- À quelques jours de l’examen du budget, François Bayrou prend un pari risqué : il sollicitera, le 8 septembre, un vote de confiance à l’Assemblée nationale.
- Entre inquiétudes sur la dette publique et critiques de l’opposition, ce rendez-vous pourrait décider de l’avenir de son gouvernement.
Le Premier ministre François Bayrou a annoncé, ce lundi, qu’il demanderait un vote de confiance à l’Assemblée nationale avant l’examen du budget, prévu le 8 septembre. Une décision inédite depuis plusieurs années, qui place son gouvernement face à un risque politique majeur.
Lors de sa conférence de presse de rentrée, François Bayrou a confirmé qu’il engagerait la responsabilité de son gouvernement via l’article 49.1 de la Constitution, un outil comparable au 49.3.
« Cette déclaration de politique générale aura pour objet de poser explicitement la question centrale : savoir s’il y a bien gravité du danger pour la Nation, s’il y a urgence ou pas », a expliqué le Premier ministre.
Selon lui, cette initiative doit permettre de « choisir la route qui permettra d’échapper à cette malédiction en retrouvant la maîtrise de nos finances ».
François Bayrou alerte sur la situation économique, pointant le « risque du surendettement » qu’il qualifie de « danger immédiat qui pèse sur nous ». Et de prévenir : « La charge de la dette va devenir cette année le budget le plus important de la Nation », estimée à 66 milliards d’euros en 2025 et « au mieux 75 milliards d’euros » l’an prochain.
Un pari à haut risque pour le gouvernement
En sollicitant ce vote, le Premier ministre s’expose à un revers lourd de conséquences : un rejet le contraindrait à démissionner, comme après une motion de censure.
Cette démarche tranche avec ses prédécesseurs, Élisabeth Borne, Gabriel Attal ou Michel Barnier, qui avaient esquivé ce type de scrutin, non obligatoire. Lors de sa nomination en décembre dernier, François Bayrou avait d’ailleurs assuré qu’il ne solliciterait pas la confiance des députés, précisant toutefois : « Dans la foulée de cette déclaration de politique générale, il y aura une sorte de vote de confiance parce qu’il y aura probablement une motion de censure. »
Des oppositions déjà fermement ancrées
L’annonce de François Bayrou a immédiatement provoqué une vague de réactions dans l’opposition. À gauche, Jean-Luc Mélenchon a salué au micro de France Inter une décision « digne », estimant qu’« enfin, on revient à des mœurs républicaines». Le leader de La France insoumise a souligné qu’il s’agira « de la première fois depuis cinq ans et quatre gouvernements » qu’un Premier ministre se soumet à un vote de confiance.
Mais derrière ce soutien de principe, il n’a pas manqué de critiquer la stratégie de François Bayrou, l’accusant de vouloir « dramatiser la situation » afin de « gouverner par la peur ».
Chez les socialistes, le ton est bien plus tranchant. Boris Vallaud, président du groupe PS à l’Assemblée nationale, a confirmé que ses députés voteront contre la confiance. « C’est François Bayrou qui a son destin entre ses mains, il a choisi la démission », a-t-il déclaré sur BFMTV-RMC déplorant que le chef du gouvernement « ne choisisse pas le dialogue, mais la liquidation ».
Même position à l’extrême droite. Le vice-président du Rassemblement national, Sébastien Chenu, a affirmé que Marine Le Pen et son parti « n’ont pas hésité une seconde » à rejeter la confiance. Selon lui, François Bayrou « tente une ultime manœuvre » vouée à « un ultime échec ». Sur Europe 1-CNews, il a lancé une attaque directe : « Qui peut avoir confiance en François Bayrou ? François Bayrou, c’est l’immobilisme satisfait. »
Face à cette opposition quasi unanime, le vote du 8 septembre s’annonce comme une épreuve de vérité pour le Premier ministre.
