15.6 C
Paris
vendredi, mars 20, 2026
AccueilActualitéFrance–Algérie : Emmanuel Macron suspend l’accord de 2013 sur les visas diplomatiques

France–Algérie : Emmanuel Macron suspend l’accord de 2013 sur les visas diplomatiques

Date:

  • Dans un contexte de tensions croissantes avec Alger, Emmanuel Macron demande la suspension formelle de l’accord de 2013 sur les exemptions de visas diplomatiques algériens.
  • Le chef de l’État appelle à une politique plus ferme en matière migratoire et consulaire, évoquant l’absence de coopération de l’Algérie et plusieurs incidents récents.

   Le président de la République a demandé la suspension formelle de l’accord bilatéral de 2013 sur les exemptions de visa pour les passeports diplomatiques et officiels algériens. Dans un courrier adressé mercredi 6 août au Premier ministre François Bayrou, révélé par Le Figaro, Emmanuel Macron appelle à une politique plus ferme vis-à-vis d’Alger, dénonçant une coopération devenue « inexistante« .

Cette décision intervient dans un contexte de vives tensions entre Paris et Alger, exacerbées par plusieurs incidents récents. Le chef de l’État évoque notamment le cas de l’écrivain Boualem Sansal et du journaliste Christophe Gleizes, tous deux emprisonnés en Algérie, ainsi que le blocage migratoire et la rupture de la coopération consulaire de la part des autorités algériennes.

« Les autorités algériennes ont fait le choix délibéré de ne pas répondre à nos appels répétés à travailler ensemble« , écrit Emmanuel Macron, avant d’ajouter : « Désormais, nous n’avons pas d’autre choix que d’adopter une approche de plus grande fermeté. »

Une dégradation progressive des relations

 L’accord de 2013, suspendu de facto depuis plusieurs mois, prévoyait des facilités d’entrée sur le territoire français pour les titulaires de passeports diplomatiques et de service algériens. Déjà, en mai dernier, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, avait annoncé le renvoi des agents algériens sans visa, après l’expulsion de fonctionnaires français par Alger, jugée « injustifiée ».

Cette mesure s’inscrit dans une politique de rééquilibrage des relations diplomatiques, selon l’Élysée, face à ce qui est perçu comme une série de provocations unilatérales. Le président français insiste notamment sur le non-respect par Alger de ses obligations en matière de réadmission de ses ressortissants en situation irrégulière, une source de crispation récurrente entre les deux pays.

Activation du « levier visa-réadmission »

Dans sa lettre, Emmanuel Macron demande également l’application immédiate du « levier visa-réadmission« , un outil introduit dans le cadre de la loi immigration adoptée en 2024. Ce dispositif permet à la France de refuser l’octroi de visas de court et de long séjour aux ressortissants des pays tiers qui ne coopèrent pas sur les retours migratoires.

Il s’agirait ici d’un signal fort envoyé à Alger, visant à conditionner l’attribution de visas à une coopération effective.

Fermeté réclamée sur la délinquance

 Au-delà des enjeux diplomatiques et migratoires, Emmanuel Macron appelle aussi à renforcer la réponse sécuritaire. Il demande à ce que le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, agisse « sans repos et sans répit » contre la délinquance impliquant des ressortissants algériens en situation irrégulière. Le président charge également son gouvernement de renouer, si possible, un dialogue utile avec les autorités algériennes.

 Cette suspension d’un accord emblématique marque une inflection dans la politique étrangère française à l’égard de l’Algérie. Longtemps empreintes de prudence diplomatique, les relations bilatérales semblent désormais entrer dans une phase plus frontale, centrée sur l’exigence de réciprocité et d’efficacité.

Reste à savoir si cette stratégie portera ses fruits ou si elle contribuera à creuser davantage le fossé diplomatique entre Paris et Alger.

Les plus populaires