- Après ses déclarations polémiques contre le macronisme dans Valeurs Actuelles, Bruno Retailleau s’attire les foudres de la majorité.
- Attendu à l’Élysée ce jeudi 24 juillet, le ministre de l’Intérieur sera finalement reçu par François Bayrou à Matignon.
Deux jours après avoir déclaré que « le macronisme s’achèvera avec Emmanuel Macron, tout simplement », Bruno Retailleau voit son entretien prévu avec le chef de l’État annulé. Selon son entourage cité par TF1-LCI, un rendez-vous alternatif est programmé ce jeudi soir avec le Premier ministre François Bayrou.
La déclaration du ministre, publiée dans Valeurs Actuelles, a fait l’effet d’un coup de tonnerre. « Je ne crois pas au ‘en même temps’ », ajoute-t-il dans l’interview, critiquant la marque de fabrique du président de la République, qu’il accuse d’« alimenter l’impuissance ».
Une droite « utile, mais pas docile »
Bruno Retailleau, président des Républicains et désormais ministre de l’Intérieur, se défend pourtant de tout désaveu vis-à-vis du gouvernement. « Ma présence dans cette coalition n’est pas une adhésion au macronisme », assure-t-il. Il dit agir au nom de « l’intérêt général », animé par le refus de voir « la gauche mélenchonisée (accéder) au pouvoir ».
Revendiquant une « droite utile, mais pas docile », le ministre affirme ne pas vouloir « faire de la figuration », mais au contraire « peser de tout le poids de (ses) convictions de droite ».
Sur le terrain électoral, Retailleau prévient : « La France insoumise est la pire menace politique », devant même le Rassemblement national, avec lequel il partage parfois des positions régaliennes. Il appelle à « assumer un cordon sanitaire » contre le mouvement de Jean-Luc Mélenchon en vue des municipales de 2026, tout en reconnaissant que « nous ne pourrons pas gagner seuls », sans pour autant évoquer clairement une alliance avec le RN.
La majorité réplique : « Inacceptable »
Dans le camp présidentiel, les réactions n’ont pas tardé. À commencer par la ministre de l’Éducation nationale, Élisabeth Borne, qui a dénoncé sur X les tentatives de son collègue : « Tenter de diviser le socle commun, c’est affaiblir les remparts contre lesextrêmes », a-t-elle accusé.
Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition écologique, a elle aussi réagi vigoureusement : « Le macronisme, c’est le choix de l’action face au populisme, du rassemblement face à la division. C’est ce qui a tenu le pays debout pendant les crises », a-t-elle rappelé.
Le parti Renaissance, désormais dirigé par Gabriel Attal, s’est également fendu d’une réponse ferme sur les réseaux sociaux, qualifiant les propos de Retailleau d’« inacceptables » venant d’un ministre d’un « gouvernement de coalition ».
« Le temps passé à diviser et à déclencher ces polémiques est du temps perdu pour l’action au service des Français », ajoute le mouvement.
Un rappel à l’ordre ignoré ?
Début juillet déjà, Emmanuel Macron avait tenté de calmer le jeu. Face aux déclarations de Retailleau sur la fin des aides aux énergies renouvelables, qui avaient suscité la colère d’Agnès Pannier-Runacher, le chef de l’État avait tranché : « Les ministres doivent s’occuper des politiques qu’ils conduisent », appelant François Bayrou à « discipliner la parole » de l’équipe gouvernementale.
Mais l’appel semble être resté lettre morte. Mercredi, en déplacement dans le Val-d’Oise, Bruno Retailleau a réaffirmé sa ligne : « Je n’ai rien dit de nouveau que je n’aurais pas dit depuis déjà des mois », a-t-il assuré à la presse.
Le macronisme, un projet revendiqué
Les fidèles du président ont tenu à défendre le socle idéologique de leur action. « Le macronisme ne s’arrêtera pas. Ni aujourd’hui, ni dans deux ans, ni après. Personne ne l’effacera », a déclaré la ministre de l’Égalité entre les femmes et les hommes, Aurore Bergé. « Il nous appartient de le porter et revendiquer avec Renaissance », a-t-elle ajouté.
Même ton chez le ministre de l’Industrie, Marc Ferracci, proche du président : « Le macronisme est un projet politique dans lequel se sont reconnus et se reconnaissent encore de nombreux Français. Le manque de respect n’est pas la meilleure manière de bâtir un projet rassembleur pour le pays », a-t-il dénoncé.
Une coalition mise à l’épreuve
Entre critiques internes, tensions politiques et désaccords idéologiques, l’équilibre de la majorité présidentielle semble de plus en plus fragile. À moins de deux ans de l’élection présidentielle de 2027, la sortie de Bruno Retailleau pose la question de la cohabitation entre droite revendiquée et centrisme macronien. Si l’objectif reste d’éviter les extrêmes, la fracture devient difficile à masquer.
