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Nationalisation d’ArcelorMittal France : la loi LFI adoptée en première lecture

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  • Dans la nuit du 27 au 28 novembre, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture une proposition de loi portée par La France insoumise visant à nationaliser ArcelorMittal France.
  • Soutenu par les groupes de gauche, contesté par le gouvernement et la droite, et marqué par l’abstention du Rassemblement national, ce vote ouvre une bataille politique autour de l’avenir de la sidérurgie française.

   Présentée par le groupe La France insoumise dans le cadre de sa journée d’initiative parlementaire, la proposition de loi a été adoptée par 127 voix contre 41 et 42 abstentions. Les groupes de gauche ont soutenu le texte, tandis que les députés de la majorité présidentielle et de la droite ont voté contre. Le Rassemblement national, lui, a choisi l’abstention.

À la tribune, la rapporteure Aurélie Trouvé (LFI, Seine-Saint-Denis) a défendu une vision offensive de la politique industrielle française. L’objectif affiché est de replacer la sidérurgie au cœur de la transition écologique et de la souveraineté nationale.

LFI veut « faire de notre pays un leader mondial de l’acier vert, plutôt qu’un pays en déshérence industrielle », a déclaré Aurélie Trouvé.

L’article 1er du texte adopté prévoit « le transfert à l’État en toute propriété des actions représentant » le capital d’ArcelorMittal France. Le coût de cette nationalisation est évalué à 3 milliards d’euros, selon la députée insoumise. Pour LFI, cette prise de contrôle publique doit permettre de sécuriser les sites, les emplois et d’accélérer les investissements dans la décarbonation de la filière.

Une séance électrique marquée par la stratégie d’obstruction du RN

Si le Rassemblement national ne s’est pas opposé frontalement à la proposition de loi, le groupe présidé par Marine Le Pen a mis en œuvre une stratégie visant à allonger les débats. Déposant de nombreux amendements, les députés RN ont retardé le vote final, une méthode que la gauche a rapidement qualifiée d’« obstruction ».

Le ton est monté dans l’hémicycle lorsque Jean-Philippe Tanguy (RN) a répliqué aux critiques des bancs de gauche, dans un langage particulièrement tranchant : « Vous faites un caca nerveux parce qu’on veut passer plus d’une heure sur une proposition de loi qui nationalise rien de moins que toute la sidérurgie française pour quatre milliards d’euros », a-t-il lancé, contestant au passage la solidité et le chiffrage du texte.

À plusieurs reprises, les députés du RN ont demandé aux élus de gauche de voter l’un de leurs amendements « pour faire preuve de compromis ». En vain. La majorité des amendements a été rejetée, laissant intact le cœur de la proposition de loi LFI.

La séance s’est déroulée sous les yeux de représentants syndicaux d’ArcelorMittal, présents en tribune. Ces derniers ont été salués dans l’après-midi par Mathilde Panot, présidente des députés insoumis, qui voit dans ce vote un signal adressé aux salariés inquiets pour leur avenir.

« La protection de l’acier se joue à Bruxelles »

Face à ce texte, le gouvernement s’est montré particulièrement ferme. Le ministre délégué chargé de l’Industrie, Sébastien Martin, a tenu à rappeler que l’option de la nationalisation n’était pas, en soi, exclue du logiciel gouvernemental : « La nationalisation n’est pas un tabou », a-t-il assuré.

Mais il a immédiatement posé une limite claire : « Dans le cas d’ArcelorMittal, la nationalisation ne répondrait pas à la nature du problème », a poursuivi le ministre, estimant que « la protection de l’acier français se joue à Bruxelles, et non dans un décret de nationalisation ».

Pour l’exécutif, la concurrence déloyale et les distorsions de marché se traitent d’abord au niveau européen, via les règles de concurrence et les mécanismes anti-dumping. Le gouvernement met en avant des réponses « structurelles » plutôt qu’une prise de contrôle publique jugée coûteuse et peu efficace.

Une « réponse populiste » pour Bercy, un « faux espoir » pour la droite

Le lendemain du vote, le ministre de l’Économie Roland Lescure a réagi sur le réseau social Bluesky, en des termes particulièrement sévères à l’égard de l’alliance de circonstance entre la gauche radicale et l’extrême droite :

« La pseudo-alliance officieuse, opportuniste et contre-nature de LFI et du RN ne réglera en rien les enjeux de concurrence déloyale qui déstabilisent l’entreprise », a-t-il écrit.

Pour lui, la nationalisation d’ArcelorMittal France n’est pas une solution sérieuse, mais bien : « La nationalisation est une réponse populiste à un problème structurel. La France a besoin d’un cap industriel clair, pas d’une prétendue formule magique que serait la nationalisation ».

Roland Lescure a insisté sur la détermination de l’exécutif à s’opposer au texte : « Nous continuerons à nous opposer à la nationalisation d’ArcelorMittal dans la suite du processus législatif, tout en œuvrant à apporter des réponses structurelles à cette entreprise et à ses salariés », a-t-il assuré.

Dans l’hémicycle, la critique est également venue des bancs de la droite. Le député Sylvain Berrios (apparenté Horizons) a fustigé l’attitude de La France insoumise : « Vous êtes dans un immense mensonge », a-t-il lancé, accusant LFI de « vendre un faux espoir aux salariés ».

Pour lui comme pour une large partie de la droite, le texte relève davantage du coup politique que d’une stratégie industrielle réaliste.

Pour être définitivement adoptée, elle devra franchir l’étape du Sénat, dominé par la droite et le centre, ouvertement hostiles à la nationalisation. Dans la configuration politique actuelle, les chances de voir le texte aller au bout du processus parlementaire apparaissent minces.

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