- Le gouvernement présente à l’Assemblée un projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), avec un objectif de déficit ramené à 17,5 milliards d’euros en 2026.
- Entre économies massives en santé, gel des prestations et bras de fer sur la suspension de la réforme des retraites, la bataille parlementaire s’annonce décisive.
À partir de ce mardi, les députés examinent en commission un PLFSS d’environ 680 milliards d’euros de dépenses, plus que le budget de l’État. Sans recourir au 49.3, Sébastien Lecornu promet une trajectoire stricte : +1,6 % seulement pour l’Assurance maladie (contre un rythme naturel proche de +4 %), 7 milliards d’économies ciblées en santé et 3,6 milliards tirés du gel des pensions et prestations. Dans un contexte politique fragmenté, la suspension de la réforme des retraites — via un amendement attendu en novembre (coût 400 millions en 2026) — électrise tous les camps.
Un budget « explosif » au Parlement
Le gouvernement Lecornu 2 ouvre les débats avec un texte d’une exceptionnelle rigueur financière, que plusieurs groupes annoncent vouloir remanier en profondeur. L’exécutif vise un déficit de 17,5 milliards d’euros en 2026 (après 23 milliards en 2025), sans 49.3, dans une Assemblée sans majorité. En commission des Affaires sociales, quelque 1 400 amendements — environ 200 de moins que l’an dernier — fixent le décor d’une négociation au cordeau.
Santé : la variable d’ajustement qui crispe
Le cœur des économies se concentre sur la santé : progression des dépenses limitée à +1,6 % et 7 milliards d’euros d’économies. Les mesures phares : hausse des franchises (reste à charge sur consultations et médicaments), moindre remboursement dentaire, limitation de la durée d’un premier arrêt maladie. S’y ajoutent une taxation supplémentaire des complémentaires santé, des cotisations patronales sur tickets-restaurant et œuvres du CSE, ainsi qu’une surcotisation sur les dépassements d’honoraires des médecins.
À l’hôpital, les fédérations dénoncent « la pire cure d’économies depuis les années 2010 ». La nouvelle ministre de la Santé Stéphanie Rist a assuré le budget prévu permettait de « protéger l’hôpital » tout en réduisant le déficit, lors de sa première visite au Centre Hospitalier Intercommunal de Créteil (Val-de-Marne)
» Pour la santé en 2026, c’est 5 milliards de plus prévus dans le texte qui va être débattu à l’Assemblée (…) C’est 2,6 milliards de plus pour l’hôpital « , affirme t-elle
Selon elle, malgré » un budget contraint« , « On protège l’hôpital », et prévient que sans réduction du déficit, le risque serait « de ne plus avoir de Sécurité sociale à terme ».
Prestations sociales : un gel à 3,6 milliards qui ravive les tensions
Le gel en 2026 des pensions et de l’ensemble des prestations sociales (RSA, allocations familiales, APL…) doit dégager 3,6 milliards d’euros d’économies. Cette décision, à forte portée sociale et politique, fait écho à la sous-indexation des retraites de l’an dernier — épisode qui avait contribué à la chute du gouvernement de Michel Barnier — et promet des débats rugueux, majorité comme oppositions scrutant l’impact sur le pouvoir d’achat.
Retraites : une suspension à clarifier et à financer
Pour éviter la censure, Matignon compte suspendre la réforme des retraites par un amendement déposé « dès le mois de novembre ». Sébastien Lecornu l’a martelé : les 400 millions d’euros de coût en 2026 devront être compensés.
À gauche, LFI et le RN crient à l’« entourloupe » : ils redoutent que l’exécutif, profitant d’un enlisement, adopte par ordonnances le texte initial sans suspension, et exigent une lettre rectificative intégrant la mesure avant l’examen. La droite, elle, s’y oppose, promettant des joutes à l’issue incertaine. En position charnière, le PS revendique le « pari risqué » du débat : s’il veut la suspension, il devra voter l’ensemble du PLFSS. Et Olivier Faure prévient : en cas de passage en force ou sans suspension, le PS censurera.
Procédure : 50 jours pour trancher, l’ombre des ordonnances
Après l’audition des ministres ce mardi, la commission examine les amendements jeudi et vendredi, avant un retour en hémicycle début novembre, sur la copie initiale. La procédure laisse 50 jours : sans vote début décembre, le gouvernement pourrait faire passer le texte par ordonnances. Le Sénat pourra, d’ici là, transfigurer l’architecture du projet au gré d’alliances variables, accentuant l’incertitude.
