- Après dix jours de discussions à Genève, 185 pays n’ont pas réussi à s’accorder sur un traité mondial contraignant contre la pollution plastique.
- Un nouvel échec qui révèle de profondes divisions entre nations ambitieuses et pays pétroliers, alors que la production mondiale menace de tripler d’ici 2060.
Après dix jours de pourparlers sur les rives du lac Léman, les 185 pays réunis à Genève n’ont pas réussi à s’entendre sur un premier traité international contraignant pour lutter contre la pollution plastique.
« Nous n’aurons pas de traité sur la pollution plastique ici à Genève », a résumé, au petit matin de ce vendredi 15 août, le représentant de la Norvège lors de la séance plénière. Plus tôt, l’Inde et l’Uruguay avaient également constaté l’incapacité des négociateurs « à trouver un consensus ».
Ce nouvel échec, après celui de Busan (Corée du Sud) fin 2024, retarde encore l’adoption d’un texte pourtant jugé urgent par les scientifiques. Selon l’OCDE, la production mondiale de plastique pourrait tripler d’ici 2060, pour atteindre plus d’1,3 milliard de tonnes par an, si rien n’est fait.
Un texte jugé trop faible par les ONG
Dans la nuit de jeudi à vendredi, un nouveau texte de compromis a été présenté aux délégations. Composé de 31 articles et contenant encore plus d’une centaine de points à clarifier, il a été qualifié de « base acceptable de négociation » par plusieurs diplomates.
Mais du côté des ONG, le ton est tout autre. L’ONG IPEN a dénoncé des « changements positifs » mais « de très petits pas » qui ne produiraient pas un véritable traité. L’organisation Ciel a, elle aussi, critiqué la méthode : « Ils introduisent d’abord un texte inacceptable, puis reviennent avec un texte médiocre à prendre ou à laisser, qui montre une amélioration à la marge mais reste loin de ce dont nous avons besoin pour faire face à la crise plastique. »
Deux camps irréconciliables
Les négociations se sont heurtées à une fracture nette :
- Les favorables, menés par l’Union européenne, le Canada, l’Australie et plusieurs pays d’Amérique latine, d’Afrique et d’îles, veulent réduire la production mondiale de plastique, interdire certaines molécules dangereuses et nettoyer la planète.
- Les opposants, essentiellement des pays pétroliers et producteurs de plastique, refusent toute contrainte sur la production d’hydrocarbures et toute interdiction ciblant l’industrie plastique.
- Colère française
La ministre française de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher, a exprimé sa frustration : « Je suis déçue et en colère, car une poignée de pays, guidés par des intérêts financiers de court terme et non par la santé de leurs populations et la durabilité de leur économie, ont bloqué l’adoption d’un traité ambitieux contre la pollution plastique. »
L’Ouganda a demandé l’organisation d’une nouvelle session à une date ultérieure. La commissaire européenne à l’environnement, Jessika Roswall, s’est voulue plus optimiste : « Genève a permis d’établir une bonne base pour une reprise des négociations. »
Le président des débats, le diplomate équatorien Luis Vayas Valdivieso, doit donner une conférence de presse. Déjà en poste lors de l’échec de Busan, il a été critiqué pour sa gestion des discussions, souvent de manière anonyme.
En attendant, la planète continue d’étouffer sous ses déchets : depuis l’an 2000, l’humanité a produit plus de plastique qu’au cours des cinquante années précédentes, principalement des produits à usage unique et des emballages. Avec un taux de recyclage de moins de 10 %.
