- La suspension de la réforme des retraites arrive ce mercredi 12 novembre à l’Assemblée nationale pour une première lecture à l’issue quasi acquise.
- Mais le compromis budgétaire attise la colère du patronat, qui y voit un risque pour l’emploi, l’investissement et l’équilibre des comptes publics.
Alors que le ministère du Travail prévoit d’élargir la suspension aux carrières longues, à certaines catégories actives de la fonction publique et aux personnes nées au premier trimestre 1965, le Medef fustige « l’erreur fatale » et « l’hérésie » d’une concession faite à la gauche. La CPME, elle, alerte : « On accroît encore le déficit, ce n’est pas une bonne nouvelle », et redoute un coup de frein sur les embauches et l’investissement.
Un compromis pour sécuriser le budget… au prix d’un débat explosif
Exigée par les socialistes pour ne pas censurer le gouvernement Lecornu, la suspension de la réforme des retraites doit être débattue ce mercredi 12 novembre à l’Assemblée nationale et devrait être approuvée en première lecture, malgré des échanges annoncés houleux à gauche.
Le gouvernement, qui avait déjà accepté ce gel pour éviter la censure, déposera un amendement afin d’élargir la suspension aux carrières longues, à certaines catégories de la fonction publique et aux personnes nées au cours du premier trimestre 1965, comme réclamé par la gauche, a précisé mardi le ministère du Travail.
Medef : « l’erreur fatale » et « l’hérésie »
Le président du Medef, Patrick Martin, juge la décision calamiteuse. Il a qualifié « d’erreur fatale » et d’« hérésie » la concession du gouvernement de suspendre la réforme : « Ce report, c’est la faute originelle, l’erreur fatale. (…) C’est une hérésie. Pas seulement sur le plan des finances publiques, mais aussi sur le plan économique », a-t-il fustigé auprès du Figaro.
Selon Patrick Martin, cette suspension risque « d’encore dégrader le taux d’emploi en France, qui est l’un de nos principaux problèmes ».
Le président du Medef y voit également « une erreur sociale », car « immanquablement, cela pèsera sur les contribuables ». Et d’ajouter : « Pour couronner le tout, cette concession faite à la gauche n’a pas été faite pour solde de tout compte, puisque, depuis, c’est la surenchère fiscale. »
Le dirigeant du Medef dénonce par ailleurs « une captation du débat » qui, selon lui, « consiste à faire croire que le vrai problème de la France serait celui de l’équité fiscale. C’est absolument faux ! ». Il alerte sur les conséquences économiques de ces choix :
« Aujourd’hui, toutes les mesures d’économies sont annulées et compensées par une augmentation de la fiscalité. Je le redis, c’est l’inverse de ce qu’il faut faire. »
Sur la méthode, Patrick Martin s’interroge : « La stabilité politique est évidemment souhaitable, mais à quel prix ? » Avant de se dire « consterné » par « la forme des débats comme par le fond des discussions ».
CPME : « On accroît encore le déficit » et un climat d’incertitude
La Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) se montre, elle aussi, préoccupée par la suspension de la réforme. Invité de franceinfo, Éric Chevée, vice-président chargé des affaires sociales, estime que « l’on accroît encore le déficit, ce n’est pas une bonne nouvelle », rappelant que « le système était déjà déficitaire, même avec la réforme Borne », adoptée en 2023 via le 49.3.
Le représentant des PME juge également risqué d’étendre trop largement le dispositif. Selon lui, « aller aussi loin que l’intégration des carrières longues et des catégories actives » n’était pas nécessaire, d’autant que « peu de personnes dans ces catégories sont réellement exposées à la pénibilité ou à l’usure professionnelle ».
Pour autant, Éric Chevée reconnaît la nécessité du compromis politique afin d’éviter un blocage budgétaire : « Il est impératif d’avoir un budget pour l’année 2026, le plus tôt possible et dans les meilleures conditions possibles », admet-il, tout en pointant « la situation politique extravagante » dans laquelle se trouve le pays.
La CPME redoute enfin des effets directs sur l’activité économique : « La situation budgétaire crée une incertitude majeure pour les entreprises françaises », alerte-t-il. « Les embauches s’arrêtent, les investissements se figent, et l’économie française est en panne », conclut le vice-président de la confédération.
