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Tensions commerciales : la France presse l’UE de durcir le ton face à Donald Trump

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  • Alors que les négociations entre Bruxelles et Washington s’enlisent, Paris appelle ses partenaires européens à adopter une posture beaucoup plus ferme face aux exigences jugées excessives de Donald Trump.
  • La France plaide pour l’utilisation de l’instrument anti-coercition, un outil inédit de riposte économique que l’UE n’a encore jamais activé.

   Le ton monte entre les deux rives de l’Atlantique. Face aux menaces répétées de Donald Trump d’imposer des droits de douane de 30 % sur les produits européens, la France hausse la voix et appelle l’Union européenne à cesser de faire preuve de retenue.

«Nous devons changer de méthode (…) pour nous mettre dans une posture de négociation plus ferme et plus crédible », a déclaré le ministre de l’Industrie et de l’Énergie, Marc Ferracci, mardi 22 juillet sur BFMTV. Les discussions entre Bruxelles et Washington sur les droits de douane sont dans l’impasse, et la position américaine, selon lui, «s’est même durcie».

 Un accord jugé «asymétrique»

 Donald Trump exige un accord commercial qui, selon Paris, créerait un déséquilibre dangereux pour l’industrie européenne. «Les États-Unis cherchent un accord asymétrique», a prévenu Marc Ferracci. Selon le ministre, certaines filières françaises parlent déjà «d’un danger mortel», tandis que les droits de douane envisagés «auraient des conséquences absolument dramatiques sur l’ensemble des chaînes de valeur».

L’UE prépare ses contre-mesures

 Dans l’éventualité où aucun accord ne serait trouvé d’ici le 1er août, la France pousse pour que l’UE prenne les devants.

«Nous avons dit qu’il fallait déclencher un certain nombre de ripostes », a indiqué Ferracci.

Un premier plan de contre-mesures a été validé par la Commission : il prévoit des hausses tarifaires sur 21 milliards d’euros de produits américains, notamment le soja ou la volaille. Sa mise en œuvre reste suspendue à l’issue des négociations. Un deuxième plan, plus ambitieux, portant sur 72 milliards d’euros et visant notamment les avions Boeing, est également dans les tiroirs.

L’instrument anti-coercition

Mais Paris estime ces mesures encore insuffisantes. Elle souhaite utiliser l’instrument anti-coercition (ACI), adopté fin 2023 mais jamais encore activé.

«Cela signifie mobiliser des outils qui n’ont pas été mobilisés jusqu’à présent et en particulier l’outil anti-coercition», a martelé le ministre.

Surnommé le «bazooka commercial», l’ACI permet à l’UE d’imposer une batterie de mesures de rétorsion en cas de coercition économique, c’est-à-dire lorsqu’un pays tiers fait pression sur l’Union ou un État membre via des menaces commerciales. Dans le cas des menaces tarifaires américaines, la France estime que les conditions sont réunies.

Bruxelles reste prudente

Si la Commission européenne espère encore une solution négociée, elle a tout de même établi une liste de 100 milliards d’euros de produits américains susceptibles d’être taxés : avions, voitures, bourbon… Mais pour Paris, l’heure n’est plus à la retenue.

«La position de l’Europe doit être une position de négociation mais également une position de fermeté  », a insisté Ferracci, appelant à une riposte à la hauteur de la menace.

L’Allemagne, plus conciliante

Reste que les Vingt-Sept sont loin d’être unanimes. L’Allemagne, qui bénéficie d’un excédent commercial important vis-à-vis des États-Unis, plaide pour un compromis rapide. Le chancelier Friedrich Merz, qui doit recevoir Emmanuel Macron à Berlin ce mercredi, se montre moins enclin à entrer dans un bras de fer frontal avec Washington.

 Berlin redoute une escalade de la guerre commerciale qui pourrait fragiliser ses exportations industrielles. Un contraste marqué avec Paris, qui met en garde contre un manque de réaction européenne.

Selon une note du CEPII, sans mesures de rétorsion, le coût du protectionnisme américain resterait faible, proche de zéro. En revanche, «avec les représailles européennes, ce coût devient significatif pour les États-Unis, même si le dommage reste au final deux fois plus élevé pour l’Union européenne».

Une activation longue mais décisive

 L’activation de l’ACI ne serait pas immédiate. Avant toute action, la Commission européenne devra mener une enquête et soumettre sa proposition au Conseil de l’UE, qui disposera de dix semaines pour statuer. L’activation de l’instrument nécessite un vote à la majorité qualifiée, soit 55 % des États membres représentant 65 % de la population.

En cas de validation, la Commission pourra imposer quotas, restrictions sectorielles, interdictions d’importation, suspensions d’activité sur le marché unique, ou encore restrictions publicitaires visant les géants numériques américains. Ferracci évoque ainsi la possibilité de restrictions sur la publicité en ligne.

Une nouvelle doctrine commerciale pour l’Europe ?

Pour la France, ce bras de fer pourrait marquer un tournant stratégique dans la politique commerciale de l’UE. En d’autres termes : renoncer à une posture exclusivement défensive pour adopter une stratégie de dissuasion active.

La France ne veut plus d’une Europe passive face aux pressions de ses partenaires commerciaux. L’heure est venue, selon elle, de brandir l’arme ultime. Reste à savoir si l’ensemble des capitales européennes en partageront l’analyse.

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