros par an, soit près de 50 milliards depuis 2004.

Bayrou espère reproduire ce modèle : « Deux autres journées de ce type pourraient ainsi rapporter près de sept milliards d’euros chaque année. Une seule pourrait d’ailleurs permettre de compenser la hausse du budget de la Défense de 3,5 milliards d’euros », a-t-il avancé.

Une opposition unanime et virulente

À droite comme à gauche, l’annonce a suscité une déferlante de réactions indignées. Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, a dénoncé une « provocation » : « Aucun député RN n’acceptera cette mesure, qui relève de la provocation. »

Sa collègue Marine Le Pen est allée plus loin, menaçant de censurer le gouvernement : « Si François Bayrou ne revoit pas sa copie, nous le censurerons. »

 « La suppression de deux jours fériés, par ailleurs aussi chargés de sens que le lundi de Pâques et le 8-Mai, est une attaque directe contre notre histoire, contre nos racines, et contre la France du travail », fustige t-elle.

Chez Les Républicains, Éric Ciotti dénonce une injustice budgétaire : « Du sang et des larmes pour les Français », a-t-il fustigé. « Non-remboursement des médicaments, hausse des impôts, désindexation des retraites… On fait payer aux Français les incuries de la classe politique, sans aucune économie sérieuse sur l’immigration ni sur la dépense publique. »

La gauche dénonce une « guerre sociale »

Du côté des oppositions de gauche, le ton est tout aussi ferme. Le député François Ruffin s’indigne : « Budgets gelés, malades ciblés, patrimoine de l’État soldé, retraités visés, précaires fragilisés, jours fériés sacrifiésMais quoi sur les dividendes records ? Les grandes fortunes ? Les GAFAM ? Rien. Pas d’effort acceptable sans justice. Justice sociale, justice fiscale. Ce sera la censure bien sûr. »

Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l’Assemblée, dénonce une politique « brutale » et «  une guerre sociale« .

« Suppression de deux jours fériés, non-remplacement d’un fonctionnaire sur trois, déremboursement des médicaments, attaque sur l’assurance chômage, sur les arrêts maladie (…) Nous n’accepterons jamais que le peuple paie les cadeaux faits aux plus riches en faisant courir un risque récessif au pays», a-t-elle affirmé.

« Une année noire » pour les Français ?

Même les socialistes y voient une ligne rouge. Invité sur franceinfo, le député Arthur Delaporte évoque une situation alarmante : « Ces premières annonces sont d’une grande brutalité, dans la continuité des politiques qui ont été menées par les gouvernements successifs d’Emmanuel Macron depuis huit ans. Si c’est la copie finale du gouvernement, il est évident que ça ne nous conviendra pas. »

Le PCF, par la voix de Fabien Roussel, accuse l’exécutif de s’en prendre une fois de plus aux classes populaires : « C’est un braquage en bande organisée auquel nous assistons. Supprimer deux jours fériés pour nous faire travailler gratuitement. Baisser le remboursement des maladies graves. Geler les salaires et les pensions. Plus que jamais, il y a de nouvelles Bastilles à prendre. »

Le symbole du 8 mai dans la balance

Au-delà des chiffres, c’est la symbolique de cette réforme qui hérisse une partie de la classe politique. La possible suppression du 8 mai, qui commémore la victoire contre le nazisme en 1945, choque jusqu’aux écologistes. Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, s’interroge : « François Bayrou propose donc que le 8 mai, qui commémore la victoire contre le nazisme, ne soit plus férié. On doit le comprendre comment exactement ? »

Pour le gouvernement, la marge de manœuvre semble étroite : faire des économies sans fracture sociale majeure.

Reste à savoir si cette réforme franchira l’étape parlementaire. D’ores et déjà, plusieurs groupes d’opposition ont annoncé leur volonté de déposer une motion de censure.

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