- Deux jours de débats express, une majorité introuvable et un budget encore loin du compte.
- Dans la nuit du mercredi 22 au jeudi 23 octobre, la commission des finances de l’Assemblée nationale a largement retoqué la première partie — dite « recettes » — du projet de loi de finances pour 2026.
- Le gouvernement espère renverser la vapeur lors de l’examen dans l’hémicycle, avant un vote solennel annoncé au début de novembre
Rejet massif en commission, lignes fiscales reconfigurées et avertissements sur la crédibilité de la trajectoire : le Budget 2026 entame son parcours parlementaire sous haute tension. Entre « débuts de compromis » salués côté majorité et critiques sur un « budget patchwork », la bataille s’annonce décisive dans l’hémicycle.
Un rejet net, une majorité fragmentée
Après trois jours et nuits de travaux menés au pas de course, la commission des finances a largement rejeté la première partie du PLF 2026. Seuls les députés Ensemble pour la République ont voté “pour”, tandis que Les Démocrates et Horizons se sont abstenus. L’ensemble des autres groupes a voté contre : les quatre groupes de gauche (de La France insoumise aux Socialistes), le Rassemblement national et la plupart des élus Droite républicaine.
Côté parti présidentiel, Paul Midy (Ensemble pour la République) salue malgré tout un amorce de dialogue : « des débuts de compromis », et appelle à « aller plus loin » en séance publique.
Pression fiscale allégée, crédibilité questionnée
Le rapporteur général du Budget, Philippe Juvin (LR), assume une position prudente. « Nous avons fait un grand chemin, mais il y a beaucoup à faire parce que le budget tel qu’il est n’est pas un budget crédible. Il va falloir le retravailler », explique-t-il, justifiant son abstention au vu des « grandes incertitudes qui demeurent », voire d’« un certain nombre d’impasses ».
Selon le député des Hauts-de-Seine, la pression fiscale baisserait d’environ 7 milliards d’euros après le passage en commission (–13 milliards d’euros de recettes et +6,3 milliards de recettes nouvelles par rapport à la copie gouvernementale). Pour tenir l’objectif de déficit de 4,7 %, des économies de dépenses d’ampleur équivalente seraient nécessaires. Il pointe aussi la suppression de plusieurs « gros articles », dont celui sur les transferts de l’État aux collectivités territoriales.
Les mesures fiscales qui polarisent
Au fil des amendements examinés en commission, la première partie du budget 2026 — consacrée aux recettes — a été profondément remaniée. Plusieurs dispositions emblématiques ont été introduites ou rétablies, traduisant des priorités parfois contradictoires entre les groupes politiques.
Parmi les mesures les plus notables, figure l’indexation sur l’inflation de la première tranche du barème de l’impôt sur le revenu, destinée à préserver le pouvoir d’achat des ménages. Les députés ont également voté le maintien de l’abattement fiscal de 10 % sur les pensions de retraite, une mesure défendue par la majorité comme un geste en faveur des retraités modestes.
Sur le plan de la fiscalité du capital, le texte prévoit le rétablissement de l’exit tax dans sa version antérieure à 2019, afin de lutter contre l’évasion fiscale des contribuables fortunés transférant leur résidence à l’étranger. Dans le même esprit, la commission a adopté un relèvement du taux de la taxe sur les géants du numérique (GAFAM), présenté comme un signal en faveur d’une fiscalité plus juste et adaptée à l’économie mondiale.
Les parlementaires ont également validé la pérennisation de la surtaxe sur les armateurs, initialement temporaire, ainsi qu’unedéfiscalisation partielle des pensions alimentaires, mesure saluée comme un soutien aux familles monoparentales. Autre innovation, l’introduction d’un « impôt universel ciblé », dont les contours restent à préciser mais qui viserait à élargir l’assiette fiscale pour renforcer l’équité du système.
Enfin, la commission a choisi de supprimer la taxe sur les produits de vapotage, estimant qu’elle pénalisait un outil de réduction du tabagisme sans bénéfice sanitaire démontré. Ces ajustements illustrent la diversité des sensibilités au sein de l’Assemblée et annoncent des débats animés lors de l’examen du texte en séance publique.
La gauche entre pivot et mise en garde
Décisifs la semaine précédente en choisissant de ne pas censurer le gouvernement Sébastien Lecornu, les socialistes ont exprimé de sérieuses réserves. « Pour nous bien sûr le compte n’y est pas ce soir », affirme Philippe Brun (PS), jugeant insuffisantes les recettes et un texte « déséquilibré » dans l’effort demandé aux classes moyennes et populaires.
Du côté de La France insoumise, Éric Coquerel fustige un assemblage incohérent : « budget patchwork », dit-il, soulignant le manque de cohérence et la difficulté, pour toute famille politique, de « s’y reconnaître ».
