- Kering poursuit son recentrage stratégique en cédant sa division beauté à L’Oréal pour 4 milliards d’euros.
- L’opération, assortie de licences exclusives de 50 ans et d’une co-entreprise 50/50 dans le bien-être et la longévité, doit être finalisée au premier semestre 2026.
Un mois après l’arrivée de Luca de Meo à la direction générale, le groupe de luxe se désengage de Kering Beauté—créée en 2023—au profit du numéro un mondial des cosmétiques. À la clé : 4 milliards d’euros payables en numéraire à la réalisation, des redevances futures sur les marques sous licence et un partenariat industriel de long terme couvrant Gucci, Bottega Veneta et Balenciaga (Yves Saint Laurent Beauté demeure chez L’Oréal).
Un virage stratégique sous pression financière
Révélée samedi par le Wall Street Journal avant d’être officialisée dimanche soir par les deux groupes via communiqué, cette cession s’inscrit dans une séquence d’assainissement du bilan et de recentrage sur les métiers cœur de Kering (mode et maroquinerie). Le groupe a annoncé en juillet une baisse de 46 % de son bénéfice net semestriel (474 M€), un recul de 16 % du chiffre d’affaires à 7,6 Md€, et un endettement de 9,5 Md€. La contre-performance persistante de Gucci—qui pèse 44 % du chiffre d’affaires et deux tiers de la rentabilité opérationnelle—accentue la nécessité d’arbitrages rapides.
« La situation actuelle (…) renforce notre détermination à agir sans délai. Nous devrons continuer à nous désendetter et, là où cela s’impose, rationaliser, réorganiser et repositionner certaines de nos marques », déclarait Luca de Meo le 9 septembre, jour de sa nomination.
Les contours de l’accord
L’opération porte sur la cession de Kering Beauté, la division créée en 2023, qui comprend notamment la Maison Creed, acquise la même année pour 3,5 milliards de dollars. Elle prévoit également la signature de licences exclusives d’une durée de 50 ans pour les activités parfum et beauté de Gucci, Bottega Veneta et Balenciaga. En revanche, Yves Saint Laurent Beauté demeure au sein de L’Oréal, qui détient sa licence depuis 2008.
La finalisation de la transaction est attendue au premier semestre 2026, sous réserve des autorisations réglementaires et du respect des procédures sociales.
Sur le plan financier, L’Oréal versera 4 milliards d’euros en numéraire au moment du closing, ainsi que des redevances à Kering pour l’utilisation des marques sous licence.
Enfin, un comité stratégique conjoint sera instauré afin d’assurer la coordination entre les Maisons du groupe Kering et les équipes de L’Oréal, garantissant la bonne exécution du partenariat et le suivi des priorités de développement.
Ce que gagne L’Oréal
Pour L’Oréal, cette opération constitue une avancée stratégique majeure sur le marché mondial de la beauté de luxe. Le groupe renforce son portefeuille avec des marques de couture emblématiques et consolide sa présence sur les segments à forte croissance, notamment les parfums de niche.
La Maison Creed, désormais intégrée à la division L’Oréal Luxe, bénéficiera de la puissance de distribution internationale et des capacités d’innovation du groupe pour accélérer son développement sur les marchés mondiaux, en particulier dans les fragrances haut de gamme.
« L’ajout de ces marques extraordinaires complète parfaitement notre portefeuille existant et élargit considérablement notre présence dans de nouveaux segments dynamiques de la beauté de luxe (…) Gucci, Bottega Veneta et Balenciaga sont toutes des marques de couture exceptionnelles qui présentent un énorme potentiel de croissance », souligne Nicolas Hieronimus, directeur général de L’Oréal.
En récupérant à terme la licence beauté de Gucci, actuellement exploitée par Coty, et en ajoutant Bottega Veneta et Balenciaga à son portefeuille, L’Oréal consolide sa position de numéro un mondial sur le secteur de la beauté sélective. Le groupe, déjà détenteur des licences Yves Saint Laurent Beauté (depuis 2008) et Armani Beauté (depuis 1988), renforce ainsi son exposition aux marques de luxe les plus convoitées du marché.
Un partenariat industriel de long terme
Au-delà de la cession de Kering Beauté, l’accord scelle un partenariat stratégique inédit entre les deux groupes. Kering et L’Oréal créeront une co-entreprise détenue à parts égales (50/50), dédiée à l’exploration de nouvelles opportunités dans les domaines du bien-être et de la longévité, deux segments à fort potentiel situés à la croisée du luxe et de la santé.
Cette structure commune a pour ambition de combiner la puissance d’innovation scientifique et la maîtrise des réseaux industriels de L’Oréal avec la connaissance approfondie du client haut de gamme et le savoir-faire créatif de Kering. Ensemble, les deux partenaires entendent développer des expériences et services premium, capables de capter les nouvelles attentes des consommateurs du luxe autour de la beauté holistique.
« Cette alliance stratégique marque une étape décisive pour Kering (…) Ce partenariat nous permet de nous concentrer sur ce qui nous définit le mieux : notre puissance créative et l’attractivité de nos Maisons », déclare Luca de Meo, directeur général de Kering, cité dans le communiqué du groupe.
Ce rapprochement illustre une évolution structurelle du marché, où les frontières entre cosmétique, bien-être et lifestyle de luxe tendent à s’estomper. Pour L’Oréal, il s’agit d’un moyen d’élargir son champ d’action au-delà de la beauté traditionnelle ; pour Kering, d’un levier de création de valeur à long terme sans immobilisation de capital.
En tournant la page de Kering Beauté, Kering choisit la discipline financière et le recentrage pour restaurer sa trajectoire, tandis que L’Oréal consolide son leadership sur la beauté sélective avec des marques à fort potentiel.
