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Décarbonation et compétitivité : dix pays de l’UE lancent un appel à l’action pour sauver l’industrie lourde

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  • Face à la montée des coûts énergétiques, à une concurrence internationale féroce et à la pression climatique, dix États membres de l’Union européenne appellent à une action immédiate de la Commission pour préserver les industries à forte intensité énergétique.
  •  Réunis à Copenhague, ils réclament un véritable plan industriel européen alliant compétitivité, souveraineté et décarbonation.

   Dix pays de l’Union européenne – parmi lesquels la France, l’Italie, l’Espagne, la Hongrie et la Pologne – appellent la Commission européenne à agir sans délai pour soutenir les industries à forte intensité énergétique, aujourd’hui fragilisées par des coûts élevés, une concurrence déloyale et une pression croissante sur la décarbonation.

Réunis à l’initiative de la France dans le cadre de l’Alliance ministérielle pour les industries énergo-intensives, ces États publient une déclaration conjointe en marge du conseil informel des ministres de l’Industrie à Copenhague. Leur objectif : préserver la base industrielle de l’Europe tout en accompagnant sa transition vers une économie neutre en carbone.

« Nos industries lourdes, qui constituent le socle de l’ensemble des chaines de valeur industrielles européennes, traversent une crise historique. Elles subissent de plein fouet la flambée des prix de l’énergie, la concurrence déloyale de la Chine et la pression d’investissements massifs nécessaires à la décarbonisation« , déclare Marc Ferracci, ministre français de l’Industrie et de l’Énergie., cité dans le communiqué.

Et d’ajouter : « Face à cette situation, l’Europe doit réagir sans délai si elle veut rester un continent de production »

Une alerte face à l’urgence industrielle

Les secteurs concernés – acier, chimie, ciment, métaux non ferreux – représentent le cœur des chaînes de valeur industrielles européennes. Mais ces industries font aujourd’hui face à une série de défis structurels : flambée des coûts énergétiques, distorsions de concurrence sur les marchés mondiaux, et exigences d’investissement massifs pour atteindre la neutralité climatique à l’horizon 2050.

 « Nos industries lourdes, qui constituent le socle de l’ensemble des chaines de valeur industrielles européennes, traversent une crise historique. Elles subissent de plein fouet la flambée des prix de l’énergie, la concurrence déloyale de la Chine et la pression d’investissements massifs nécessaires à la décarbonisation, déclare Marc Ferracci, ministre français de l’Industrie et de l’Énergie, cité dans un le communiqué.

Et d’ajouter : « Face à cette situation, l’Europe doit réagir sans délai si elle veut rester un continent de production »

Un plan d’action structuré autour de leviers concrets

La déclaration propose un plan d’action coordonné à l’échelle européenne. Première priorité : stabiliser le marché carbone (ETS) et renforcer le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF). Les ministres demandent à la Commission de revoir en profondeur le MACF dès 2025, afin de combler les lacunes existantes et éviter les contournements réglementaires.

Deuxième axe : la question du coût de l’énergie. Les signataires demandent le maintien des compensations pour les coûts indirects du système ETS au-delà de 2030. Cette mesure est jugée essentielle pour protéger les industries les plus exposées à la concurrence internationale.

Autre volet crucial : la surveillance commerciale. Face aux risques de redirection des surcapacités vers le marché européen, l’Alliance plaide pour des outils de défense commerciale plus efficaces, y compris dans l’acier et la chimie. Elle appelle à la mise en place de mesures de protection au-delà de 2026, conformément aux engagements pris dans le Plan d’action Acier de la Commission.

Sur le plan de la décarbonation, les ministres demandent la création de marchés pilotes à l’échelle de l’UE pour accompagner les premiers projets industriels. Ces mécanismes permettraient de sécuriser les débouchés pour les produits bas carbone et de soutenir les pionniers de la transition.

L’Alliance souhaite aussi intégrer des critères européens dans les marchés publics, afin de favoriser les entreprises locales. Elle propose que la révision du cadre européen prévue en 2026 prenne en compte des critères de résilience, durabilité et préférence européenne.

Enfin, les ministres appellent à renforcer l’investissement industriel en Europe, notamment via l’Union des marchés de capitaux et l’Union bancaire. Ils soutiennent un meilleur encadrement des investissements étrangers, afin de préserver la souveraineté technologique de l’UE.

Une approche circulaire et humaine

Les membres de l’Alliance insistent également sur la nécessité d’un nouveau modèle économique circulaire, misant sur le recyclage des matériaux – notamment métalliques – pour garantir un accès durable aux ressources stratégiques. Ils réclament une gestion adaptée des matières premières recyclées, notamment la ferraille, afin qu’elles bénéficient d’un statut cohérent avec leur rôle stratégique.

« Le choix ne se situe pas entre le climat et l’industrie. Il se joue entre conduire nous-mêmes la transition industrielle selon nos conditions, ou la laisser se faire ailleurs, au prix de nos emplois et de notre souveraineté », affirme Marc Ferracci

Sur le plan social, la déclaration souligne l’importance de former une main-d’œuvre qualifiée pour accompagner la mutation industrielle. « La reconquête industrielle ne se fera pas sans les compétences. C’est un projet de territoire, de formation, d’innovation », a précisé Ferracci.

Une stratégie européenne cohérente attendue

Ce texte s’inscrit dans la continuité des déclarations sur l’acier (février 2024) et la chimie (mars 2024), et marque une volonté forte de coordonner les efforts nationaux. L’Alliance ministérielle espère désormais faire émerger une dynamique politique autour du Clean Industrial Deal, en s’appuyant sur une coopération étroite entre États membres, régions et écosystèmes industriels.

« Nous avons l’opportunité de bâtir une Europe industrielle compétitive, bas carbone et souveraine. Il ne faut pas la laisser passer », conclut la déclaration commune.

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