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Nucléaire : prolonger les centrales coûterait moins cher que nouveaux réacteurs, selon la Cour des comptes

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  • La stratégie nucléaire française entre dans une nouvelle ère, placée sous le signe de la prolongation des centrales existantes.
  • Selon la Cour des comptes, continuer à exploiter le parc actuel jusqu’à 50 ou 60 ans coûterait moins cher au système électrique que de bâtir de nouveaux réacteurs.

   Dans un rapport de 120 pages, la Cour des comptes estime que la prolongation des centrales nucléaires françaises est une option « plus avantageuse » que la construction de nouveaux réacteurs, malgré l’augmentation des dépenses de maintenance. Prolonger le parc jusqu’à 60 ans reviendrait à 51 €/MWh, un coût jugé « très compétitif » face aux 79,90 €/MWh nécessaires pour six nouveaux réacteurs, à condition que la sûreté et la production soient au rendez-vous.

Une prolongation jugée plus rentable que de nouveaux réacteurs

Prolonger l’utilisation des centrales nucléaires françaises apparaît comme la voie la plus économique pour le pays. La Cour des comptes affirme que cette option est « plus avantageuse » que la mise en service de nouveaux réacteurs, dans un rapport rendu public lundi.

 « La maintenance des centrales et la poursuite de leur exploitation jusqu’à 60 ans, voire au-delà, nécessitent de poursuivre la mobilisation par EDF d’importantes ressources financières […] mais ces investissements paraissent rentables pour l’exploitant », souligne l’institution.

 Cette conclusion conforte la stratégie de l’État, qui voit dans la prolongation du parc existant un levier clé pour sécuriser l’approvisionnement électrique tout en maîtrisant les coûts, dans un contexte de transition énergétique et de forte volatilité des prix de l’énergie.

Une facture de maintenance en pleine explosion

Le maintien en activité d’un parc vieillissant a toutefois un prix. Les activités de maintenance sur les réacteurs français se sont nettement intensifiées entre 2014 et 2024.

Le rapport note que les « activités de maintenance sur le parc nucléaire français se sont « intensifiées » entre 2014 et 2024, avec des « dépenses annuelles afférentes atteignant désormais un niveau supérieur à 6 milliards d’euros courants, soit une augmentation de 28 % par rapport à la période 2006-2014. »

Cette hausse s’explique par le vieillissement des installations, dont la plupart ont atteint leur limite initiale de fonctionnement de 40 ans, mais aussi par un « rehaussement continu du niveau de sûreté » depuis la catastrophe de Fukushima en 2011, qui a durci les exigences imposées aux exploitants.

Un revirement stratégique sur le nucléaire

La prolongation du parc nucléaire français est au cœur du projet de relance annoncé en 2022 par le président Emmanuel Macron, qui prévoit également la construction de six nouveaux réacteurs de type EPR2. Ce programme illustre le revirement du gouvernement français sur la question du nucléaire.

En 2020, lors du premier mandat d’Emmanuel Macron, l’État avait au contraire ordonné la fermeture des deux réacteurs de Fessenheim, dans l’est du pays, et prévu l’arrêt de douze autres d’ici à 2035. Cinq ans plus tard, la troisième programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) prend le contre-pied de cette orientation.

La PPE prévoit désormais de « poursuivre le fonctionnement des réacteurs électronucléaires après 50 ans puis 60 ans, tant que toutes les exigences de sûreté applicables sont respectées », tout en construisant six nouveaux réacteurs EPR2. La France assume ainsi une double trajectoire : prolonger l’ancien parc tout en lançant de nouvelles capacités nucléaires.

51 €/MWh : un nucléaire prolongé « très compétitif »

 Sur le plan économique, la Cour des comptes met en avant un avantage net pour la prolongation des centrales existantes. Selon ses calculs, prolonger la durée de vie des réacteurs de 40 à 60 ans coûterait 51 €/MWh.

La Cour des comptes souligne que ce niveau de coût est « très compétitif par rapport à la construction de nouvelles capacités de production […], sous réserve que les prévisions de production soient effectivement atteintes et que les prix de vente de l’électricité ne soient pas dégradés. »

À titre de comparaison, en janvier, la Cour avait estimé que le coût de construction et de mise en service de six nouveaux réacteurs s’élèverait à 79,90 €/MWh. L’écart est significatif et renforce l’intérêt économique du prolongement du parc actuel.

 Pour les Sages de la rue Cambon, la prolongation des réacteurs au-delà de 60 ans est désormais « inévitable », sous peine de voir la production nucléaire française réduite de moitié d’ici vingt ans. Un scénario qui fragiliserait profondément l’équilibre du système électrique français.

EDF entre gestion de crise et difficultés structurelles

La Cour des comptes reconnaît par ailleurs la capacité d’EDF à faire face à des situations critiques. Selon elle, l’énergéticien a montré qu’il était capable de répondre à des « crises industrielles majeures », comme celle de la corrosion sous contrainte sur des tuyauteries qui avait conduit, en 2022, à l’arrêt d’environ la moitié des réacteurs.

 Mais cet épisode a aussi mis en lumière les fragilités de l’organisation. La Cour note « la persistance de difficultés structurelles » dans les opérations de maintenance, alors que la durée des arrêts des réacteurs a eu tendance à s’allonger ces dernières années.

La disponibilité du parc s’en ressent : elle est tombée à 74 % sur la période 2014-2024, contre 80 % entre 2006 et 2014. Pour redresser la barre, EDF a lancé en 2019 le plan START 2025, qui vise à améliorer la disponibilité des réacteurs en raccourcissant les arrêts programmés.

Un « Grand carénage » à plus de 100 milliards d’euros

La prolongation des centrales passe par un vaste programme de rénovation et de modernisation : le plan « Grand carénage » qui prévoit un minimum de 100,8 milliards d’euros de dépenses entre 2014 et 2035, des montants qui engagent EDF et l’État sur le long terme.

Consciente des risques de dérive, la Cour des comptes exhorte l’électricien public à améliorer « son suivi financier » pour s’assurer de la « maîtrise des coûts et délais ». La rentabilité de la prolongation du parc dépendra en grande partie de la capacité d’EDF à tenir ces objectifs, tant techniques que budgétaires.

Nucléaire dominant, renouvelables en montée en puissance

Si l’éolien et le photovoltaïque progressent régulièrement en France, le pays reste celui qui dépend le plus de l’énergie nucléaire pour sa production d’électricité nationale. Le rapport rappelle que, malgré la montée des énergies renouvelables, le nucléaire demeure le socle du mix électrique français.

La stratégie énergétique actuelle ne repose donc pas sur une opposition frontale entre nucléaire et renouvelables, mais sur une combinaison : prolongation des centrales existantes, construction de nouveaux EPR2 et montée en puissance des filières éolienne et solaire.

En conclusion, la Cour des comptes trace une ligne claire : prolonger le parc nucléaire existant apparaît comme une solution économiquement rationnelle et quasiment incontournable pour la France, sous réserve de respecter des niveaux de sûreté élevés et de maîtriser les coûts.

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