- La Banque de France s’apprête à relever ses prévisions de croissance pour l’économie française, sur fond de résistance de l’activité malgré un contexte politique et international incertain.
- Mais son gouverneur François Villeroy de Galhau prévient déjà : même un scénario de croissance à 1 % ne suffira pas à combler le retard budgétaire et à restaurer pleinement la confiance.
Alors que la Banque de France va revoir à la hausse ses prévisions de croissance pour cette année et l’année prochaine, François Villeroy de Galhau appelle à une trajectoire budgétaire crédible et à une stabilisation politique. Selon lui, l’incertitude nationale et internationale coûte jusqu’à 0,5 point de croissance et la France doit impérativement réduire un déficit public qui « étouffe » progressivement son économie.
La Banque de France s’apprête à relever ses prévisions de croissance
Invité ce mercredi au micro d’Europe 1, le gouverneur de la Banque de France a confirmé que l’institution allait revoir son scénario macroéconomique.
« Lors de la publication prévue le 19 décembre, nous allons remonter un peu notre prévision de croissance pour cette année et pour l’année prochaine. Nous étions à 0,7 % pour cette année, à 0,9 % pour l’année prochaine », a expliqué François Villeroy de Galhau, tout en précisant qu’il ne pouvait « pas encore donner de chiffres ».
L’Insee et le gouvernement ont déjà relevé leur propre prévision de croissance à 0,8 % pour 2025. De quoi nourrir l’idée d’une économie française plus solide qu’anticipé, mais encore loin de son plein potentiel.
« Résilient, mais non suffisant »
Pour le gouverneur, la dynamique de l’activité demeure encourageante, sans être pleinement satisfaisante. « Évidemment, même si on allait à 1 % (de croissance en 2026, NDLR), ça ne suffit pas. C’est résilient, mais non suffisant », insiste François Villeroy de Galhau.
Malgré les tensions politiques et les incertitudes répétées, l’économie française tient bon. « L’économie, l’activité, résistent malgré cette incertitude » politique, rappelle-t-il, soulignant qu’il y a un an « beaucoup craignaient une récession »,finalement évitée.
L’incertitude politique et internationale coûte 0,5 point de croissance
Si la récession a été écartée, le climat d’incertitude n’est pas sans conséquence sur la trajectoire de la croissance.« Il y a une estimation assez convergente qui dit qu’au total, l’incertitude nationale plus internationale nous coûte à peu près 0,5 point de croissance (…) et que la part nationale là-dedans, c’est au moins 0,2″, détaille le gouverneur.
Pour lui, la solution passe par une clarification rapide des choix budgétaires et du cadre politique. « Si on arrivait à sortir avec une stratégie budgétaire et une stabilisation politique, on peut espérer gagner 0,2 % », affirme -t-il.
Autrement dit, l’amélioration de la croissance tient autant à la conjoncture qu’aux décisions politiques internes.
Déficit : « sortir de l’étouffement progressif par la dette »
Au-delà de la croissance, c’est la trajectoire du déficit public qui préoccupe la Banque de France. François Villeroy de Galhau rappelle l’ampleur de la tâche à accomplir.
« On ne sait pas aujourd’hui si on va arriver à baisser suffisamment le déficit total », reconnaît-il. « On part de 5,4 % du PIB, du poids de notre économie, pour ce déficit total. Il faut être à 3 % dans quatre ans (…) Donc, si on doit faire ce chemin en quatre ans, il faut faire le quart du chemin la première année. C’est pour ça que moi, j’ai plaidé un déficit à 4,8 % l’an prochain. »
Le gouverneur « croit qu’il reste très important d’être aussi proche que possible de ce chiffre de 4,8 % », à la fois « pour sortir de l’étouffement progressif par la dette, parce que les intérêts de la dette prennent de plus en plus notre marge de manœuvre », et aussi « pour ramener la confiance ».
L’avertissement est clair : sans effort rapide et crédible sur les comptes publics, le coût de la dette continuera à rogner la capacité de l’État à agir.
Budget de la Sécurité sociale : « une étape franchie, pas la fin du chemin »
Le vote du budget de la Sécurité sociale mardi constitue un jalon, mais pas un point d’arrivée. Le gouverneur insiste sur le caractère partiel de cette avancée : le vote du budget est « une étape franchie », mais « c’est pas du tout la fin de ce chemin », souligne François Villeroy de Galhau.
Ce projet de loi de financement de la Sécurité sociale aggrave le déficit de la Sécu par rapport à la copie initiale du gouvernement. Il implique que l’État renfloue les comptes sociaux de 4,5 milliards d’euros après le vote, pour compenser l’alourdissement du déficit.
Selon le ministre de l’Économie et des Finances Roland Lescure, ce vote « faisait remonter d’un cran » la difficulté d’obtenir un vote sur le budget de l’État, qui devra intégrer cet effort supplémentaire.
Budget de l’État : discussions prolongées, sans 49.3
Sur le budget de l’État, l’issue reste ouverte. La porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a annoncé mercredi que les discussions se poursuivraient en janvier si le Sénat et l’Assemblée nationale ne parvenaient pas à un accord, excluant de facto le recours au 49.3 pour faire adopter le texte sans vote.
Roland Lescure, lui, affiche un objectif précis pour les finances publiques : il souhaite toujours que le déficit public – État, Sécurité sociale et collectivités locales réunis – soit à « 5 % (du PIB) et pas au-dessus » en 2026.
Cet objectif suppose une discipline renforcée, alors même que la croissance reste modérée et que les besoins de financement sont nombreux, qu’il s’agisse de la transition écologique, de la santé ou de la défense.
Une équation croissance–déficit encore fragile
Entre révision à la hausse des prévisions de croissance et nécessité de réduire un déficit élevé, l’équation économique française demeure fragile. Le message de la Banque de France se veut à la fois rassurant et exigeant : l’économie est « résiliente », mais la France doit impérativement retrouver des marges de manœuvre budgétaires.
L’enjeu, pour les prochains mois, sera de concilier une croissance un peu meilleure qu’attendu, une stratégie budgétaire crédible et une stabilisation politique permettant de réduire l’incertitude. À ces conditions seulement, la croissance pourrait cesser d’être« résiliente, mais non suffisante » pour devenir un véritable levier de sortie de la crise de confiance et de surendettement.
