17.8 C
Paris
vendredi, mars 20, 2026
AccueilActualitéAccord commercial UE–États-Unis : 15 % de droits de douane et une...

Accord commercial UE–États-Unis : 15 % de droits de douane et une vague de critiques en France

Date:

  • L’Union européenne et les États-Unis ont conclu un nouvel accord commercial qui instaure des droits de douane de 15 % sur les importations européennes.
  • Si Ursula von der Leyen et Donald Trump saluent un “grand accord”, la classe politique française, unanime, s’insurge contre des concessions jugées dangereuses.

   Dimanche 27 juillet, à l’issue d’une rencontre en Écosse, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et l’ancien président américain Donald Trump ont annoncé un accord commercial inédit entre l’UE et les États-Unis. En ligne de mire : une taxation de 15 % sur les produits européens exportés outre-Atlantique, à l’exception de quelques secteurs stratégiques encore non définis, dont l’aéronautique.

« Nous avons trouvé un accord », s’est réjoui Donald Trump, évoquant « le plus grand jamais conclu en matière de commerce » et saluant une promesse « d’unité et d’amitié ».

Ursula von der Leyen a quant à elle reconnu un compromis difficile : « Quinze pour cent, ce n’est pas négligeable, mais c’est le mieux qu’on pouvait obtenir. »

Des contreparties coûteuses pour l’UE

En parallèle, les 27 États membres se sont engagés à acheter massivement des hydrocarbures américains et à investir davantage aux États-Unis. L’accord prévoit également la levée mutuelle des droits de douane sur certains produits stratégiques, notamment dans l’aéronautique. Mais beaucoup de détails restent à négocier « dans les prochaines semaines », a précisé Ursula von der Leyen.

Une réaction politique française en quasi-unanime désaccord

En France, la classe politique, toutes tendances confondues, dénonce un accord jugé déséquilibré, voire dangereux pour l’avenir de l’Europe.

Pour Laurent Saint-Martin, ministre délégué au Commerce extérieur, « ce serait effectivement assumer que l’Europe n’est pas une puissance économique ».

 « Si on veut que la réponse soit oui, alors la messe ne doit pas être dite hier (dimanche) » , rappelle-t-il.

Même son de cloche du côté de Benjamin Haddad, ministre chargé de l’Europe, qui juge le compromis « temporaire » mais « déséquilibré ». S’il reconnaît que le texte épargne « des secteurs clés pour l’économie française (aéronautique, spiritueux, médicaments) », il prévient : « Washington fait le choix de la coercition économique et du mépris complet des règles de l’OMC. Nous devons en tirer vite les conséquences ou risquer l’effacement. »

À gauche : “honte”, “soumission” et remise en cause des traités

 À gauche, le ton est encore plus sévère. Jean-Luc Mélenchon dénonce un « compromis honteux » qui « cède tout à Trump », accusant la Commission européenne d’avoir bafoué « 75 ans de règles de relations bilatérales ». Il fustige un accord imposant « droits de douane, obligation d’achat, taxe de 5 % sur le PIB », y voyant la fin des principes de « concurrence libre et non faussée » inscrits dans le traité de Lisbonne.

 Manuel Bompard, coordinateur national de La France insoumise, s’aligne en parlant d’un « accord honteux ». Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, s’indigne : « Il donne le point à Trump en se soumettant à ses conditions et démontre qu’une fois encore les Européens privilégient leurs intérêts nationaux à toute logique européenne. »

À droite : inquiétudes stratégiques et appel à une nouvelle Europe

 À droite, les critiques ne sont pas moins virulentes. Dominique de Villepin parle d’un « traité inégal où l’un paye des droits de douane à hauteur de 15 %, mais l’autre aucun ». Il met en garde contre l’illusion d’un éventuel retour en arrière :

« Il est illusoire de croire qu’un futur président américain plus raisonnable reviendra sans contreparties supplémentaires sur l’aubaine de ces droits de douane. »

 Nathalie Loiseau, eurodéputée Horizons, estime qu’« Ursula von der Leyen nie l’évidence d’un accord mauvais. Mauvais pour le climat, mauvais pour notre autonomie stratégique, mauvais pour nos entreprises. L’Union européenne aurait pu montrer ses muscles, elle a courbé la tête. »

David Lisnard, maire de Cannes et président du mouvement Nouvelle Énergie, s’interroge : « La France est-elle devenue spectatrice à ce point de ce qui la concerne directement, y compris des affaires de l’Europe ? » Il promet des « propositions fortes pour que la France retrouve la maîtrise de son destin ».

 À l’extrême droite : “triple fiasco” et rejet de la mondialisation

Marine Le Pen qualifie l’accord de « triple fiasco, politique, économique et moral ». Selon elle, « cette mondialisation qui nie et brise les souverainetés est dépassée depuis de très longues années. Il serait temps que cette information arrive aux oreilles de la Commission européenne. »

Enfin, François Bayrou, Premier ministre, s’est exprimé dans un communiqué particulièrement alarmant : « C’est un jour sombre que celui où une alliance de peuples libres, rassemblés pour affirmer leurs valeurs et défendre leurs intérêts, se résout à la soumission. »

 

 

Les plus populaires