- La réintroduction de l’acétamipride, pesticide néonicotinoïde banni en France, soulève une vague d’indignation.
- Une pétition lancée par une étudiante a dépassé les 1,2 million de signatures.
- Mais malgré la mobilisation, la loi Duplomb est adoptée. Le débat s’annonce tendu à la rentrée.
Plus de 1,2 million de personnes ont signé une pétition en ligne contre la loi Duplomb, qui réintroduit l’acétamipride, un pesticide de la famille des néonicotinoïdes. Une mobilisation massive, mais sans impact législatif direct : la loi a été adoptée, et même si un débat parlementaire est envisagé à la rentrée, aucun vote ne pourra l’abroger.
Lancée le 10 juillet par une étudiante, soit deux jours après l’adoption du texte au Parlement, la pétition a rapidement dépassé le seuil des 500 000 signatures requis pour permettre la tenue d’un débat à l’Assemblée nationale. Lundi 21 juillet, elle franchissait la barre symbolique du million deux cent mille signataires, un record sur le site de l’Assemblée.
« Une pétition instrumentalisée » selon le sénateur Duplomb
Face à la pression citoyenne, le sénateur Les Républicains Laurent Duplomb, à l’origine de la loi, a vivement réagi. Invité sur RMC ce lundi, il a dénoncé une pétition « instrumentalisée« .
« Ce système de pétition, il est fait pour mettre de la pression au Conseil constitutionnel et espérer qu’il ne valide pas la loi« , a-t-il déclaré.
Quant à l’ampleur de la mobilisation, il relativise : « Je ne suis pas sûr que, si elle n’avait pas été instrumentalisée par l’extrême gauche et par les écologistes, les Français se seraient saisis de cette pétition de façon spontanée et auraient autant signé. »
« Quand on diabolise les choses et qu’on fait peur à tout le monde, par définition, on peut avoir ce résultat« , ajoute -t-il.
Sandrine Rousseau : « Le début d’une lutte »
Du côté des opposants, Sandrine Rousseau, députée écologiste de Paris, estime que ce mouvement citoyen est symptomatique d’un mal plus profond : « C’est le début d’une lutte qui ne fait que commencer« , a-t-elle affirmé lundi sur franceinfo.
Selon elle, la pétition montre l’ampleur du décalage entre les représentants politiques et la société civile : « Ça montre à quel point il y a une différence entre des élus qui ne veulent pas respecter, entendre et protéger la population, et une population qui se rebelle comme elle peut. »
« Cette pétition dit toute la crise démocratique dans laquelle nous sommes« , affirme-t-elle.
Connue pour ses positions tranchées, Rousseau a également tenu à clarifier des propos tenus précédemment sur les agriculteurs : « J’en ai rien à péter de leur rentabilité« , a-t-elle réaffirmé.
« La rentabilité est un sujet d’agro-business man. Je le redis : c’est le sujet d’Arnaud Rousseau [le président du syndicat FNSEA], et le revenu, c’est un sujet d’agriculteurs. Il ne faut pas confondre les deux« , assure -t-elle
Un débat à venir, mais sans portée juridique
La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, s’est dite favorable à l’organisation d’un débat parlementaire à la rentrée. Toutefois, elle a précisé que ce débat « ne reviendra pas sur la loi« . En clair, aucune annulation du texte ne sera possible, à moins de déposer une nouvelle proposition législative.
Le sort du texte repose désormais entre les mains du Conseil constitutionnel, qui doit rendre son avis d’ici au 10 août. Mais même cette étape ne garantit pas l’invalidation de la loi. La dernière possibilité ? Une décision politique du président Emmanuel Macron, qui détient le pouvoir de promulgation. À ce jour, l’exécutif n’a laissé entrevoir aucune intention de revenir sur la loi.
Un symbole d’opposition écologique et sociale
La réintroduction, même dérogatoire, d’un pesticide interdit en France depuis plusieurs années ravive les tensions entre le monde agricole productiviste et les défenseurs de l’environnement. L’acétamipride, bien que toujours autorisé dans l’Union européenne, est jugé toxique pour les pollinisateurs, notamment les abeilles.
Pour les opposants, cette loi incarne le refus de prendre en compte les risques sanitaires et écologiques. Pour ses partisans, elle répond à une nécessité économique et agricole.
