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États-Unis–UE : Washington conditionne la baisse des droits de douane sur l’acier à un assouplissement des lois numériques

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  • Les États-Unis utilisent désormais le levier commercial pour peser sur la régulation numérique européenne.
  • Au cœur du bras de fer : les droits de douane punitifs sur l’acier et l’aluminium européens, et les lois qui encadrent les géants de la tech.

   Washington a appelé l’Union européenne à “rééquilibrer” sa régulation numérique si elle souhaite obtenir une baisse des droits de douane américains sur les métaux. Un chantage assumé par le secrétaire au Commerce, Howard Lutnick, qui lie directement l’avenir de l’acier européen à l’évolution du cadre législatif digital de l’UE.

Lundi 24 novembre, à l’issue d’une réunion à Bruxelles, le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, a posé clairement les termes de l’équation.

« L’Union européenne et ses ministres du Commerce devraient analyser sérieusement leurs règles sur le numérique, pour essayer non pas de les abandonner, mais de trouver un équilibre qui nous convienne, et s’ils y arrivent, je pense que nous pourrons résoudre ensemble les questions sur l’acier et l’aluminium », a-t-il déclaré.

Actuellement, l’acier européen est frappé par des droits de douane de 50 % à l’entrée sur le marché américain. Bruxelles souhaite ramener ce niveau à 15 %, afin de soulager une industrie déjà fragilisée par les coûts de l’énergie et la concurrence internationale. Washington, de son côté, place une condition explicite : un allègement des réglementations qui touchent les entreprises technologiques, en particulier les grandes plateformes américaines.

Interrogé par Bloomberg Television, Howard Lutnick a confirmé la stratégie américaine : « Nous sommes en discussion avec eux» au sujet d’un assouplissement des réglementations technologiques de l’UE, a-t-il indiqué, avant d’ajouter : « En échange, nous leur proposerons un accord intéressant sur l’acier et l’aluminium. »

Un accord commercial sous tension depuis juillet

Depuis la signature de l’accord commercial de juillet, des tarifs américains de 15 % s’appliquent déjà à une large gamme de produits européens. En parallèle, l’Union européenne a supprimé plusieurs droits de douane sur des biens industriels et agricoles américains, dans l’espoir de relancer une dynamique de désescalade commerciale.

Mais malgré ces concessions, la pénalité de 50 % pesant sur l’acier et l’aluminium européens reste un point de friction majeur. Washington a même étendu ses taxes à davantage de produits qu’auparavant, suscitant l’inquiétude croissante des industriels du continent. Pour eux, la prolongation de ces droits de douane met en danger la compétitivité des sites de production européens et menace des milliers d’emplois.

Les États-Unis ont désormais clairement signalé qu’un compromis sur ces droits dépendrait d’un allègement des règles numériques de l’UE. Howard Lutnick a expliqué, selon Bloomberg, que Washington discutait avec Bruxelles d’une évolution du cadre technologique européen, en échange de quoi les États-Unis seraient prêts à proposer un accord présenté comme avantageux sur les métaux.

Les géants de la tech au cœur du marchandage

Derrière cette stratégie se dessine un objectif précis : alléger la pression réglementaire sur les grandes entreprises technologiques, en grande majorité américaines. Lutnick a explicitement lié un éventuel allègement tarifaire à une réduction des contraintes pesant sur ces acteurs.

Selon lui, un environnement plus souple en Europe pourrait attirer « des centaines de milliards de dollars d’investissements ». Washington accuse de longue date la régulation européenne de viser de façon disproportionnée les géants du numérique américains, qui dominent les marchés de la publicité en ligne, des réseaux sociaux ou encore du commerce électronique.

Cette condition place l’UE dans une position délicate. Accepter de revoir à la baisse ses ambitions réglementaires pour obtenir un geste sur l’acier reviendrait à faire de ses normes numériques une simple variable d’ajustement commerciale, alors même qu’elle présente ces textes comme des instruments de souveraineté et de protection des citoyens.

Bruxelles défend son modèle et ses lois numériques

Lors des échanges à Bruxelles, les responsables américains ont rencontré la commissaire européenne chargée du numérique. Celle-ci a défendu fermement la législation européenne — en particulier le Digital Services Act (DSA) et le Digital Markets Act (DMA) — ainsi que les récentes propositions visant à simplifier les règles sur l’intelligence artificielle et la protection des données.

Du côté de la Commission, le message reste constant : les normes technologiques ne sont pas négociables dans le cadre d’un marchandage commercial. Bruxelles rappelle que ces lois visent à mieux encadrer le pouvoir des plateformes, à protéger les consommateurs et à garantir une concurrence plus équitable, et non à cibler tel ou tel pays.

La Commission européenne a ainsi réaffirmé qu’elle ne « négocierait pas ses normes technologiques » dans les discussions commerciales avec Washington. Les États-Unis, eux, continuent de dénoncer un traitement défavorable pour leurs géants du numérique, qu’ils estiment pénalisés par des règles calibrées à leur encontre.

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