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vendredi, mars 20, 2026
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Stellantis arrête ses utilitaires à hydrogène : inquiétudes autour de l’usine Symbio

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  • Face à un marché jugé non rentable et à des infrastructures insuffisantes, Stellantis renonce à ses utilitaires à hydrogène et suspend la production prévue en France et en Pologne.
  • Une décision lourde de conséquences pour la filière, qui inquiète partenaires et acteurs du secteur.

   Le groupe Stellantis a annoncé mercredi qu’il abandonnait purement et simplement son programme de développement de véhicules utilitaires à hydrogène. Un choix stratégique justifié par un manque de perspectives de marché et des coûts trop élevés, qui fragilise toute une filière industrielle naissante.

« Le marché de l’hydrogène demeure un segment de niche, sans perspectives de rentabilité économique à moyen terme », a déclaré Jean-Philippe Imparato, directeur des opérations pour l’Europe élargie chez Stellantis, dans un communiqué publié dans la matinée.

«Nous devons faire des choix clairs et responsables pour garantir notre compétitivité », a-t-il ajouté, évoquant une réorientation vers les motorisations électrique et hybride.

Une production stoppée avant même d’avoir commencé

Cette décision entraîne l’annulation immédiate du lancement de la nouvelle gamme Pro One à hydrogène, dont la production devait débuter cet été sur les sites de Hordain (France) pour les utilitaires moyens et de Gliwice (Pologne) pour les plus grands modèles.

Le programme, pourtant considéré comme stratégique par la précédente direction, n’aura pas passé le cap industriel. Seulement 300 véhicules avaient été vendus dans la première série, loin des attentes. L’entreprise précise que la centaine de salariés affectés au projet sera « réorientée vers d’autres projets », sans impact annoncé sur l’emploi des usines concernées.

Un coup dur pour la filière hydrogène

Stellantis justifie ce retrait par plusieurs obstacles structurels : la rareté des stations de recharge, le coût très élevé des infrastructures, et une demande insuffisante.

« En raison de la disponibilité limitée des infrastructures de ravitaillement en hydrogène, des investissements considérables requis et du besoin d’incitations très élevées pour les clients, l’entreprise n’anticipe pas l’adoption des véhicules utilitaires légers à hydrogène avant la fin de la décennie », détaille le communiqué officiel.

L’abandon du projet envoie un signal fort et négatif au secteur de l’hydrogène, alors même que de nombreux États européens, dont la France, poussent pour en faire une alternative aux batteries électriques lourdes.

Malgré des avantages notables – autonomie longue, temps de recharge court, batteries allégées – les véhicules à hydrogène restent peu compétitifs : le prix d’achat dépasse souvent les 100 000 euros par unité, et les infrastructures de ravitaillement restent embryonnaires en Europe.

Une rupture avec Michelin et Forvia

L’annonce de Stellantis a pris de court ses partenaires industriels, notamment Michelin et Forvia, coactionnaires de Symbio, la coentreprise dédiée aux piles à combustible, inaugurée avec tambours et trompettes fin 2023 près de Lyon.

Chez Michelin, on dénonce une décision unilatérale : « Inattendue, brutale et non concertée », critique la direction, visiblement prise de court. Forvia, de son côté, s’alarme : « Stellantis représente près de 80 % du volume d’activité de Symbio », ce qui fait craindre un impact immédiat.

« L’intention exprimée par Stellantis entraîne des répercussions opérationnelles et financières, graves et immédiates, pour l’avenir de Symbio », a prévenu l’équipementier.

Stellantis indique avoir « engagé des discussions avec les actionnaires de Symbio afin d’évaluer les impacts de la conjoncture actuelle », tout en affirmant vouloir « préserver au mieux les intérêts de Symbio, dans le respect des engagements de chaque partie ».

L’hydrogène automobile en panne de relais

Ce retrait marque un net recul pour la filière hydrogène dans le transport routier, déjà fragilisée par la décision de Renault, en début d’année, de liquider sa propre unité d’utilitaires à hydrogène à Flins (Yvelines). Désormais, seuls quelques constructeurs — Toyota, Hyundai et BMW — poursuivent encore des programmes à petite échelle.

En mettant un terme à un projet industriel majeur, Stellantis acte l’échec provisoire d’une technologie que beaucoup espéraient comme la clé d’une mobilité propre et performante. Et laisse planer le doute sur la capacité de l’Europe à bâtir une alternative crédible aux batteries dans les prochaines années.

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