- Mardi 9 décembre, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) a finalement franchi l’obstacle de l’Assemblée nationale, au terme d’un vote serré et d’intenses tractations politiques.
- Sébastien Lecornu est parvenu à rassembler une majorité hétéroclite, mêlant députés de la majorité et d’une partie de l’opposition.
Adopté par 247 voix contre 234, avec 93 abstentions, le budget de la Sécurité sociale a été sauvé de justesse grâce au soutien décisif du Parti socialiste, du groupe Liot et d’une partie de la droite. Ce vote, obtenu au prix de compromis assumés, rebat les cartes politiques et nourrit les accusations de « trahison » et de « naufrage » au sein de l’opposition, tandis que le gouvernement revendique un partage du pouvoir et dénonce une « opposition systématique ».
Un vote extrêmement serré et des camps fragmentés
Au terme de cette nouvelle lecture du PLFSS, 247 députés ont approuvé le texte, 234 ont voté contre et 93 se sont abstenus. Le gouvernement, dépourvu de majorité absolue, a dû compter sur des appuis venus d’ailleurs pour éviter un revers.
Le Parti socialiste n’a ainsi enregistré aucune voix contre : le groupe a compté 63 voix pour et seulement six abstentions. Le groupe Liot a lui aussi choisi de soutenir massivement le texte, avec 20 voix favorables sur 22 députés présents.
À droite comme à gauche, plusieurs groupes apparaissent profondément divisés :
- Le groupe Les Républicains (LR) se fracture entre 18 voix pour, 3 contre et 28 abstentions.
- Les écologistes comptabilisent 3 voix pour, 9 contre et 26 abstentions.
- Les communistes se partagent entre 1 voix pour, 10 contre et 5 abstentions.
Chez Horizons, allié de la majorité, aucune voix contre et neuf voix pour ont été enregistrées.
Le texte doit désormais partir au Sénat pour une nouvelle lecture, d’abord en commission dès mercredi, puis en séance publique à partir de vendredi.
Lecornu revendique le compromis et fustige « l’opposition systématique »
Sur le réseau social X, Sébastien Lecornu s’est félicité de l’adoption du PLFSS et a salué les soutiens obtenus au-delà de la majorité présidentielle. Il a remercié les députés de la majorité « qui soutiennent l’action du gouvernement », mais aussi les oppositions « qui ont accepté le principe d’un compromis mais aussi compris que le pouvoir était désormais partagé ».
Dans un second temps, le chef du gouvernement s’en est pris frontalement aux groupes restés dans le refus : « Je regrette que certains groupes politiques se soient enfermés dans une opposition systématique. Ils se proclament voix du peuple, mais préfèrent torpiller – y compris leurs propres combats – plutôt que de voir un progrès sans leur signature. Ils ont choisi le cynisme plutôt que le patriotisme : les Français jugeront », a estimé le Premier ministre.
« Les Français en ont assez du désordre. Ils veulent que l’on avance, que l’on décide, que l’on protège », conclut-il sur X
Pour le gouvernement, ce vote est la preuve qu’une forme de culture du compromis peut encore exister à l’Assemblée, malgré un climat politique saturé de tensions.
Le PS assume un rôle clé : « Nous avons fait œuvre utile »
Au Parti socialiste, on revendique clairement d’avoir joué un rôle pivot dans l’adoption du budget. Devant les journalistes, Boris Vallaud a comparé le PLFSS voté à la version préparée par François Bayrou lorsqu’il était encore à Matignon.
« Nous avons fait œuvre utile », se félicite le patron des députés PS. Il insiste également sur le caractère collectif de ce compromis : « D’autres se sont battus avec nous », ajoute-t-il, en référence aux députés d’autres groupes qui ne se sont pas opposés au texte.
Pour les socialistes, le texte adopté serait ainsi davantage le fruit d’une correction de trajectoire que d’un alignement sur la ligne gouvernementale, une lecture loin d’être partagée par le reste de la gauche.
LFI charge les socialistes : « Les socialistes sauvent Emmanuel Macron »
Du côté de La France insoumise, la réaction est cinglante. La présidente du groupe LFI à l’Assemblée, Mathilde Panot, accuse le PS d’avoir franchi une ligne politique.
« Les socialistes rejoignent le camp des soutiens du gouvernement. Les socialistes sauvent Emmanuel Macron », dénonce-t-elle.
Elle critique en outre l’attitude d’une partie du groupe écologiste, qui a choisi l’abstention plutôt que l’opposition frontale au budget. Pour LFI, ce vote consacre un rapprochement entre les socialistes et la majorité, vécu comme une trahison des engagements pris dans le cadre de l’alliance de gauche.
La fracture à gauche se trouve ainsi ravivée, entre une gauche de compromis et une gauche de rupture, chacune revendiquant incarner la véritable défense des intérêts sociaux.
Une droite éclatée : « C’est un budget socialiste »
Sur les bancs de la droite, l’adoption du PLFSS ravive les tensions internes. Le chef de file des sénateurs LR, Bruno Retailleau, résume sa position en une formule lapidaire : « C’est un budget socialiste », a-t-il cinglé après l’adoption du PLFSS. Il dénonce un texte jugé irresponsable sur le plan budgétaire :
« La réforme des retraites suspendue, c’est toujours plus d’impôts, alors que nous sommes le pays de l’OCDE est le plus fiscalisé (…) et c’est toujours plus de dettes et de déficit », a expliqué l’ancien ministre de l’Intérieur.
La cible n’est pas seulement le gouvernement. Au sein même de la droite, les critiques se tournent vers Laurent Wauquiez, accusé d’avoir brouillé la ligne de LR. Éric Ciotti, patron des députés UDR, ne mâche pas ses mots : « Après s’être allié avec la macronie, M. Wauquiez est maintenant totalement inféodé aux socialistes et écologistes », a-t-il fustigé.
Et de conclure, dans un jugement sans appel : « Un naufrage. Quelle tristesse pour les militants LR trahis. »
Cette séquence parlementaire met en lumière une droite en quête de stratégie, tiraillée entre opposition frontale et participation ponctuelle aux compromis budgétaires.
Un texte désormais attendu au Sénat
L’adoption du PLFSS à l’Assemblée n’est qu’une étape. Le budget de la Sécurité sociale doit désormais être examiné en nouvelle lecture au Sénat, d’abord en commission, puis en séance publique.
Dans une chambre haute dominée par la droite, la bataille autour du texte promet de se poursuivre, avec le risque de voir à nouveau s’exacerber les fractures entre les différentes composantes de la majorité et de l’opposition.
Entre compromis revendiqué, accusations de trahison et recomposition des alliances, le budget de la Sécurité sociale s’impose comme un révélateur des nouvelles lignes de force – et de faiblesse – de la vie politique française.
