- Après des résultats décevants, l’action Intel connaît une envolée spectaculaire, dopée par des rumeurs d’investissement public et privé.
- Mais derrière cette hausse de 28 %, les analystes mettent en garde contre une valorisation excessive et un avenir encore incertain pour le géant américain des semi-conducteurs.
Après plusieurs mois de turbulences, l’action Intel retrouve de l’élan. Le titre du géant américain des semi-conducteurs a bondi de 28 % depuis le début du mois d’août, ajoutant près de 24 milliards de dollars à sa capitalisation boursière. Cette envolée, nourrie par des rumeurs de participation du gouvernement américain et par un investissement de 2 milliards de dollars du groupe japonais SoftBank, replace l’entreprise sous les projecteurs de Wall Street.
Une valorisation record depuis 2002
Selon des données compilées par Bloomberg, cette hausse spectaculaire a porté le multiple de valorisation du titre à 53 fois les bénéfices attendus sur les 12 prochains mois, un sommet inédit depuis le début des années 2000. Un niveau jugé excessif par certains spécialistes.
« L’action paraît incroyablement chère. Un tel multiple de bénéfices revient à parier que le gouvernement soutiendra fortement Intel pour lui donner l’avantage auprès des clients », avertit Wayne Kaufman, analyste en chef chez Phoenix Financial Services.
Soutien politique et revirement de Trump
Le redressement du titre intervient après une séquence délicate. Fin juillet, Intel avait publié des résultats financiers jugés décevants, immédiatement sanctionnés par les marchés. Le président américain Donald Trump avait alors appelé à la démission du PDG Lip Bo Tan, évoquant un conflit d’intérêts. Mais quelques semaines plus tard, après une rencontre en personne, le ton avait changé.
« Le succès et l’ascension de Tan constituent une histoire extraordinaire », a déclaré Trump le 11 août, marquant un soutien inattendu.
Parallèlement, la presse américaine rapporte que l’administration Trump envisagerait d’acquérir environ 10 % du capital d’Intel, en transformant certaines subventions publiques obtenues via le Chips and Science Act en actions sans droit de vote. « Les discussions visent à convertir les aides fédérales en participation, sans droits de gouvernance », a confirmé Howard Lutnick, secrétaire au commerce, sur CNBC.
Un pari risqué pour le marché
Si ce soutien gouvernemental pourrait donner un élan à court terme, certains experts mettent en garde contre ses conséquences futures.
« Cela ressemble à une voie facile pour entrer, mais difficile pour en sortir. Au final, cela suscite plus de questions que de réponses », analyse Paul Nolte, stratégiste de marché chez Murphy & Sylvest Wealth Management.
En parallèle, la rentabilité d’Intel reste fragile. Après avoir enregistré environ 1,3 milliard de dollars de pertes cumulées sur les quatre derniers trimestres, le groupe espère dégager plus d’un milliard de bénéfices ajustés sur l’année à venir. Loin de ses performances passées : entre 2018 et 2021, Intel affichait en moyenne 20 milliards de dollars de profits annuels.
Des analystes très prudents
L’enthousiasme des investisseurs tranche avec la réserve des analystes. Selon Bloomberg, moins de 8 % d’entre eux recommandent actuellement l’achat du titre, tandis que près de 80 % se contentent d’un avis neutre. À 25,31 dollars, le cours de l’action dépasse déjà l’objectif moyen fixé à 22 dollars, ce qui en fait l’un des potentiels de rendement les plus faibles du Nasdaq 100.
Réduction des coûts et pari industriel
Le PDG d’Intel mise en effet sur un vaste plan de réduction des coûts, destiné à restaurer la rentabilité. Mais cette stratégie suscite des doutes sur la capacité de l’entreprise à rester compétitive dans la course technologique mondiale. En parallèle, le groupe poursuit l’ambitieux projet d’expansion de ses capacités de fonderie de semi-conducteurs, initié par son prédécesseur Pat Gelsinger.
